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Conflit
Israélo-Palestinien.
Fin de règne pour le premier ministre d’Israël, ce bourreau
des Arabes qui a arboré vers la fin le masque de la paix.
Dans le monde arabe, on craint surtout un vide préjudiciable
pour un processus de paix déjà incertain.
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| Un
hasardeux après-Sharon |
Attaque
cérébrale, hémorragie, opération, encore une hémorragie
et encore un e
opération et le « lion », comme le dit son nom en hébreu,
est hors course. Que va-t-il se passer maintenant ? Qui
prendra les rênes ? La question est presque sur toutes
les lèvres depuis la dégradation de l’état d’Ariel Sharon,
en Israël, aux Etats-Unis mais aussi dans le monde arabe.
Comment serait la région sans le fils Schönermann ? A
Tel-Aviv, les précautions étaient rapides. Ehud Olmert,
ministre des Finances et vice-premier ministre, a en quelques
heures été chargé d’assurer l’intérim. On l’a initié aux
secrets les mieux gardés du pays par le chef du Mossad,
le directeur du Shin Bet et le chef du renseignement militaire.
Procédure de succession accélérée connue et déjà mise
en œuvre deux fois dans l’histoire de l’Etat hébreu. Difficile
toutefois de répondre aux questions alors que Tel-Aviv
avance des noms pour son successeur à la tête du tout
nouveau parti, Kadima, et à la tête du pouvoir. C’est
justement ce successeur qui plonge le monde arabe dans
l’inquiétude même si on est certes loin de pleurer un
faucon qui a le bec et les pattes mouillés de sang. On
s’inquiète pour l
’avenir du
processus de paix au Proche-Orient.On
dirait que le faucon s’est transformé en colombe. Faut-il
dans ce cas-là alors croire aux mots de George Bush qui
le qualifie d’« homme de courage et de paix » ? Dans ce
cas-là, les Arabes doivent oublier le passé surchargé
de brutalité et de raids nocturnes d’« Arik » depuis qu’il
a rejoint la Haganah, l’armée clandestine des juifs de
Palestine à 14 ans. Ce sont ses débuts sanglants qui avaient
coûté à Israël sa première condamnation au Conseil de
sécurité des Nations-Unies lorsqu’en 1953 ses hommes piègent
à l’explosif une quarantaine de maisons du village de
Kibya. On sortira des décombres 69 cadavres palestiniens.
Et sa responsabilité au moins « indirecte » dans le carnage
de Sabra et Chatila, les deux camps de la banlieue de
Beyrouth, où vivaient les réfugiés palestiniens en 1982.
Le bilan est de plus de 800 civils, hommes, femmes, enfants
et vieillards massacrés. Partout où il passe, Sharon fait
couler du sang, raser des maisons.
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Des Arabes pragmatiques ?
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Dans
le monde arabe d’ailleurs, ils n’ont pas retenu le fameux
jugement porté sur Sharon par Moshe Dayan. « Il serait
capable de tuer tous les Arabes », avait-il dit. « Ce
sont les Arabes eux-mêmes qui ont facilité la tâche
à Ariel Sharon de se transformer d’une persona non grata
en Monsieur le porteur du rameau d’olivier au moins
par leurs déclarations qui reprenaient en partie ses
propres mots ou ceux de l’Administration américaine
», estime Emad Gad, rédacteur en chef de la revue Israeli
Digest. Pragmatisme donc ? Selon Gad, les Arabes n’ont
pas pour autant oublié son culte de la force et son
hostilité pour eux qui trouvent leurs racines dans son
enfance. Le petit Ariel est né à Kfar Malal, dans la
vallée du Sharon en Galilée, et qui était entourée de
villages arabes et son père venu de Biélorussie n’est
qu’un sioniste fervent.
De quelle
paix parle-t-on alors ? Et pourquoi les Arabes éprouvent-ils
tant d’inquiétude et sont dans un état d’attente inouïe
? Pourquoi craignent-ils un vide difficile à combler
dans l’ère de l’après-Sharon ? Preuve en est que le
président palestinien Mahmoud Abbass a appelé le bureau
de Sharon pour s’enquérir de sa santé. Ahmad Qoreï,
son chef de gouvernement, lui a de son côté souhaité
un prompt rétablissement. On est bien loin de déclarations
indécentes similaires à celles faites par les Israéliens
et les Américains au moment de la maladie de Yasser
Arafat et ensuite après sa disparition. Le vice-premier
ministre, Nabil Chaath, a expliqué ouvertement la position
palestinienne : « Sur le strict plan humain, nous sommes
peinés pour Sharon. Sur le plan politique, cela va accroître
l’incertitude à laquelle nous sommes déjà confrontés
sur le retour au processus de paix et peut-être que
cette incertitude se prolongera après les législatives
israéliennes. Sharon a accompli quelques progrès minimaux
mais il n’a jamais cru au processus de paix. Il est
parfaitement impossible de prédire ce qui va se passer
».
