Al-Ahram Hebdo, Dossier | La fausse inconnue
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 18 au 24 Octobre 2006, numéro 632

 

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Dossier

Moubarak . Qui va succéder au président Hosni Moubarak ? Une question qui s’est imposée, notamment au cours de ces dernières années et qui est pourtant toujours restée sans réponse.

La fausse inconnue

Contrairement à ses deux prédécesseurs, à savoir Gamal Abdel-Nasser et Anouar Al-Sadate, Hosni Moubarak a refusé de nommer un vice-président, poste qu’il occupait sous le président Al-Sadate et qui l’a propulsé à la présidence de l’Egypte après l’assassinat de ce dernier par un commando islamiste. Il est à noter, cependant, que la Constitution ne prévoit pas que le vice-président devienne président de facto, comme c’est le cas aux Etats-Unis, par exemple. C’est le président de l’Assemblée du peuple qui assume la magistrature suprême jusqu’à l’élection d’un président. De toute façon, le président Moubarak, qui gouverne l’Egypte depuis 1981, a préféré une administration sans vice-président. Un grand flou a toujours entouré cette question. Amr Al-Chobaki, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, explique que le dernier quart de siècle s’est caractérisé par de très fortes précautions prises par le président Moubarak et à travers lesquelles il a veillé à éviter tout changement de situation ou décision, ce que d’aucuns affirment être une tendance à la stagnation. Al-Chobaki ajoute : « Toujours dans le cadre des précautions, Moubarak a décidé de ne pas nommer de vice-président. Durant la première moitié de sa présidence, il essayait d’éviter toute trahison ou convoitise à l’égard de son poste ».

Toujours selon Chobaki, au cours de la deuxième partie de sa présence à la tête de l’Etat, le président ayant privilégié Gamal Moubarak comme successeur ; il lui a évité d’avoir un rival potentiel en la personne d’un vice-président. Cette méfiance explique peut-être pourquoi le chef de l’Etat s’entoure de plusieurs conseillers : « Le conseiller, au bout du compte, n’est qu’un conseiller du président et cela ne lui donne pas forcément la validité d’être un futur président de la République », ajoute Chobaki.

Depuis la fondation de l’Etat égyptien moderne en 1805, les Egyptiens pouvaient deviner qui serait le successeur du chef de l’Etat. Alors qu’aujourd’hui et depuis 25 ans, ils ont cessé de prédire quoi que ce soit. « Nous sommes devenus indifférents à tout changement », lance l’expert. Il existe deux opinions différentes sur cette question de nomination du vice-président, selon le politologue Moustapha Kamel Al-Sayed. Certains préconisent cette question comme étant nécessaire pour la sécurité de l’Etat. D’autres, par contre, soutiennent le point de vue du président Moubarak et estiment qu’il s’agit d’une question qui dépend des préférences du président. « Je soutiens plutôt le point de vue qui reconnaît la présence du vice-président. Dans certaines tâches, la présence d’une autre personne pour aider le président est nécessaire. Il suffit de citer les réunions du sommet de l’Union africaine et celle du sommet arabe où le président n’a pu s’y rendre et où l’Egypte y a été représentée par le ministre des Affaires étrangères, ne pouvant ainsi jouer pleinement son rôle ».

Cette interrogation autour de la succession a attiré l’attention du citoyen égyptien à plusieurs reprises. C’est d’abord en 1995, suite à l’attentat qui a visé le président Moubarak à Addis-Abeba. Ensuite, c’est depuis deux ans, lorsque le chef de l’Etat a eu une crise soudaine durant son discours lors de la réunion annuelle du PND, et à la suite de laquelle il a quitté le pays pour des soins en Allemagne. Les rumeurs autour de sa succession ont donc commencé à circuler de nouveau.

Les spéculations tournent plutôt autour d’un pouvoir destiné à son fils cadet, Gamal Moubarak. Des rumeurs qui ont sans cesse été démenties par le chef de l’Etat, qui a explicitement précisé, dans son discours du ler janvier 2004 : « C’est absurde. L’Egypte est une république. Il n’y a pas de transmission héréditaire du pouvoir. Si cela a pu avoir lieu dans certains pays, cela n’aura pas lieu en Egypte ». Sur le plan législatif, l’amendement constitutionnel de mai 2005, qui autorisait pour la première fois plusieurs candidats à concourir à la présidence, a fourni un cadre légal pour une telle succession. Ce qui a été affirmé par les déclarations du président : « Mon fils peut se présenter comme n’importe quel autre citoyen ». Effectivement, le président Moubarak a été élu, il y a un an, jusqu’en 2011. Mais les signes s’accumulent d’un possible scénario dynastique, plaçant son fils Gamal, 42 ans, en position de lui succéder. Al-Chobaki assure que rien ne peut confirmer toutes ces suggestions ni les infirmer. Mais beaucoup de preuves, comme sa présence sur la scène politique interne et externe, nous poussent à croire à ces rumeurs.

« Il serait mieux, pour l’image du président Moubarak dans les livres d’Histoire, qu’il soit succédé par quelqu’un qui n’appartienne pas à sa famille, quelqu’un qui sera élu dans des élections libres et qui participe à la bataille électorale sans un soutien privilégié de la part des institutions de l’Etat. Quelqu’un qui parte à égalité des chances avec les autres candidats. Et si Gamal aspire à la présidence, il serait mieux pour son image et celle du pays qu’il participe à des élections non pas à la suite de son père mais à la suite d’un intervalle qui séparera son ère de celle de son père », relève le politologue Al-Sayed.

Somme toute, la question peut ne pas se poser de cette manière. Comme les 25 ans de Moubarak se sont passés sous le signe d’une recherche de la stabilité, la succession peut se jouer aussi dans le même contexte, surtout face à un éventuel candidat présidentiel Frère musulman. Sur le plan international, notamment américain, l’idée semble maintenue. Pour le président George Bush, selon des propos rapportés le 9 septembre par le Wall Street Journal, Gamal incarne le chef de file d’un « nouveau groupe de réformateurs actuellement aux affaires ». Conduits par l’ambassadeur Francis Ricciardone, diplomates et journalistes américains étaient venus en force assister au Congrès annuel du PND .

Chaïmaa Abdel-Hamid

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