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Siwa. Malgré l’épanouissement touristique de cette oasis du Désert occidental, une catastrophe écologique la menace. Samer Al-Mofti, expert du désert et ancien secrétaire général du Centre de Recherches sur le Désert (CRD), nous fait un état des lieux.

« Cette oasis historique est menacée de submersion »

Al-Ahram Hebdo : Siwa occupe déjà une place importante dans l’écotourisme, mais depuis déjà plusieurs années, cette oasis souffre de plusieurs maux menaçant sa richesse naturelle ...

Samer Al-Mofti : L’essence de la crise réside tout simplement dans l’ignorance. Les responsables négligent complètement la nature écologique de cette oasis. D’où le danger de toutes les décisions prises visant à développer Siwa. L’importance historique, écologique et archéologique est trop souvent méprisée lors de la prise de toute décision. Les responsables de cette région unique devraient être experts du désert, de la géologie ou même de la géographie. Ce qui n’est pas le cas malheureusement.

— Quels sont plus concrètement les problèmes de Siwa ?

— Les problèmes de Siwa datent de 1968. Une délégation des habitants des oasis de Bahariya et de la Nouvelle-Vallée ont appris comment creuser des puits pour avoir une quantité d’eau plus grande. Ce qui leur a permis d’accroître leur surface agricole. Depuis, une fièvre de creuser s’est propagée à Siwa. Et donc, des problèmes de drainage agricole sont apparus à la suite de l’augmentation du niveau de l’eau, 6 centimètres annuellement. Les basses exploitations se sont retrouvées submergées, ainsi que l’arboriculture. Même les constructions des habitants, faites d’un mélange de terre cuite, se sont détériorées, voire ont été détruites. De plus, en 1977, les forces armées ont investi quelques sites dans l’oasis. Par conséquent, la consommation de l’eau a augmenté et des routes ont été asphaltées pour faciliter le passage vers Siwa. Il y a eu épanouissement touristique et commercial, mais la nature écologique et traditionnelle a été et continue toujours de se détériorer. Il y a aussi le problème du sable.

— Qu’en est-il de ce problème ?

— Le sud de cette oasis se situe directement à l’extrême Nord de la Grande Mer de sable dont une superficie de 135 000 kilomètres carrés se trouve au sein de l’Egypte, et 165 000 kilomètres carrés en Libye. Cette étendue énorme de sable menace d’ensevelir les exploitations au Sud au même titre que le drainage principal de la région. Autrement dit, cela menace d’augmenter encore le niveau de l’eau à Siwa. Bref, actuellement, cette oasis historique, qui remonte aux troisième et quatrième périodes de l’ère tertiaire, est menacée de submersion.

— Cette catastrophe est-elle liée à la situation géographique de cette oasis ?

— Absolument. Siwa se situe dans la zone dépressionnaire commune avec l’oasis de Guaghboub, en Libye, à 17 mètres au-dessous du niveau de la mer. Cette dépression constitue avec celle de Qattara, de 20 kilomètres carrés, la grande dépression du Désert occidental, à 137 mètres au-dessous du niveau de la mer. Le problème de Siwa est qu’elle se situe au fond de cette dépression, sur une couche terrestre très épaisse ayant au-dessous d’autres couches saturées d’eau. Du coup, la dépression de Siwa a fait de l’oasis le canal de drainage de tout le Désert occidental. La situation géographique et géologique de cette oasis implique de respecter les conditions naturelles et de ne pas exagérer dans l’exploitation des richesses de cet endroit unique. Déjà, il existe des avens naturels dont le nombre s’élève à 146, outre les 1 111 puits et les 20 autres puits de plus de 1 000 mètres de profondeur. Alors à quoi bon creuser pour cultiver des terres en plus ?

— Quelle était la situation avant ledit développement qui a détruit une grande partie des ressources naturelles de Siwa ?

— Avant l’intervention de l’homme dans cette oasis, l’écosystème était équilibré : le drainage naturel remplit en hiver les six lacs qui se trouvent dans la dépression, et en été cette eau s’évapore. L’eau, dont la salinité varie d’eau plus douce que celle du Nil à eau salée comme celle des mers, était distribuée équitablement aux habitants pour leur utilisation. Même l’espace cultivé était déterminé selon la quantité d’eau. D’où l’impossibilité d’avoir de nouveaux espaces agricoles. Siwa possédait à l’époque 10 000 feddans riches en 450 000 palmiers dattiers et 325 000 oliviers. La capacité productrice de ces cultures constitue donc la source de revenus principale des habitants, au nombre de 10 000. Mais le développement non planifié a détérioré complètement cet écosystème. D’où la catastrophe qui menace Siwa.

— Existe-t-il une solution pour toutes ces difficultés ?

— Déjà, plusieurs instances locales et internationales se sont penchées sur le problème du drainage dans l’oasis, dont l’Organisme de l’urbanisme de la Côte Nord-Ouest et Siwa, le ministère de l’Agriculture représenté par le Centre de Recherches sur le Désert, le Programme alimentaire mondial (FAO) et le ministère des Ressources hydrauliques. Ce dernier a créé un département des eaux souterraines qui sera chargé de cette question à Siwa. Il y a eu une amélioration minime dans certains endroits ; pourtant, les géologues et hydrologues mettent en garde contre une catastrophe naturelle. Mais personne n’en tient compte, car l’épanouissement touristique passe avant tout. Le tourisme dans cette oasis a besoin d’experts internationaux qui détermineront le genre de tourisme qui convient, le nombre de personnes selon la capacité de l’endroit et cibleront les touristes. Qu’on ait un ou deux villages touristiques et environnementaux à Siwa, mais pas ce ravage qui détruit tout. Je pense qu’Alexandrie doit être un exemple à suivre. Les décisions importantes doivent être prises par des comités spécialisés. Il implique également d’interdire d’octroyer des territoires aux investisseurs et de creuser des puits. Sans oublier que traiter un milieu aussi fragile que celui où se trouve Siwa est épineux. De par ses richesses naturelles uniques, ethniques (les habitants appartiennent aux amazighs), archéologiques, historiques et géographiques, cette oasis doit être insérée dans la réserve naturelle de Siwa. Malheureusement, cette dernière comprend d’autres petites oasis des alentours de Siwa, mais pas le village lui-même. L’insérer à la réserve naturelle interdirait toute intervention de la part des responsables.

Propos recueillis par
Racha Hanafi

 
 

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