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Priorité sécuritaire
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| Au crépuscule
de sa vie, Sharon semblait être passé de la droite au
centre droit. Tout comme Yitzhaq Rabin, le bulldozer change
de stratégie politique. Sharon casse le tabou du Grand
Israël, non dans les accords et textes signés mais sur
le terrain. Il évacue du terrain à Gaza à la grande opposition
de son parti, le Likoud, et des colons auxquels il se
présentait comme protecteur. Le vieux général envisageait
de céder encore du terrain en Cisjordanie mais peut-être
pas plus de 43 % d’après les observateurs. Non pour les
beaux yeux des Palestiniens ou encore parce qu’il aurait
renoncé à sa politique guerrière, simplement car son objectif,
c’est la sécurité. Il fonce encore, abandonne son parti
et en crée un autre, le Kadima. L’opinion salue son courage
politique en soutenant massivement son nouveau parti,
dont les sondages lui accordaient au moins 40 députés
pour les législatives de mars contre 19 aux Travaillistes
et 14 au Likoud. Mais Kadima repose essentiellement sur
la personnalité de son dirigeant.
Le parti
du one man show. Sharon est Kadima, mais pas le contraire,
le parti n’est pas aussi fort que son chef. C’est dire
que cette formation, après lui, n’existe plus. « C’est
un parti sans programme palpable, n’a de poids dans la
rue et ne dispose pas d’instances en bonne et due forme
», précise Gad. Un assemblage hétéroclite en proie aux
divisions internes, ce qui laisse croire que la plupart
de ses membres feront défection pour retrouver le Likoud
et ceux qui resteront n’auront pas la même audace que
Sharon pour poursuivre son œuvre. Kadima finira par être
un tout petit parti, pas plus. Quelles personnalités fortes
de l’équipe Sharon pourraient émerger ? Très peu de personnes
et encore avec des doutes.
Dans le Kadima,
on évoque Ehud Olmert, qui évoquait Arafat en disant que
son « expulsion est certainement une option. Le tuer est
également une option ». Deux autres noms sont cités. Tsipi
Levni, ministre de la Justice, elle aussi issue d’une
famille ultranationaliste qui ces dernières années a modifié
son idéologie et prône des arrangements avec les Palestiniens.
Et Chaoul Mofaz, ministre de la Défense, qui bénéficie
comme Sharon de son aura de militaire, qualité toujours
importante dans la politique israélienne. |
Successeurs potentiels
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| Pour le
poste de premier ministre, presque une seule personnalité
émerge, l’ancien premier ministre, Benyamin Netanyahu,
puisque Amir Peretz, le chef des Travaillistes, est vu
comme trop incliné pour la paix. Incomparable pour autant
au virtuose du fait accompli l’homme le plus fort d’Israël
après son fondateur Ben Gorion. « N’importe quel gouvernement
après Sharon serait plus faible et devrait recommencer
à zéro. Personne n’aurait comme lui l’audace de prendre
des décisions audacieuses et réussir à en convaincre tout
le monde », estime Jamal Zahlqa, député arabe à la Knesset.
Les Palestiniens seront-ils alors les grands perdants
? Zahlqa pense que cette faiblesse israélienne pourrait
être au contraire utile. « Elle donnera l’occasion à des
initiatives internationales et non israéliennes. Car Sharon
avait réussi à convaincre les Américains et les Européens
de se mettre à l’écart et de le laisser seul gérer les
choses avec les Palestiniens. Celui qui lui succédera
n’aura d’autre choix que d’emprunter la voie de la paix
avec les Palestiniens », explique-t-il.
Le temps
est donc à la diplomatie arabe ou encore à une unité de
rang interpalestinienne (lire Reportage page 5). Une division
chez les Palestiniens ou une radicalisation de leur pouvoir
à l’issue des législatives du 25 janvier entraînera un
durcissement de la politique israélienne surtout en cas
d’arrivée de Netanyahu. Celui-ci était contre le retrait
de Gaza ele démantèlement des colonies. Si le scrutin
engendre un succès du Hamas et l’anarchie persiste, Netanyahu
pourrait, comme le pense Gad, réoccuper la bande de Gaza
et il sera dans cette mesure soutenu par les Américains
et les Européens qui se sont déjà prononcés contre la
participation du Hamas aux législatives. Le successeur
de Sharon va-t-il s’en inspirer ou, au contraire, s’en
éloigner ? On rappelle que Netanyahu avait inauguré son
mandat par le creusement d’un tunnel sous l’Esplanade
des mosquées à Jérusalem mais avait fini à Wye River et
a même signé l’accord d’Hébron qu’un premier ministre
travailliste comme Ehud Barak avait rejeté. L’alternative
de l’après-Sharon semble tracée. D’après le spécialiste
Emad Gad, « si les Palestiniens qui détiennent aujourd’hui
les cartes du jeu n’arrivent pas à en profiter, ça serait
le retour à la case départ, l’avant-Oslo même » . |
Samar
Al-Gamal |
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