Corée du Nord .
Le Conseil de sécurité a voté à l’unanimité des sanctions
contre Pyongyang. Mais leur application pourrait menacer la
paix dans la région.
Les répliques d’une secousse
La
punition est tombée pour la Corée du Nord, autoproclamée
puissance nucléaire depuis l’explosion le 9 octobre de sa
première bombe atomique. Réuni samedi, le Conseil de sécurité
de l’Onu a voté à l’unanimité la résolution 1 718 : les ventes
« d’armes et matériels connexes », de « matériels liés à la
technologie nucléaire et à celle des missiles » et de «
produits de luxe » sont désormais interdites vers la Corée du
Nord. A priori, les sanctions sont uniquement économiques ou
commerciales, l’article 41, mentionné à l’insistance de Pékin,
prévoit « des mesures n’impliquant pas l’emploi de la force
armée ».
En fait, c’est surtout l’application concrète du texte qui
fait débat. L’interception et l’inspection de navires
nord-coréens dans les eaux internationales, mesure explicitée
par la résolution, pourraient vite tourner à l’affrontement
militaire dans la région. « Je pense que les
Nord-Coréens vont riposter »,
résume John Pike, un expert américain en sécurité nationale.
Car comment la Chine et la Corée du Sud choisiront-elles
d’appliquer cette sanction ? Quel sera leur degré de sévérité
lorsque leurs autorités inspecteront un bateau nord-coréen
naviguant sur les eaux internationales ? Les matelots
nord-coréens se laisseront-ils faire ?
La viabilité de la résolution onusienne reposera donc presque
essentiellement sur l’attitude des principaux voisins et
partenaires commerciaux de la Corée du Nord. Artisan d’une
ligne dure contre son imprévisible voisin nord-coréen, le
gouvernement nippon a applaudi les sanctions et offert son
aide logistique pour les mettre en œuvre, sans exclure une
participation plus directe de ses forces armées. « Nous ne
tolérons pas la possession d’armes nucléaires » par la Corée
du Nord, a répété le premier ministre japonais,
Shinzo Abe.
Pour sa part, la Corée du Sud, dont le processus de
rapprochement avec le Nord semble aujourd’hui compromis, a
affirmé « soutenir » la résolution et promis de la mettre en
œuvre après l’« impardonnable » essai du Nord. Mais Séoul a
déjà fait part de ses réticences face à l’interception des
navires maritimes nord-coréens. Quant à la Chine, traditionnel
allié de Pyongyang, elle aurait plutôt tendance à marcher à
reculons. Pékin a ainsi exprimé ses réserves sur certains
points comme l’inspection des cargaisons, terrestres et
maritimes, entrant et sortant de la Corée du Nord.
Les Etats-Unis ont fait pression sur le régime communiste qui
« doit » appliquer à la lettre la résolution qu’ils ont votée.
La secrétaire d’Etat américaine
Condoleezza Rice, partie
mardi pour une tournée en Chine, au Japon et en Corée du Sud,
a estimé que Pékin avait tout intérêt à lutter contre la
prolifération nucléaire. Mme Rice
a, par ailleurs, concédé qu’« il y aura des détails à
préciser. Je comprends que des gens se préoccupent de la façon
dont cela va fonctionner et craignent que cela n’aggrave les
tensions dans la région. Nous sommes tout à fait prêts à tenir
ces discussions », a-t-elle déclaré.
Correctement appliquées, les sanctions contenues dans la
résolution sont un coup dur pour la Corée du Nord. Déjà,
depuis septembre 2005, les Etats-Unis avaient gelé toute
transaction avec des entités nord-coréennes accusées de
blanchir l’argent pour le compte du programme militaire
nucléaire gouvernemental. Ces sanctions du Trésor américain
avaient été citées par la Corée du Nord comme la principale
raison l’ayant poussé à l’essai nucléaire inédit du 9 octobre.
Selon Michael Green, qui était encore récemment responsable
pour l’Asie au sein du Conseil national américain de sécurité,
une interdiction des transactions financières empêchera le
régime de Kim
Jong-Il de pouvoir acheter des composants pour son
programme d’armes nucléaires et de missiles balistiques. « Ils
ont besoin d’acheter ce genre de technologies sur le marché
international. Ils n’ont pas ce qui leur faut chez eux »,
souligne-t-il. Ulcérée, Pyongyang a fustigé ces méthodes de «
gangsters » et rappelé que « les Etats-Unis représentent
eux-mêmes une menace nucléaire ».
Pour l’heure, la Corée du Nord continue de boycotter la table
des pourparlers à six (Chine, les deux Corées, Etats-Unis,
Japon et Russie), entamés depuis 2003 et au point mort depuis
la mise en place des sanctions américaines. Selon le
vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexandre
Alexiev, la Corée du Nord
resterait toutefois favorable à ces discussions. Une
perspective encourageante, même si le régime a prouvé par le
passé la piètre valeur de ses engagements.
Camille
Sayart