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Education
. Une école pas
comme les autres. Formée d’une seule classe, elle accueille
les filles qui n’ont pas fréquenté les classes primaires
pour de multiples raisons. Reportage.
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S'épanouir,
telle est la règle |
Une
nouvelle journée de classe va commencer. Des fillettes,
toutes souriantes et pleines d’énergie venant des quatre
coins du petit bourg Al-Righah, dans le gouvernorat de
Guiza, se dirigent vers leur établissement portant le
nom de « Ecole amie des filles ». De par leur allure,
elles se distinguent des élèves qu’on a l’habitude de
voir. Elles ne sont pas habillées en uniforme, portent
des vêtements de tous les jours, et chose surprenante,
elles ne transportent pas de cartables. En fait, tout
est différent dans cette école composée d’une seule classe,
d’un jardin, avec deux professeurs et 34 filles qui sont
toutes en 3e année primaire. A 8h pile, toutes les élèves
sont présentent et se mettent en rang dans le jardin.
« On l’appelle le rang de la préparation, car on y aborde
chaque jour un thème différent en s’inspirant d’une histoire
ou d’une pièce théâtrale. Les sujets tournent parfois
autour d’une leçon comprise dans le programme, ou des
thèmes d’ordre général comme la religion ou la vie sociale
», explique Maha, une des deux enseignantes de l’école.
Aujourd’hui, on va parler des rumeurs et leur impact sur
la société. Une demi-heure avant que les filles ne soient
autorisées à rentrer en classe pour terminer la leçon.
Mais avant de s’asseoir, chacune doit accrocher son nom
sur le mur attenant le tableau, et ce pour permettre à
l’enseignante de connaître les absentes. La classe commence
avec le programme scolaire habituel. D’après Sabrine,
professeur, cette école inaugurée depuis deux ans a pour
objectif d’accueillir les filles qui n’ont pas eu la chance
de s’inscrire à temps dans une école primaire, ou celles
dont les parents ne les ont pas envoyées à l’école faute
de moyens ou d’ignorance ou pour d’autres raisons. Aujourd’hui,
l’école accueille des filles dont l’âge varie entre 9
et 15 ans. Ce petit groupe d’élèves a commencé par le
programme de la première année primaire, et suit actuellement
celui de la troisième année primaire. « On suit les mêmes
programmes des autres écoles, mais avec des moyens pédagogiques
différents pour développer le maximum d’aptitudes des
filles », dit Sabrine. Une heure s’est écoulée depuis
le début de la classe. Les élèves se divisent en quatre
groupes, celles qui vont suivre la leçon de calcul se
mettent à part, de même que celles qui vont suivre le
cours de langue, d’activités scientifiques ou d’art. C’est
à l’élève de choisir la matière par laquelle elle veut
commencer. Quant aux deux enseignantes, elles encadrent
tous les groupes. Sabrine affirme qu’elle déploie tous
les efforts pour expliquer ou transmettre le savoir aux
élèves en utilisant des objets simples pour construire
des maquettes, faire des panneaux, ou concevoir le décor
d’une pièce de théâtre. Pendant que l’une des enseignantes
se dissimule derrière une boîte de carton trouée, l’autre
se sert d’une règle en guise de micro. Elles improvisent
un programme télévisé et créent un débat sur les familles
productives. Un cours que les élèves n’ont jamais apprécié,
mais qui a fini par les intéresser depuis que les enseignantes
ont improvisé cette mise en scène, car les filles n’oublient
jamais ce que la présentatrice dit à la télévision. «
J’ai été à l’école jusqu’en quatrième primaire, mais je
n’ai jamais appris à écrire, même pas mon nom, car je
détestais aller en classe et je n’aimais pas mes professeurs
», confie Hagar, 15 ans. Après avoir quitté son établissement,
cette jeune fille est restée quatre ans à la maison avant
de s’inscrire à l’école amie des filles. Actuellement,
Hagar est parmi l’une des plus brillantes élèves en classe. |
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Des méthodes créatives
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En
fait, l’âge des filles ne pose aucun problème aux professeurs,
car selon Maha, c’est le niveau qui fait la différence.
« On les divise par niveau et non pas par âge, mais sans
le faire savoir aux élèves », explique Maha. Il est presque
midi, et c’est le moment de pause. Les filles passent
quelques minutes à papoter ou à jouer avec des masques.
Puis, les cours reprennent. « Cette école respecte et
suit les programmes et les examens imposés par le ministère
de l’Education, mais en ce qui concerne le budget et le
système, elle dépend du Conseil de la maternité et de
l’enfance. Ce système d’enseignement moderne nous a permis
de réaliser d’excellents résultats », dit Mahmoud Solimane,
responsable de l’enseignement des filles du département
de Guiza, au conseil. Ce dernier affirme que les enseignantes
ont joué un rôle important quant à la réussite de ce projet.
