Al-Ahram Hebdo,Monde | Les répliques d’une secousse
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 Semaine du 18 au 24 Octobre 2006, numéro 632

 

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Corée du Nord . Le Conseil de sécurité a voté à l’unanimité des sanctions contre Pyongyang. Mais leur application pourrait menacer la paix dans la région.

Les répliques d’une secousse

La punition est tombée pour la Corée du Nord, autoproclamée puissance nucléaire depuis l’explosion le 9 octobre de sa première bombe atomique. Réuni samedi, le Conseil de sécurité de l’Onu a voté à l’unanimité la résolution 1 718 : les ventes « d’armes et matériels connexes », de « matériels liés à la technologie nucléaire et à celle des missiles » et de « produits de luxe » sont désormais interdites vers la Corée du Nord. A priori, les sanctions sont uniquement économiques ou commerciales, l’article 41, mentionné à l’insistance de Pékin, prévoit « des mesures n’impliquant pas l’emploi de la force armée ».

En fait, c’est surtout l’application concrète du texte qui fait débat. L’interception et l’inspection de navires nord-coréens dans les eaux internationales, mesure explicitée par la résolution, pourraient vite tourner à l’affrontement militaire dans la région. « Je pense que les Nord-Coréens vont riposter », résume John Pike, un expert américain en sécurité nationale. Car comment la Chine et la Corée du Sud choisiront-elles d’appliquer cette sanction ? Quel sera leur degré de sévérité lorsque leurs autorités inspecteront un bateau nord-coréen naviguant sur les eaux internationales ? Les matelots nord-coréens se laisseront-ils faire ?

La viabilité de la résolution onusienne reposera donc presque essentiellement sur l’attitude des principaux voisins et partenaires commerciaux de la Corée du Nord. Artisan d’une ligne dure contre son imprévisible voisin nord-coréen, le gouvernement nippon a applaudi les sanctions et offert son aide logistique pour les mettre en œuvre, sans exclure une participation plus directe de ses forces armées. « Nous ne tolérons pas la possession d’armes nucléaires » par la Corée du Nord, a répété le premier ministre japonais, Shinzo Abe. Pour sa part, la Corée du Sud, dont le processus de rapprochement avec le Nord semble aujourd’hui compromis, a affirmé « soutenir » la résolution et promis de la mettre en œuvre après l’« impardonnable » essai du Nord. Mais Séoul a déjà fait part de ses réticences face à l’interception des navires maritimes nord-coréens. Quant à la Chine, traditionnel allié de Pyongyang, elle aurait plutôt tendance à marcher à reculons. Pékin a ainsi exprimé ses réserves sur certains points comme l’inspection des cargaisons, terrestres et maritimes, entrant et sortant de la Corée du Nord.

Les Etats-Unis ont fait pression sur le régime communiste qui « doit » appliquer à la lettre la résolution qu’ils ont votée. La secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice, partie mardi pour une tournée en Chine, au Japon et en Corée du Sud, a estimé que Pékin avait tout intérêt à lutter contre la prolifération nucléaire. Mme Rice a, par ailleurs, concédé qu’« il y aura des détails à préciser. Je comprends que des gens se préoccupent de la façon dont cela va fonctionner et craignent que cela n’aggrave les tensions dans la région. Nous sommes tout à fait prêts à tenir ces discussions », a-t-elle déclaré.

Correctement appliquées, les sanctions contenues dans la résolution sont un coup dur pour la Corée du Nord. Déjà, depuis septembre 2005, les Etats-Unis avaient gelé toute transaction avec des entités nord-coréennes accusées de blanchir l’argent pour le compte du programme militaire nucléaire gouvernemental. Ces sanctions du Trésor américain avaient été citées par la Corée du Nord comme la principale raison l’ayant poussé à l’essai nucléaire inédit du 9 octobre. Selon Michael Green, qui était encore récemment responsable pour l’Asie au sein du Conseil national américain de sécurité, une interdiction des transactions financières empêchera le régime de Kim Jong-Il de pouvoir acheter des composants pour son programme d’armes nucléaires et de missiles balistiques. « Ils ont besoin d’acheter ce genre de technologies sur le marché international. Ils n’ont pas ce qui leur faut chez eux », souligne-t-il. Ulcérée, Pyongyang a fustigé ces méthodes de « gangsters » et rappelé que « les Etats-Unis représentent eux-mêmes une menace nucléaire ».

Pour l’heure, la Corée du Nord continue de boycotter la table des pourparlers à six (Chine, les deux Corées, Etats-Unis, Japon et Russie), entamés depuis 2003 et au point mort depuis la mise en place des sanctions américaines. Selon le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexandre Alexiev, la Corée du Nord resterait toutefois favorable à ces discussions. Une perspective encourageante, même si le régime a prouvé par le passé la piètre valeur de ses engagements.

Camille Sayart

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