Al-Ahram Hebdo,Monde | Ankara s’accroche à l’UE
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 Semaine du 18 au 24 Octobre 2006, numéro 632

 

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Turquie . Ses relations avec l’Union européenne sont les premières victimes du projet de loi français contre la négation du génocide arménien. Le premier ministre tente de calmer la grogne.

Ankara s’accroche à l’UE

Tiraillée entre sa colère contre le projet de loi français et son désir d’intégrer l’Union Européenne (UE), la Turquie avance sur des œufs. Le texte en question, adopté en première lecture par les députés français jeudi dernier, prévoit de sanctionner toute négation du « génocide » arménien. Les massacres et déportations d’Arméniens entre 1915 et 1917 ont fait plus de 1,5 million de morts selon les Arméniens, 250 000 à 500 000 selon la Turquie, qui récuse vertement le terme de génocide. La loi doit encore être soumise aux sénateurs, puis aux députés en seconde lecture, avant son adoption définitive.

Les dirigeants turcs ont rejeté avec force le vote des députés français, menaçant la France de représailles économiques. Mais le gouvernement turc du premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, temporise et reste évasif sur la nature de la riposte commerciale. Pas question pour lui de mettre en péril l’adhésion tant espérée de la Turquie à l’UE. En bon élève, le gouvernement n’a pas appelé au boycott officiel des produits français, s’arrêtant aux menaces et aux appels au rejet des marques françaises.

Le chef de l’Etat français, Jacques Chirac, a lui aussi tenté de calmer le jeu en appelant au téléphone samedi matin M. Erdogan pour lui exprimer ses « regrets », l’Elysée n’a pas confirmé la version de M. Erdogan. M. Chirac n’aurait que réaffirmé le nécessaire devoir de mémoire turc et l’inutilité du texte voté. La démarche n’est pas surprenante : la Turquie est un gros marché pour la France, avec des échanges chiffrés l’an dernier à 8,2 milliards d’euros.

Même s’il n’a rien à voir avec les pourparlers d’adhésion, commencés en octobre 2005, ce texte français risque en effet de rejaillir sur l’ensemble de l’UE et d’aggraver « les incompréhensions mutuelles », déjà « pas faciles à surmonter », selon le commissaire européen à l’Elargissement, Olli Rehn. L’euroscepticisme de la population turque risque de progresser un peu plus — en 2004, 70 % des Turcs désiraient l’entrée dans l’UE. Au printemps 2006, ils n’étaient plus que 44 %.

« Alors que les relations entre l’Europe et la Turquie sont plutôt mal en point, cela confirme que la France s’est donné le rôle de bouclier antiturc de l’Europe », juge l’universitaire turc, Ahmet Insel. « La raison d’être de cette loi tient dans la façon dont l’élite politique française considère la Turquie. Il y a une méfiance profonde envers la candidature de la Turquie et sa future adhésion », renchérit le chercheur Cengiz Aktar, spécialiste des questions européennes. Depuis que les quinze (aujourd’hui 25) lui ont reconnu en décembre 1999 une « vocation à rejoindre l’Union européenne », la Turquie s’est efforcée de satisfaire leurs exigences, surtout dans le domaine des droits de l’homme. Ainsi le Parlement a-t-il voté, en août 2002, l’abolition de la peine de mort en temps de paix et l’octroi de droits linguistiques et culturels aux Kurdes. La reconnaissance de Chypre demeure le point de désaccord essentiel.

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