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Qous. A 30 km au nord de Louqsor, cette ville de la Haute-Egypte était autrefois le point de départ des pèlerins musulmans de la Haute-Egypte. Centre commercial, militaire et administratif à l’époque médiévale, Qous représente en ce temps la deuxième ville de l’Egypte après Le Caire.

Sur la route de la Mecque

Les villes sont comme les hommes, elle naissent, se développent et meurent ; pire encore, elles s’oublient. Cela s’applique sans doute sur la ville de Qous qui était à l’époque médiévale la plus grande cité islamique après Le Caire. Principal entrepôt commercial de la Haute-Egypte d’antan, Qous représentait le clé de la route des caravanes de la mer Rouge. C’est sous les mamelouks baharites que la ville paraît avoir atteint son apogée. « La ville de Qous a joué, entre les XIIe et le XIVe siècles, le rôle de la capitale de la partie méridionale de la Haute-Egypte. C’est là que se faisait le transport des épices d’Extrême-Orient ainsi que le passage des pèlerins en route vers La Mecque, ce qui a conduit à l’implantation d’une forte autorité régionale. Une communauté urbaine musulmane s’y est alors développée », explique Mohsen Sayed Ali, directeur général des antiquités islamiques et coptes au Conseil suprême des antiquités (CSA).

Les croisades qui coupaient la route normale du pèlerinage vers La Mecque détournèrent vers Qous une grande partie des pèlerins qui allaient s’embarquer à Ayzab ou Aydhab (un port sur la mer Rouge situé au niveau de La Mecque). « Au début de l’époque fatimide, les pèlerins qui s’embarquaient à Ayzab venaient surtout de la Haute-Egypte ainsi que des oasis. A partir du milieu du Ve siècle de l’hégire (XIe siècle), la Syrie avait échappé au pouvoir du calife du Caire, et la guerre s’installait dans la région. Le nombre des pèlerins suivant cet itinéraire a donc beaucoup augmenté. Et lorsque vers la fin du Ve siècle de l’hégire (soit le XIe siècle de l’ère chrétienne), les croisés barrent la route du pèlerinage du nord, ce sont tous les pèlerins du monde occidental qui passent par la route du sud », explique le Dr Abdallah Kamel, chef du département des antiquités islamiques et coptes au CSA. Qous a été donc connue comme point de départ de la route de La Mecque.

Entre le milieu du Ve siècle de l’hégire et le milieu du VIe siècle, c’est-à-dire au cours de la seconde siècle de l’époque fatimide, Qous est devenue le point où les pèlerins quittent la vallée pour traverser le désert oriental. Il y eut, au moins pendant certaines années, une impossibilité réelle pour les pèlerins d’emprunter une autre route vers Ayzab que celle de Qous. « La route de Qous à Ayzab est à la fois plus longue, plus difficile et même moins bien ravitaillée en eau que les autres routes du sud et en particulier celle d’Edfou. On peut supposer que si Qous demeura le lieu de rassemblement des pèlerins vers le Hedjaz, c’est qu’il y avait là un point de contrôle des voyageurs se rendant aux Lieux Saints », souligne Jean-Claude Garcin dans son livre Un centre musulman de l’Egypte médiévale : Qus, qui vient d’être publié par l’IFAO (lire encadré). Ce point de contrôle qui se trouvait dans la ville a dû être établi après que Qous fut devenue la résidence du gouverneur de la Haute-Egypte. « Le gouverneur de la Haute-Egypte, qui se chargeait du maintien de l’ordre dans toute la région du sud, s’installa à Qous qui devint la nouvelle capitale du sud et un point de surveillance de la situation en mer Rouge », indique Mohsen Sayed Ali.


Le mahmal

La caravane officielle du mahmal (couverture de la Kaaba qui était fabriquée et ornée en Egypte et transportée ensuite vers La Mecque lors d’une grande célébration) n’a jamais emprunté que la route du Nord. Pourtant, la tradition locale à Qous ne laisse pas d’étonner. Le mahmal joue évidement un grand rôle dans la vie locale. On sort encore aujourd’hui le mahmal en procession dans les grandes fêtes de Aïd Al-Fitr (la fête de la rupture du jeûne) et lors de Aïd Al-Adha (la fête des sacrifices), on le chante, on le peint par des dessins naïfs sur les murs. La rue Al-Jamala (des chameliers) est mise en rapport avec les chameliers de la délégation officielle conduisant le mahmal ou ceux des pèlerins ordinaires ou même ceux des marchands. Jean-Claude Garcin se demande, si y aurait-il eu, comme plus tard à Assiout, un petit mahmal officiel à Qous, réplique locale de celui du Caire, empruntant la route du Sud pour conduire les pèlerins qui continuaient de la suivre, signe de vitalité d’une ville qui ne voulait pas admettre que les pèlerins cessent de passer par elle pour se rendre au Hedjaz.

