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| Tradition
. Chaque lundi, jour du marché
à Kerdassa, tous les habitants achètent des choux pour faire
un plat très prisé de tous et qui est le mahchi. Une habitude
ancienne truffée de rites et de convivialité. |
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Kerdassa farcit
son choux
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Réputée
pour son commerce de textiles et la fabrication de galabiyas
faites à la main, Kerdassa est une petite localité située dans
le gouvernorat de Guiza. Les habitants de cette région ont une
tradition dont ils ne peuvent se passer. Ils mangent les feuilles
de choux farcis le jour du marché hebdomadaire, autrement dit
le lundi. Des vendeurs ambulants installés dans les différents
coins exposent leurs étalages de légumes, fruits et produits
alimentaires. « Tout est frais, vous n’allez pas regretter d’avoir
acheté chez moi », crie Oum Abou-Série tout en astiquant ses
fruits à l’aide d’un torchon. Tout le monde attend avec impatience
le lundi pour faire les provisions de la semaine. En fait, la
particularité de cette localité est que la plupart de ses habitants
travaillent dans des commerces spécialisés dans la vente de
djellabas, foulards et tapis traditionnels, et le jour du marché
est pour eux le début de la semaine, car ils perçoivent leurs
salaires le dimanche et ont de quoi faire leur marché, le jour
suivant. « Chaque lundi est pour nous une journée de fête. On
mange n’importe quoi au cours de la journée, un sandwich de
fromage ou de foul ou quelque chose de léger en attendant le
festin du soir », explique Amr en avalant son casse-croûte.
« Nous ignorons l’origine de cette tradition, nous sommes nés
et avons vu nos mères sauter le déjeuner pour farcir les feuilles
de choux et les préparer pour le dîner en hiver. Et en été,
ce sont les aubergines farcies », raconte Emad, propriétaire
d’un magasin de textile dans la rue touristique. Dans toutes
les ruelles, on peut voir des femmes porter des choux ainsi
que les légumes nécessaires à mélanger avec le riz pour la farce.
On peut acheter 10 choux à 1 L.E. C’est un repas copieux et
économique à la fois. Le marché grouille de monde et les gens
s’y bousculent. Il est midi, 5 heures se sont écoulées depuis
l’ouverture du marché et il y a toujours autant d’affluence.
On y vend même des moutons pour le sacrifice le jour du grand
Baïram. Deux voisins dont le budget ne permet pas peuvent se
partager un mouton dont le potage délicieux donne un goût spécial
pour la cuisson des farcis. Chaque femme excelle pour montrer
ses talents de bonne cuisinière. Saïda aime le relever avec
du piment, Hind y ajoute de la menthe et Nawal y met assez d’oignons
et de persil pour lui donner plus de goût. « Même si on prépare
le même repas, chaque femme a sa manière de préparer le mahchi
qui doit plaire en premier lieu à son mari », affirme Manal
en esquissant un sourire candide.
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Des traditions bien ancrées
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La préparation
des feuilles de choux farcis se fait dans une ambiance de
joie, la voisine peut venir donner un coup de main et rentrer
chez elle pour préparer le sien. Dès 19h, une odeur alléchante
emplit l’atmosphère. Tout le monde se rencontre autour de
la table déguster ce plat délicieux. « Quatre heures pour
le préparer et tout est avalé en 10 ou 15 mn ». Dès la fin
du repas, les femmes se lèvent pour préparer un thé vert au
fenugrec. Ce mélange doit être bu en 3 étapes. Le premier
thé est assez fort, le second plus sucré est allégé avec un
peu d’eau et le troisième et dernier verre est plus léger
et a un goût de miel. « Chaque invité doit boire 3 verres
de thé et celui qui transgresse la règle est mal vu car c’est
manquer à l’hospitalité des gens qui l’ont invité », souligne
Saïda qui ajoute que le fait de prendre le thé en compagnie
des hommes est une tradition familiale et cette séance de
thé peut durer 3 heures car cela permet aux gens de discuter
longuement. « Une fois, un voisin a pris congé au moment de
la séance de thé, il a été mis en quarantaine ». Si ce verre
de thé est un rite qui a ses valeurs, alors les feuilles de
choux farcis doivent être préparées dans l’allégresse et jamais
dans des circonstances tristes comme le décès d’un membre
de la famille. « Mon père est mort l’année dernière et je
suis restée toute l’année sans le préparer à ma famille. J’ai
même grondé mon benjamin quand il est parti en manger chez
son oncle paternel », dit-elle. Selon Saïda, certains plats
demandent de la bonne humeur et par habitude, tout ce qui
a de la saveur doit être banni dans les moments de mélancolie
ou de tristesse. A ce moment-là, on prépare de la viande ou
des légumes accompagnés d’un peu du riz. Quant à la viande
de chameau, elle est servie le jour du mariage. « Un chameau
coûte entre 5 000 et 6 000 L.E. Si celui qui fête un mariage
n’a pas les moyens pour s’en payer un tout entier, il achète
en détail chez le boucher ». Ce plat est quasiment nécessaire
pour les habitants de Kerdassa, surtout l’hiver. Pour eux,
les choux farcis donnent de l’énergie et aident à surmonter
le froid au milieu de ces espaces verts où il fait frisquet.
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| Dina Ibrahim |
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