Les
dernières heures de l’année écoulée ont témoigné
d’incidents douloureux, le massacre obscur de
Béni-Mazar, le scandale soulevé par Abdel-Halim
Khaddam qui a accusé le régime syrien d’avoir
assassiné Hariri et enfin la bataille absurde,
place Moustapha Mahmoud à Mohandessine. Une bataille
qui a porté atteinte à la réputation de l’Egypte
et qui a dévoilé l’étroitesse d’esprit des responsables
et leur manque de responsabilité politique et
sécuritaire.
Cette
bataille a coûté la vie à 28 Soudanais des réfugiés
de Darfour et du sud lorsque les forces de sécurité
égyptiennes ont usé de la force pour les obliger
à évacuer la place après 3 mois passés sur ces
lieux les transformant en une étable invivable
pour des êtres humains, que ce soient des réfugiés
ou non, des Soudanais ou non.
La
crise a commencé entre les réfugiés refoulés
par la guerre acharnée dans le Sud-Soudan et
à Darfour et entre le Haut-Commissariat aux
réfugiés de l’Onu. Un nombre de réfugiés s’était
rassemblé sur la place Moustapha Mahmoud en
protestation au refus du commissariat de leur
faciliter l’immigration aux Etats-Unis, au Canada
ou en Australie. Puis, ils sont rapidement devenus
des dizaines et des centaines. Si les responsables
au ministère des Affaires étrangères et aux
services de sécurité étaient plus clairvoyants,
ils auraient réalisé que cette question ne se
résoudra pas mais s’aggravera, car le problème
du Darfour et de la guerre au sud a besoin de
longues années pour se calmer.
En
passant dans ce quartier, je voyais tous les
jours comment leur nombre augmentait. Ils occupaient
entièrement le petit jardin de la place avec
leurs familles et leurs enfants et le Haut-Commissariat
aux réfugiés restait incapable de résoudre le
problème. Le soir, ils rampaient vers les espaces
verts de la rue de Gaméat al-dowal al-arabiya
avec leurs tentes. Leur nombre avait atteint
quelque 3 000 personnes. Les services égyptiens
ne faisaient rien sauf observer la situation.
Les voitures de police, comme d’habitude, formaient
un cordon autour des rues avoisinantes sans
rien faire jusqu’à ce que se produise l’attaque
horrible.
Il
aurait fallu que l’Etat leur aménage un camp
avant que le commissariat n’échoue à trouver
une solution et non après, d’ailleurs il échoue
toujours. Il aurait fallu qu’il empêche leur
infiltration sur cette place dès le départ et
les extrader vers leur pays comme l’a fait le
Maroc quand il s’est avéré que leur problème
n’est pas un problème de réfugiés mais un problème
d’immigrés.
Résoudre
ce problème nécessitait davantage d’intelligence
et d’astuces. Il ne fallait pas recourir à la
force et à la violence dans un pays mondialement
accusé de ne connaître que la langue de la violence
même avec ses opposants politiques. Il fallait
d’abord commencer par l’avertissement, puis
l’octroi d’un délai d’évacuation. Les résultats
des médiations et consultations effectuées avec
leurs représentants et auxquelles ont pris part
le leader soudanais Sadeq Al-Mahdi ainsi que
des personnalités soudanaises officielles et
officieuses auraient dû être publiés au lieu
de ce bâillonnement médiatique autour d’un problème
dont les échos se faisaient déjà entendre.
Je
ne peux pas comprendre et jusqu’à présent la
raison pour laquelle l’Egypte a signé un accord
d’accueil des réfugiés alors que tout le monde
sait qu’elle ne peut pas les assimiler. Si le
fait que l’Egypte accueille le Commissariat
aux réfugiés soit devenu un fardeau, il vaut
mieux qu’elle y renonce. Selon des statistiques
publiées à l’étranger, le nombre de personnes
qui ont quitté le Soudan et Darfour à cause
de la guerre atteindrait quelque 23 000, outre
les trois millions de Soudanais résidant en
Egypte de façon permanente sans la considérer
comme un point de passage pour immigrer vers
d’autres pays. Notons que ce sont des organismes
évangéliques, des organisations internationales
et des forces étrangères qui ont facilité à
ces réfugiés la fuite du Darfour et du sud.
La guerre qui se déchaîne là-bas est une guerre
internationale dont l’Egypte assume les séquelles.
A
mon avis, il faut catégoriquement refuser d’accueillir
des réfugiés de guerre soudanais en Egypte.
Il est indispensable de former une commission
formée de l’Union africaine, et du Haut-Commissariat
aux réfugiés avec les organismes égyptiens et
soudanais pour remédier aux séquelles de cet
incident douloureux.