Maha et Sabrine affirment qu’avant de travailler dans
cette école, elles n’avaient aucune idée sur l’enseignement,
mais grâce aux cours organisés par le conseil, elles sont
devenues expertes dans ce domaine à tel point que d’autres
écoles au Caire les sollicitent, mais elles refusent de
quitter cette école. « Ici on sent qu’on a une mission
sacrée, ces filles ont vraiment besoin de nous, et nous
avons fini par nous attacher à elles », affirme l’une
d’elles. Selon Solimane, on les a choisies parmi les habitants
du village pour gagner la confiance des parents. C’est
le moment de faire des devoirs et tout le monde se met
au travail, sauf Chaïmaa qui porte son petit frère sur
son épaule et ne sait quoi faire de lui. Mais son professeur
lui trouve une solution, celle de le laisser jouer en
classe le temps qu’elle termine ses devoirs. « Je devais
rester à la maison pour garder mon frère. Ma jeune sœur
étant malade et ma mère devait l’emmener chez un médecin.
Je ne voulais pas m’absenter, alors ma maîtresse m’a autorisé
de le garder avec moi », explique Chaïmaa, 13 ans. Cette
dernière n’a jamais appris à lire ni à écrire. La seule
école primaire dans la région se trouvait bien loin de
chez elle, et elle devait dépenser deux livres par jour,
en transport, ce qui était un lourd fardeau pour sa famille.
Sabrine affirme que l’école tient compte des conditions
de vie de cette population rurale, où la fille doit essentiellement
s’occuper de ses frères et aider sa mère à faire le ménage.
« On a même fixé le jour de congé, le faisant coïncider
avec celui du marché hebdomadaire du village. C’était
le mercredi et comme le marché se tient actuellement le
jeudi, on a changé le jour de congé », dit Sabrine. Elle
précise que pour mieux expliquer certaines leçons, elle
prend souvent des exemples du marché, c’est l’événement
le plus important dans ce bourg, et même les filles y
contribuent en aidant leurs parents, dont la majorité
sont des vendeurs de fromage, de volailles et de légumes.
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Développer la personnalité
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En effet, la présence de ces petites
villageoises dans cette école ne leur a pas seulement
permis d’améliorer leur savoir, mais aussi de développer
leur personnalité. D’après Maha, les filles ont fini
par avoir du caractère. Maintenant, elles accordent
plus d’intérêt à leur tenue vestimentaire, leur hygiène
et même leur manière de parler a changé. Elles ont beaucoup
évolué au cours de ces trois années. « Avant, la fille
venait à l’école avec des ongles sales, vêtue de la
même djellaba avec laquelle elle a dormi ou fait le
ménage », confie Maha, qui affirme que maintenant elle
ne voit que des filles habillées de leurs plus jolis
vêtements, toujours propres, et se comportant comme
des personnes civilisées. De plus, elles ont acquis
cette confiance en elles-mêmes. Une chose qui leur manquait
dans une société qui considère la fille comme une créature
de deuxième degré. Doaa, chef de classe pour un mois,
en est un exemple. Une fille introvertie qui avait peur
de parler, craignant de commettre des bévues. Elle n’osait
jamais lever le doigt pour participer en classe, alors
qu’au fond d’elle-même, elle désirait le faire. « C’est
à cause de mes frères et de mon père qui m’ont toujours
traitée comme une bête. Je devais leur obéir, les servir
et je n’avais jamais raison. Ils se moquaient constamment
de moi, alors je me suis renfermée sur moi-même », s’exprime-t-elle.
Maintenant, Doaa a beaucoup plus de confiance à tel
point qu’elle surveille la classeet oblige les filles
à respecter les ordres. A la maison, elle continue de
servir ses proches, non pas par infériorité, mais par
respect pour eux. Elle a imposé son opinion sur tout
ce qui se passe autour d’elle. Pour plus de liberté
et plus de confiance en soi, l’école organise parfois
de petites randonnées, et même les filles ont participé
à une marche au Caire pour réclamer plus de droits aux
enfants. A la fin de la journée, et après avoir décroché
leurs noms, les studieuses élèves rentrent chez elles
sans livres ni devoirs. Elles reprennent leur train
de vie quotidien, participent aux corvées ménagères,
s’occupent du bétail, nourrissent la basse-cour et sont
au service du reste de la famille. Elles veillent à
dormir tôt, pour ne pas rater le lendemain l’école,
le seul endroit où elles peuvent s’affirmer comme des
créatures à part entière.
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| Hanaa
Al-Mekkawi |
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