Al-Ahram Hebdo, Dossier | La constance à tout prix
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 18 au 24 Octobre 2006, numéro 632

 

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Dossier

Moubarak . 25 ans au pouvoir, le raïs s’est attelé surtout à garantir la stabilité et éviter les soubresauts de l’aventurisme.

La constance à tout prix

Un coup, des hommes en armes surgissent, une pluie de balles s’abat sur la tribune. Le président Anouar Al-Sadate, resté debout, n’arrivant pas, en ces derniers moments de son existence, à réaliser ce qui se passait. La célébration de la victoire sur Israël a tourné en drame. C’était le 6 octobre 1981. Deux semaines après, Hosni Moubarak devient le président de la République suite à un référendum populaire. Pourquoi ce retour sur l’événement qui a été à l’origine de l’accession à la magistrature suprême de Moubarak ? Il est certain que commencer un mandat suite à l’assassinat du chef de l’Etat précédent par un commando islamiste devait marquer les choix, du moins les premiers, du régime. Beaucoup de fermeté, la recherche d’une stabilité qui a failli échapper. Le mot d’ordre un peu partout devient stabilité. Elle était recherchée par un peuple dérouté par le premier assassinat d’un chef de l’Etat. Ne dit-on pas que les Egyptiens ont maintenu cette tradition millénaire de voir dans leur chef suprême le pharaon aux attributs sacrés ? Même si on avait cru que Moubarak avec son allure et discours d’homme ordinaire allait rompre finalement cette tradition du culte rendu aux dirigeants : Nasser, le héros, et Sadate, le magicien. Mais vite les choses revinrent à leur habituel. Chaque année qui passait avec le président Moubarak est devenue une occasion de célébration. Pour son 20e anniversaire, la presse a fait un étalage d’entretiens et d’articles qui tous louaient les qualités du raïs, avec des phrases comme « Le fleuve des sacrifices n’a jamais cessé de progresser », « L’Egypte de Moubarak progresse de jour en jour » et des titres comme « L’art de gouverner les peuples ». A l’occasion aussi, un manuel est publié relatant les accomplissements du président. Mais pour les 25 ans, tout est discret. Aucune manifestation du genre précédent à l’exception de la célébration du 6 Octobre. Signe des temps qui changent peut-être. Ce nouveau siècle témoigne d’une nouvelle phase de la gouvernance de Moubarak.

La première serait celle des années 1980. Une période qui, selon Mohamad Al-Sayed Saïd, vie-directeur du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, était celle de « la réconciliation nationale après un règne de Sadate marqué par des mesures contre l’opposition ». C’est ainsi que la première décision de Moubarak a été de libérer tous les prisonniers politiques, ceux de septembre 1981, qui ont englobé toute l’élite intellectuelle avec ses différentes franges. C’est aussi le retour du pape Chénouda III après un exil forcé dans un couvent. Certains spécialistes parlent d’une « performance politique distinctive ». Les élections législatives de 1984 et 1987 étaient parmi les plus intègres avec les opposants et les indépendants remportant plus de cent sièges. Ce fut l’époque aussi de l’essor intellectuel avec la tradition inaugurée de la rencontre annuelle à l’occasion de la Foire du livre avec les écrivains. Mais le talon d’Achille du système était l’économie. L’Egypte était au bord de la faillite, privée de toute infrastructure.

Selon Ahmad Al-Moslémani, politologue, l’année 1986, avec l’insurrection des conscrits de la force anti-émeutes, représentait le premier et le plus grand défi auquel le régime a été amené à affronter. Un premier test qui a permis de renforcer la stabilité du régime. Le peuple a soutenu, implicitement, le pouvoir. « Le peuple n’a commis aucun acte de sabotage. Les penseurs et intellectuels qui sympathisaient avec les revendications des soldats ont rejeté l’idée de rébellion ou de chute du régime », relève Mohamad Al-Sayed Saïd.

Malheureusement, le régime a tenu la situation avec une main de fer, donnant à la sécurité d’importantes prérogatives. Ceci, bien que sur le plan de la politique étrangère il ait appliqué une Realpolitik et envisagé les choses de manière rationnelle, ce qui a permis de rompre l’isolement de l’Egypte dans le monde arabe. Cette décennie était marquée par l’attention accordée par Moubarak aux avis des conseillers, de l’opposition et de la classe intellectuelle.

Il fallait attendre 1991, à l’occasion de la guerre du Golfe, pour qu’une nouvelle évolution ait lieu en Egypte. Le président commence à accorder de l’intérêt au dossier économique. Il est encouragé par l’abolition d’une grande partie des dettes de l’Egypte par l’Occident pour son soutien à la coalition qui a chassé les forces iraqiennes du Koweït. Mais il était aussi poussé par les contraintes de la Banque mondiale. Le taux de chômage a baissé. Les réserves en devises étrangères ont atteint 22 milliards de dollars. De nouvelles villes et cités ont vu le jour ainsi que l’aménagement des zones côtières. Cet essor économique a eu lieu sous le signe d’une fermeture politique qui, selon Hassan Nafea, professeur de sciences politiques, a « révélé une orientation ou la véritable personnalité de Moubarak ». Ainsi, les deux législatives de 1990 et 1995 ont été boycottées par toutes les forces de l’opposition et il y a eu une répression des libertés, la fermeture de journaux comme Al-Dostour et Al-Chaab, l’arrestation de journalistes et la mise à l’écart d’autres.

