Al-Ahram Hebdo,Dossier | Un mouvement de surplace
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 18 au 24 Octobre 2006, numéro 632

 

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Dossier

Moubarak. Après plus de vingt ans de quasi-monopole de la vie politique par le régime, l’opposition a franchi certaines lignes rouges, lors des trois dernières années, sur le plan médiatique et populaire, mais sans trop remuer l’eau stagnante.

Un mouvement de surplace

Jamais l’opposition n’avait eu une telle marge d’expression comme c’était le cas lors de ces quelques dernières années. Pas de compliments à faire au régime en présence, ce sont plutôt de nombreuses circonstances, voire des pressions qui ont imposé cette situation. « Depuis trois ans, la situation a beaucoup changé. Personne ne peut plus accepter le fait qu’il soit opprimé. C’est d’ailleurs le sentiment chez le citoyen ordinaire. Une sorte de culture de protestation ou de révolte semble se développer par l’intermédiaire des grèves ou des boycotts. De même, il faut dire qu’il y a eu un contexte régional et international qui a beaucoup aidé l’opposition dans ce développement important », explique Georges Ishaq, le coordinateur général du mouvement Kéfaya. Ce mouvement né il y a deux ans avec un slogan jamais entendu en Egypte, « Assez » ou « Ça suffit » à un régime en place depuis 1981. Il y a plusieurs années, il n’était pas question d’agir dans un champ assez large, d’élever la voix aussi fort. En deux ans ou plus et après plus d’une vingtaine d’années, beaucoup de lignes rouges ont été franchies et la situation a été moins serrée autour des opposants. « Dans les années 1990, il y a eu beaucoup de cas d’emprisonnement au point qu’à la fin de cette décennie, l’emprisonnement des journalistes avait pris une grande dimension pour devenir peut-être le plus important dans l’histoire de l’Egypte », déclare le journaliste Gamal Fahmi, qui a lui-même subi cette peine. Les exemples ne manquent pas et là, on peut citer le journaliste Magdi Hussein, rédacteur en chef d’Al-Chaab, qui a été emprisonné et la licence de son journal a été suspendue. Cette situation a créé une vive réaction chez les journalistes d’opposition, les partis et l’élite intellectuelle. Les médias et la presse ont joué un grand rôle, surtout avec leur grande évolution. Les nombreuses chaînes satellites et la multiplication des journaux et publications, qui ont dépassé le nombre de 600 en 2006, ont créé un important créneau pour les acteurs de l’opposition. « Il a fallu beaucoup d’efforts et surtout du courage et de l’audace de la part de certains journaux. Al-Arabi a été la première publication, par exemple, à aborder la question de la succession ou de la présidence héréditaire », précise Fahmi. Mais qu’est-ce qui a poussé une opposition qui avait accepté mal ou bon gré à changer de comportement ? Le moment déclencheur serait en 2003, lorsque Abdel-Halim Qandil, le journaliste de l’hebdomadaire nassérien Al-Arabi, a écrit une série d’articles critiquant l’institution présidentielle et certains dossiers, qui étaient jusqu’alors perçus comme intouchables. L’année 2003 a aussi témoigné de la naissance du mouvement Kéfaya.

 

Une opposition fragile

Mais cette opposition est loin de constituer un seul bloc. Certains vont jusqu’à parler même d’opposition officielle et d’opposition populaire. « Je ne vois sur la scène que 21 cadavres ». C’est ainsi que l’écrivain Fahmi Howeidi décrit, dans un entretien accordé au quotidien indépendant Al-Masri Al-Yom, les 21 partis politiques qui sont censés être d’opposition ou opérationnels. Il est plus ou moins vrai que l’activité de ces partis est très faible et qu’ils n’ont quasiment aucune influence sur la vie politique, au point que certains observateurs les accusent de se contenter d’avoir des journaux seulement. Et si la rue retient certains noms, c’est uniquement des trois les plus anciens : le Nassérien (nationaliste), le Tagammoe (gauche) et le néo-Wafd (libéral). « Ils ont leur part de responsabilité à assumer dans cette situation, mais là aussi, il faut critiquer le régime et le Parti National Démocrate (PND), qui était le seul acteur sur la scène privant ses homologues de tout droit pour arriver maintenant au plus bas niveau de cette opposition », confie Gamal Fahmi.

Des lois draconiennes empêchent les partis de se constituer une base populaire. Il est, en effet, impossible de créer un parti politique sans l’aval du Comité des partis. Le parti au pouvoir n’autorise, ainsi, que les partis qui lui plaisent. Un parti comme Al-Karama ou Al-Wassat attendent depuis des années un feu vert qui n’apparaît jamais. Ils examinent alors depuis quelques jours avec une autre formation, l’Union démocratique, la possibilité d’annoncer unilatéralement leur création.