Les relations particulières unissant Qous aux villes saintes de La Mecque et de Médine se manifestaient aussi par quelques constructions. « C’est le chef des services financiers de la ville, Ibn Chaddad, qui vraisemblablement à l’époque du sultan mamelouke Al-Nasser Ibn Qalaoun que fit édifier sur le tombeau du prophète à Médine une coupole », indique Jean-Claude Garcin. Il était normal que Qous, en raison de sa situation géographique et de son rôle régional, assume une partie des travaux entrepris aux Lieux Saints.

Le souvenir de l’animation, de la prospérité et de l’importance religieuse et culturelle de la ville de Qous n’a désormais survécu que dans les ouvrages des lettrés et dans les contes. La ville possède cependant toujours une jolie mosquée avec un sabil dont le bassin est formé d’un monolithe carré aux cartouches de Ptolémée II Philadelphe. La mosquée renferme un des plus beaux minbars de l’époque fatimide.

Amira Samir
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Grandeur et décadence d’une agglomération

Un ouvrage sur la ville de Qous à l’époque médiévale retrace le développement de la ville, son essor et son déclin.

Un centre musulman de l’Egypte médiévale : Qus est le titre d’un ouvrage d’un intérêt exceptionnel, écrit par Jean-Claude Garcin. Edité en 1976 par l’Institut Français d’Archéologie Orientale (IFAO) du Caire, cet ouvrage, consacré à la ville de Qous, a été épuisé il y a presque trente ans. L’IFAO a donc décidé la réédition de l’ouvrage. « Je m’en réjouis, puisque cela m’incite à penser que dans le petit monde de ceux qui s’intéressent à la Haute-Egypte, ce livre a pu être utile », s’exprime l’auteur.

Le chef-d’œuvre de Jean-Claude Garcin est consacré évidement à l’histoire de la naissance, du développement et du déclin d’une communauté urbaine musulmane en Haute-Egypte. « Nous présentons ici le résultat de notre étude que nous avions souhaitée aussi totale que possible. C’est l’histoire d’une ville musulmane, l’analyse des raisons de sa création en tant que ville, de son développement, et de sa disparition, car l’agglomération de 70 000 habitants que nous connaissons aujourd’hui est en fait une autre ville », souligne Jean-Claude Garcin. Le livre se compose de trois grandes parties : « La naissance d’une communauté urbaine musulmane », « La grande ville du sud, Qus à l’époque des mamelouks baharites (648-784 de l’hégire, soit 1250-1382 de l’ère chrétienne) » et « La désurbanisation ».

La première partie traite la géographie de la Haute-Egypte en général et de la région de Qous en particulier. Elle étudie aussi le passé pharaonique et romain de Qous et la naissance de la Haute-Egypte musulmane à l’époque fatimide et ayyoubide. La deuxième partie du livre, quant à elle, est consacrée à Qous sous la période des Mamelouks baharites et les divers rôles de la ville à cette époque : centre militaire, d’enseignement et de judicature. Dans la troisième partie, l’auteur présente la désurbanisation de la ville, surtout à l’époque des Mamelouks cicassiens, et la diminution du nombre des hommes par l’effet des pestes.

D’ailleurs, à la fin de l’ouvrage, le lecteur trouvera, outre une intéressante conclusion, une annexe regroupant les noms des lieux à Qous employés à l’époque des Mamelouks, ainsi que quatre index : historique, géographique, analytique et bibliographique. « Il m’a fallu beaucoup d’inconscience pour inaugurer une carrière de chercheur par une étude sur une bourgade dont plus personne (au moins dans le monde savant d’Egypte ou d’ailleurs) ne se souciait. Et même après la publication de ce travail, j’ai longtemps cru que cette étude ne serait pas prise en considération. Je me doutais que cette marginalité dans laquelle je m’étais placé allait être très importante pour moi-même, et me servir de révélateur pour une meilleure compréhension de l’histoire de l’Egypte », estime Jean-Claude Garcin dans l’introduction de son ouvrage.

Une traduction en arabe de ce livre, réalisée par Bachir Al-Sébaï, a été publiée en 1997 sous le nom Izdehar wa inhéyar hadéra masriya, Qus (Essor et déclin d’une agglomération égyptienne, Qus).

« Les recherches sur le soufisme, si important dans l’histoire de la Haute-Egypte, les fouilles archéologiques, et d’éventuelles découvertes papyrologiques conduiront à réécrire cette histoire. Gageons qu’il n’y aura pas de troisième édition de ce livre », estime cependant Jean-Claude Garcin .

A. S.
 

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