Le
monde arabe a franchi il y a plus d’une semaine
un Nouvel An, qui selon toute vraisemblance n’apportera
rien de nouveau.
L’année
2005 a témoigné d’une panne totale du projet de
réforme officielle des régimes arabes, à tel point
que tout espoir dans ce sens s’est dissipé. Le
discours de la réforme arabe consécutif à la guerre
d’Iraq a donné naissance à une nouvelle « institution
arabe » sans grande nécessité, et a modifié de
manière stérile un système de vote au sein de
la Ligue arabe.
Quelques
jours avant l’avènement du Nouvel An, le rideau
s’est levé sur cette nouvelle institution qui
n’est autre que le « Parlement arabe unifié ».
En fait, on se pose des questions sur cette appellation,
d’autant plus qu’en l’absence de vrais Parlements
dans le monde arabe, le fait d’en créer un les
rassemblant témoigne de l’ironie ou d’une simple
imitation d’autres systèmes régionaux, à l’exemple
de l’Union européenne dotée quant à elle d’un
Parlement plutôt efficace. Donc, le fait de rassembler
tous les conseils législatifs sous l’ombrelle
d’un seul et de remanier le système de vote sur
les résolutions arabes ne change rien. Le problème
ne réside pas dans le mécanisme de prise de décisions,
mais plutôt dans la méfiance réciproque qui régit
certaines relations interarabes. Il est vrai que
ces gouvernements ont réussi à adopter des résolutions
au cours de différentes réunions, mais ils ont
échoué à activer l’action arabe qui mérite une
nette attention. Celle-ci est toujours confrontée
à un manque de sérieux dans la concrétisation.
Un problème qui ne peut être résolu par le simple
remaniement du système de vote, mais il serait
plus efficace de modifier les types de relations
panarabes, et notamment celles qui sont relatives
à la transparence. Souvent un pays approuve une
résolution par complaisance à l’égard d’un autre
pays, ou de peur qu’il n’attire la haine d’un
troisième, au lieu de se livrer à un dialogue
constructeur.
La
réunion du Parlement arabe a coïncidé avec celle
du remaniement du système de vote, avant la fin
de l’année 2005. Il n’en demeure pas moins que
cette coïncidence révèle que le régime arabe officiel
est incapable de faire peau neuve. Partant, le
prochain sommet arabe prévu en mars 2006 ne différera
pas beaucoup de ceux qui l’ont précédé. Les leaders
arabes désireux de se rendre à Khartoum se rencontreront
pour poser devant les caméras et adopter un communiqué
final préétabli par la réunion des ministre des
Affaires étrangères arabes. Il n’y aura rien de
nouveau dans ce sommet, sauf s’il s’agit de reconduire
le mandat du secrétaire général de la Ligue arabe,
Amr Moussa, qui expire dans quelques semaines.
Il
est plus probable que cette objection à la reconduction
du secrétaire général vienne des pays du Golfe
qui ne sont pas en accord avec lui. D’ailleurs,
le désaccord qui a été rendu public au cours du
dernier sommet est la partie visible de l’iceberg.
D’autres pays arabes, avec à leur tête l’Algérie,
seraient davantage pour une alternance au poste
du secrétaire général.
L’on
s’attend donc à ce qu’une tension règne lors du
prochain sommet de Khartoum et qu’un nouveau problème
vienne s’ajouter à la liste des interminables
crises chroniques de l’organisation panarabe.
2006
ne présage rien de bon pour la Palestine et son
peuple. Les scénarios envisageables en 2006 pour
la Palestine sont de loin les pires. Si les élections
palestiniennes se déroulent à la date prévue,
l’état de paralysie s’aggravera, et il n’y aura
ni vainqueur, ni vaincu. En d’autres termes, les
Palestiniens seront incapables de faire leur choix
et balanceront toujours entre la solution pacifique
ou le déclenchement d’une nouvelle Intifada. Alors
que l’ajournement de ces élections accroîtrait
la tension entre l’Autorité palestinienne et le
Fatah d’un côté, et les factions de l’opposition
avec à leur tête le Hamas, de l’autre. En 2005,
les enlèvements dans les territoires occupés se
sont multipliés jusqu’à devenir un phénomène digne
d’étude. Même si 17 étrangers kidnappés ont été
libérés.
Un
autre phénomène dangereux est en train de prendre
forme, celui de la révolte de certaines factions
(Brigades des martyrs d’Al-Aqsa), l’aile militaire
du mouvement Fatah. Le dernier jour de 2005 a
vu des opérations répétées d’occupation de la
plupart des centres du pouvoir au centre de Gaza.
Ajoutons à ce chapitre les actions israéliennes
pour créer un no man’s land au nord du secteur
de Gaza. Tout ceci ne promet guère une année 2006
porteuse d’espoir pour les Palestiniens.
Si
nous passons au chapitre de l’Iraq, on verra que
la crise n’est pas sur le point de se résoudre.
Ceci, bien que la fin de 2005 ait redonné un dernier
espoir en la possibilité de l’existence d’un régime
politique et démocratique dans un Iraq unifié.
En Iraq, les forces fondamentalistes qui ont contrôlé
le gouvernement provisoire, qui a pris les rennes
du pouvoir au terme de janvier 2005, ont ouvert
une nouvelle page dans la crise iraqienne, lorsque
quelques-uns de leurs partisans ont falsifié les
résultats des élections du 15 décembre. D’ailleurs,
cette falsification n’aura pas de retombées négatives
sur le gouvernement uniquement, mais également
sur l’unité et l’intégrité de l’Iraq. Bien que
ces élections aient été une occasion historique
pour dépasser la division et le déchirement qui
se sont aggravés avec la chute du régime de Saddam
et avec les sunnites qui ont boudé le scrutin
de janvier. La falsification des résultats des
élections par des forces fondamentalistes a brouillé
toutes les chances. C’est pourquoi, l’Iraq de
2006 semble s’engager dans un nouveau tunnel obscur
qui aggrave davantage la situation d’un pays qui
vit continuellement un heurt ethnique.
Au
Liban, les prémices d’une nouvelle division semblent
apparaître, mais cette fois-ci entre musulmans
et chrétiens, contrairement à la guerre civile
en 1975. Une division qui s’approfondit de plus
en plus avec la crise syrienne et ses graves retombées
sur le Liban. D’ailleurs, 2006 ne prévoit pas
de solution à la crise, surtout après les aveux
scandaleux de l’ex-vice-président syrien, Abdel-Halim
Khaddam. Si la Syrie est menacée de tomber sous
l’étau des sanctions, le Liban, lui, est menacé
de vivre une division interne sans précédent.
Pour
finir, 2006 présage des scénarios déprimants pour
un monde arabe qui vit un état de déséquilibre
surtout dans ses régions les plus chaudes, en
Palestine, en Iraq et au Liban.