 

Les Frères principaux bénéficiaires

La rue, elle, s’est retournée vers la confrérie « interdite » des Frères musulmans qui, aujourd’hui, avec ses 88 sièges au Parlement, est devenue un acteur incontournable sur la scène politique et s’est illustrée comme la plus grande force d’opposition présente, bien qu’elle ne constitue pas de parti officiel. « Alors que pendant plusieurs années le gouvernement les attaquait, les réprimait, il n’a fait que leur rendre service en leur accordant une grande importance et faisant d’eux le refuge des courants d’opposition », ajoute Fahmi. Le régime a eu du mal à contenir la poussée de ces islamistes lors de ces 25 dernières années en dépit des coups de filet sans cesse opérés contre les cadres de la confrérie. D’autant plus que celle-ci, en un quart de siècle, a changé de discours. Si à l’époque de Sadate, elle avait rejeté le multipartisme, n’étant pas compatible avec son grand dessein de fonder un Etat islamique, aujourd’hui, elle parle de réforme, de démocratie et n’hésite pas à nouer des alliances avec les différentes forces politiques.

 

Les sans étiquettes

Et entre ces deux forces, une opposition laïque et une autre religieuse, balance un mouvement, Kéfaya, rassemblant diverses tendances de l’opposition traditionnelle. La gauche, les Nassériens, les libéraux, les Frères musulmans et des gens qui n’ont aucune étiquette. Une opposition populaire, qui, en dépit de débuts prometteurs, n’a pas réussi à se trouver de cadre précis et peine à toucher un ensemble plus large de la population. « Nous essayons d’être en contact direct et permanent avec le public, mais notre influence reste toujours loin de nos ambitions. C’est un peuple qui est resté hors du jeu de la politique pendant 50 ans et il faut encore du temps avant qu’il ne s’intègre de nouveau », explique Ishaq.

D’ailleurs, les opposants les plus connus ne font que tomber l’un après l’autre. Aymane Nour serait le cas le plus flagrant, le plus médiatisé aussi. Noamane Gomaa a suivi le néo-Wafd, plus ancien d’Egypte, a été déstabilisé. Les juges qui se sont classés parmi les opposants et qui maintiennent un bras de fer avec le pouvoir, n’ont pas échappé à cette règle d’intimidation. Après 25 ans, serons-nous dans une situation d’équilibre des faiblesses ? Le pouvoir et l’opposition sont aussi faibles l’un que l’autre au point qu’aucun ne peut encore bousculer l’autre.

Karim Farouk 

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Paroles de citoyens

« 25 ans ou même plus, cela n’est pas très important. L’essentiel c’est que sous le règne du président Moubarak, on est à l’abri des dangers extérieurs. On est sûr que ni les Américains ni les Israéliens ne feront la guerre à l’Egypte ».

Elham Abdel-Zaher,
femme au foyer.

« L’Egypte s’est beaucoup développée durant ces 25 ans. Nous avions des problèmes dans les services élémentaires comme l’eau, le téléphone, l’électricité. Le chômage et la pauvreté existent dans tous les pays du monde. Il ne faut pas oublier que nous sommes un pays très surpeuplé ».

Ahmad Abdel-Hadi,
chauffeur de taxi.

 

« Il est vrai que l’Egypte a beaucoup changé si on la compare aujourd’hui à il y a 25 ans. Mais nous avons tout de même besoin de nouvelles mentalités, d’un sang plus jeune pour développer de plus en plus notre pays ».

Moustapha Mohamad, étudiant en lettres.

 

« J’aime bien le président Moubarak et je veux qu’il reste au pouvoir, car on ne peut pas savoir à qui son successeur ressemblera. Il peut être encore pire ».

Mohamad Hamed,
marchand de fruits et légumes.

« Pourquoi n’a-t-il pas mis fin à toutes ces affaires de corruption en 25 ans ? ».

Ahmad Hussein,
étudiant en droit.

« C’est une époque qui a été marquée par les entraves à la liberté de l’expression, bien que le nombre des journaux ait augmenté ».

Sarah Mahmoud, journaliste.

« Il nous a épargné la guerre militaire, mais pas celle de la pollution. Elle est partout dans les légumes, les fruits, l’eau et l’air ».

Sameh Baraka,
agriculteur.

« Le niveau de vie n’a fait que baisser durant ces années. Auparavant, seules les classes pauvres souffraient mais aujourd’hui, même les classes moyennes ont du mal à survivre ».

Farag Zeinhom,
commerçant.

« Il n’a jamais réussi à devenir une figure charismatique comme ses précédents. Que peut-on retenir de ces 25 ans ? ».

Moustapha Kamel,
comptable.

 




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