Cette période des années 1990 s’est trouvée fortement liée à la lutte contre une résurgence du mouvement islamiste armé, notamment à la suite de la tentative d’assassinat d’Addis-Abeba contre le chef de l’Etat. La plus importante sur un total de six tentatives connues. Cette période a été marquée par des traques et des coups de filet contre les suspects. Outrée, la population s’est une nouvelle fois ralliée au régime. Les Egyptiens s’inquiétaient pour le tourisme devenu source importante de revenu et considéré comme principale cible par les islamistes.

 

Le tout sécurité

L’attentat de 1997 qui a eu lieu à Deir Al-Bahari, près de Louqsor, a constitué un tournant à cet égard. Depuis, la situation s’est plus ou moins stabilisée pendant plusieurs années avant que le pays ne soit de nouveau frappé par de nouvelles attaques terroristes, notamment au Sinaï. Entre les deux, le régime a compté plus sur le tout sécuritaire, ce qui a fait que la loi est devenue faible, n’inspirant pas la confiance du citoyen à l’égard de l’Etat. La sécurité est devenue un trait marquant du pouvoir, bien que « le président ait compris que les groupes armés ne représentaient pas une menace pour son pouvoir, mais plutôt pour la paix sociale », comme l’estime Ahmad Al-Moslémani. Cela n’a pas empêché le régime de faire face à d’autres types de problèmes. « L’opposition a progressivement fait entendre sa voix et une ère de tension politique a vu le jour, surtout avec la naissance d’une opposition directe contre le chef de l’Etat (Lire page 5) », indique Hassan Nafea. Résultat : à cette troisième phase fait défaut le politique, qui marquait la première, et l’économique, qui marquait la deuxième. Il n’y a pas de structure sur laquelle on peut édifier. Tout semble s’écrouler. Abdallah Sennawi, journaliste et membre du Parti nassérien, estime que « pendant de longues périodes, le régime disait que son premier objectif était l’édification d’une infrastructure solide. Mais 25 ans après, le bilan est négatif, de l’aveu du gouvernement : l’eau potable, les chemins de fer, l’éducation, la santé, autant de domaines en chute libre. Même sur le plan régional, le rôle de l’Egypte a régressé de manière désolante ».

Cette question de politique étrangère reste objet de différentes interprétations. L’équilibre recherché dès la première période, qui a fait que la ligne traditionnelle de fracture politique régionale se soit déplacée de l’Egypte, est devenu impopulaire. L’échec du processus de paix, l’invasion de l’Iraq, la popularité grandissante de Hassan Nasrallah et du Hamas ont « érodé ce choix de stabilité sur lequel pariait le régime ». L’équilibre s’est transformé en dépendance relative à l’égard des Etats-Unis. Les différends avec Washington sont cependant évidents mais ne se sont jamais transformés en chocs. Les analystes affirment que cette dernière période est celle d’un relâchement de la poigne de Moubarak et de l’augmentation de l’influence de ce qu’on appelle « les ailes ». Il s’agit de la vieille garde du PND ; de la nouvelle, celle des « Gamalistes », le lobby des hommes d’affaires ; des Frères musulmans et des pressions de l’Administration Bush. A ceci s’ajoute, comme le dit Al-Moslémani, l’âge avancé du président. « Le relâchement de la poigne du pouvoir est pire que sa puissance », dit-il. Pourquoi ? Parce que les Egyptiens sont dans l’attente d’un lendemain où le régime sera absent. « Or même si le régime est fort, cette image d’une institution faible est ancrée dans les esprits, ce qu’il y a de plus difficile ».

Samar Al-Gamal

Ahmed Loutfi

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Parcours

De l’armée de l’air à la présidence

Mohamad Hosni Saïd Moubarak est né le 4 mai 1928 à Kafr-Al-Messelha, un village du gouvernorat de Ménoufiya, dans le Delta d’Egypte.

Après l’école, il entre à l’Académie militaire, où il obtient un diplôme en sciences militaires. En 1950, il fait des études à l’Académie de l’armée de l’air, où il obtient un diplôme en sciences de l’aviation, terminant premier de sa promotion. Depuis lors, il occupe successivement les postes de pilote, d’instructeur, de chef d’escadrille et enfin, de commandant de base. En 1964, il est nommé à la tête de la délégation de l’armée égyptienne en URSS, alors principal pourvoyeur d’armes et d’experts militaires à l’Egypte.

De 1967 à 1972, lors de la guerre d’usure entre l’Egypte et Israël, Moubarak est nommé directeur de l’Académie de l’armée de l’air et responsable du personnel de l’armée de l’air.

En 1972, il devient commandant de l’armée de l’air. En octobre 1973, à la suite de la guerre de libération du Sinaï, il est à nouveau promu. En avril 1975, il devient le vice-président d’Egypte en tant que représentant de « la génération d’octobre » et, en 1978, il est choisi vice-président du Parti national démocrate.

Le 14 octobre 1981, il succède à Anouar Al-Sadate après l’assassinat de ce dernier, le 6 octobre de la même année.

Il est réélu à la majorité lors des référendums en 1987, 1993 et 1999, avec des scores supérieurs à 95 %.

Moubarak remporte la première élection présidentielle multipartite d’Egypte avec 88,5 % des voix, en septembre 2005. Hosni Moubarak est marié et père de deux fils : Alaa et Gamal.

 




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