Al-ahram
hebdo : Quels sont les projets de loi qui doivent être soumis
à l’Assemblée du peuple au cours de sa nouvelle session ?
Ahmad Fathi
Sourour : Le discours
du président de la République, Hosni Moubarak, prononcé récemment
devant l’Assemblée du peuple et le Conseil consultatif a déterminé
les plus importantes questions soumises aux deux chambres.
L’objectif consiste à sonder les opinions des députés du peuple
autour de la réforme de la Constitution, du projet de loi
sur la protection du consommateur, ceux des tribunaux économiques,
de l’amendement de la loi sur le pouvoir judiciaire, l’amendement
de la loi relative aux procédures pénales en vue de réglementer
la détention préventive, des délits de publication et enfin
un dernier projet de loi concernant les taxes immobilières.
— Quel sera
le sort des plaintes de fraude contre certains députés aux
dernières élections législatives ?
— Nous attendons
les rapports de la Cour de cassation concernant les résultats
des enquêtes menées sur ces plaintes contre les fraudes. Ils
seront soumis au comité législatif de l’Assemblée pour qu’il
donne son avis. Par la suite, les rapports du comité législatif
seront soumis à l’Assemblée pour prendre une décision définitive.
— Dans son
programme électoral, le président Moubarak a annoncé son intention
d’établir un meilleur équilibre entre les deux pouvoirs, exécutif
et législatif. Comment est-il possible d’opérer cet équilibre
et d’augmenter le rôle de contrôle et de législation de l’Assemblée
du peuple ?
— Il est trop
tôt de donner un avis sur cette question. Nous attendons les
opinions des députés autour des différents aspects de cet
équilibre entre l’exécutif et le législatif.
— Que pensez-vous
de l’augmentation du nombre des hommes d’affaires au sein
de la nouvelle Assemblée et du gouvernement ?
— L’essentiel
est la vision politique du ministre dans l’action de son ministère
et son expérience dans sa gestion. Il est vrai aussi que le
secteur privé doit jouer un grand rôle dans le développement
et la réforme économique du pays. Par conséquent, le statut
des hommes d’affaires ne réduit en rien leur valeur, d’autant
plus qu’il leur revient d’assumer une grande part de responsabilité
dans le développement économique. D’ailleurs, il n’existe
aucune contradiction entre le statut d’homme d’affaires et
la réalisation de l’équité sociale, un principe auquel nous
tenons, à l’Assemblée comme au gouvernement. En effet, l’économie
ne peut prospérer dans un pays sans considération de la dimension
sociale. Si l’économie n’est pas politisée, elle n’aura aucun
effet sur la réalisation du développement. De plus, le développement
économique est impossible sans développement social.
— Comment
faire face au phénomène de l’achat des voix, comme il en a
été le cas au cours des dernières législatives ?
— Je suis contre
tout achat des voix des électeurs. Car il s’agit d’une falsification
de la volonté du peuple. Finalement, tout dépend du niveau
d’éducation des électeurs, la promotion de leur conscience
et l’arrestation des personnes accusées de verser des pots-de-vin
aux électeurs.
— Comment
faire face aux irrégularités, tels les actes de baltaguis,
les erreurs et les manques de mise à jour dans les listes
électorales ?
— Nous devons
élever le niveau de conscience du peuple et réviser régulièrement
les listes électorales afin de réduire au maximum les erreurs
dans les noms.
— Comment
faire face au problème de la faiblesse de la représentation
de la femme et des coptes au sein de l’Assemblée du peuple
?
— Tout ceci nécessite
la promotion du niveau de sensibilisation, tout en opérant
une réforme constitutionnelle garantissant une meilleure représentation
parlementaire de la femme. Il faut aussi que les partis fassent
un effort pour promouvoir le rôle politique de la femme. Enfin,
il y a un effort à faire au niveau de l’éducation pour sensibiliser
la société au rôle important que doit jouer la femme dans
la vie publique. La femme constitue la moitié de la société,
et une démocratie qui ne donne pas à la femme voix au chapitre
est une démocratie boiteuse.
— Comment
expliquez-vous la faiblesse de la représentation de l’opposition
à l’Assemblée ?
— La faiblesse
de la représentation de l’opposition revient à la faiblesse
de sa présence dans la rue politique égyptienne et la limitation
de son rôle à la presse partisane.
— Nombreux
sont ceux qui réclament un changement du système électoral
en faveur de la représentation proportionnelle, à la place
du scrutin individuel. Qu’en pensez-vous ? Comment est-il
possible d’opérer ce changement ? Quelles sont les considérations
à prendre en compte ?
— Le choix du
système électoral idéal n’est pas chose facile. Le scrutin
à liste affaiblit la relation entre le député et les électeurs
en faveur du parti politique. En revanche, le scrutin individuel
soumet le député aux pressions des centres de puissances parmi
les électeurs. Il est indispensable d’étudier la réalité politique
pour choisir le système électoral susceptible d’exprimer la
volonté du peuple.
— Que pensez-vous
de l’adhésion a posteriori des indépendants au Parti National
Démocrate (PND, au pouvoir) après leur victoire aux élections
? Beaucoup y voient une sorte de duperie pour les électeurs
qui les ont élus en tant qu’indépendants. En outre, l’adhésion
de ces indépendants a permis au PND d’avoir la majorité absolue
au Parlement. Qu’en pensez-vous ?
— La plupart
de ces indépendants n’étaient pas indépendants au sens politique
du terme. Ils étaient des membres du PND qui n’a pas retenu
leur candidature officielle aux élections parlementaires.
Le fait que le parti n’ait pas présenté leur candidature ne
nie pas leur appartenance au parti. De toute façon, rien n’empêche
juridiquement leur adhésion postérieure à un quelconque parti.
— Les Frères
musulmans peuvent-ils présenter un candidat aux élections
présidentielles de 2011, étant donné qu’ils occupent 20 %
des sièges de l’Assemblée du peuple ?
— Tout citoyen
peut se présenter aux élections présidentielles tant qu’il
rempli les conditions stipulées par l’article 76 de la Constitution
.