Moubarak .
Qui va succéder au président Hosni Moubarak ? Une question qui
s’est imposée, notamment au cours de ces dernières années et
qui est pourtant toujours restée sans réponse.
La fausse inconnue
Contrairement
à ses deux prédécesseurs, à savoir Gamal Abdel-Nasser et
Anouar Al-Sadate, Hosni Moubarak a refusé de nommer un
vice-président, poste qu’il occupait sous le président
Al-Sadate et qui l’a propulsé à la présidence de l’Egypte
après l’assassinat de ce dernier par un commando islamiste. Il
est à noter, cependant, que la Constitution ne prévoit pas que
le vice-président devienne président de facto, comme c’est le
cas aux Etats-Unis, par exemple. C’est le président de
l’Assemblée du peuple qui assume la magistrature suprême
jusqu’à l’élection d’un président. De toute façon, le
président Moubarak, qui gouverne l’Egypte depuis 1981, a
préféré une administration sans vice-président. Un grand flou
a toujours entouré cette question. Amr Al-Chobaki, chercheur
au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS)
d’Al-Ahram, explique que le dernier quart de siècle s’est
caractérisé par de très fortes précautions prises par le
président Moubarak et à travers lesquelles il a veillé à
éviter tout changement de situation ou décision, ce que
d’aucuns affirment être une tendance à la stagnation.
Al-Chobaki ajoute : « Toujours dans le cadre des précautions,
Moubarak a décidé de ne pas nommer de vice-président. Durant
la première moitié de sa présidence, il essayait d’éviter
toute trahison ou convoitise à l’égard de son poste ».
Toujours selon Chobaki, au cours de la deuxième partie de sa
présence à la tête de l’Etat, le président ayant privilégié
Gamal Moubarak comme successeur ; il lui a évité d’avoir un
rival potentiel en la personne d’un vice-président. Cette
méfiance explique peut-être pourquoi le chef de l’Etat
s’entoure de plusieurs conseillers : « Le conseiller, au bout
du compte, n’est qu’un conseiller du président et cela ne lui
donne pas forcément la validité d’être un futur président de
la République », ajoute Chobaki.
Depuis la fondation de l’Etat égyptien moderne en 1805, les
Egyptiens pouvaient deviner qui serait le successeur du chef
de l’Etat. Alors qu’aujourd’hui et depuis 25 ans, ils ont
cessé de prédire quoi que ce soit. « Nous sommes devenus
indifférents à tout changement », lance l’expert. Il existe
deux opinions différentes sur cette question de nomination du
vice-président, selon le politologue Moustapha Kamel Al-Sayed.
Certains préconisent cette question comme étant nécessaire
pour la sécurité de l’Etat. D’autres, par contre, soutiennent
le point de vue du président Moubarak et estiment qu’il s’agit
d’une question qui dépend des préférences du président. « Je
soutiens plutôt le point de vue qui reconnaît la présence du
vice-président. Dans certaines tâches, la présence d’une autre
personne pour aider le président est nécessaire. Il suffit de
citer les réunions du sommet de l’Union africaine et celle du
sommet arabe où le président n’a pu s’y rendre et où l’Egypte
y a été représentée par le ministre des Affaires étrangères,
ne pouvant ainsi jouer pleinement son rôle ».
Cette interrogation autour de la succession a attiré
l’attention du citoyen égyptien à plusieurs reprises. C’est
d’abord en 1995, suite à l’attentat qui a visé le président
Moubarak à Addis-Abeba. Ensuite, c’est depuis deux ans,
lorsque le chef de l’Etat a eu une crise soudaine durant son
discours lors de la réunion annuelle du PND, et à la suite de
laquelle il a quitté le pays pour des soins en Allemagne. Les
rumeurs autour de sa succession ont donc commencé à circuler
de nouveau.
Les spéculations tournent plutôt autour d’un pouvoir destiné à
son fils cadet, Gamal Moubarak. Des rumeurs qui ont sans cesse
été démenties par le chef de l’Etat, qui a explicitement
précisé, dans son discours du ler janvier 2004 : « C’est
absurde. L’Egypte est une république. Il n’y a pas de
transmission héréditaire du pouvoir. Si cela a pu avoir lieu
dans certains pays, cela n’aura pas lieu en Egypte ». Sur le
plan législatif, l’amendement constitutionnel de mai 2005, qui
autorisait pour la première fois plusieurs candidats à
concourir à la présidence, a fourni un cadre légal pour une
telle succession. Ce qui a été affirmé par les déclarations du
président : « Mon fils peut se présenter comme n’importe quel
autre citoyen ». Effectivement, le président Moubarak a été
élu, il y a un an, jusqu’en 2011. Mais les signes s’accumulent
d’un possible scénario dynastique, plaçant son fils Gamal, 42
ans, en position de lui succéder. Al-Chobaki assure que rien
ne peut confirmer toutes ces suggestions ni les infirmer. Mais
beaucoup de preuves, comme sa présence sur la scène politique
interne et externe, nous poussent à croire à ces rumeurs.
« Il serait mieux, pour l’image du président Moubarak dans les
livres d’Histoire, qu’il soit succédé par quelqu’un qui
n’appartienne pas à sa famille, quelqu’un qui sera élu dans
des élections libres et qui participe à la bataille électorale
sans un soutien privilégié de la part des institutions de
l’Etat. Quelqu’un qui parte à égalité des chances avec les
autres candidats. Et si Gamal aspire à la présidence, il
serait mieux pour son image et celle du pays qu’il participe à
des élections non pas à la suite de son père mais à la suite
d’un intervalle qui séparera son ère de celle de son père »,
relève le politologue Al-Sayed.
Somme toute, la question peut ne pas se poser de cette
manière. Comme les 25 ans de Moubarak se sont passés sous le
signe d’une recherche de la stabilité, la succession peut se
jouer aussi dans le même contexte, surtout face à un éventuel
candidat présidentiel Frère musulman. Sur le plan
international, notamment américain, l’idée semble maintenue.
Pour le président George Bush, selon des propos rapportés le 9
septembre par le Wall Street Journal, Gamal incarne le chef de
file d’un « nouveau groupe de réformateurs actuellement aux
affaires ». Conduits par l’ambassadeur Francis Ricciardone,
diplomates et journalistes américains étaient venus en force
assister au Congrès annuel du PND .
Chaïmaa
Abdel-Hamid