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Haute-Egypte. Malgré l’arrestation de l’auteur du massacre ayant fait dix victimes, la police n’écarte pas la piste du crime collectif. Les habitants appréhendent une suite des événements sanglante.

L’angoisse persiste sur Chamseddine

Minya,
De notre envoyée spéciale —

C’est toujours la panique qui règne dans le petit village modeste de Ezbet Chamseddine, dans le gouvernorat de Minya (à 225 km au sud du Caire) et ce malgré l’arrestation de l’auteur du massacre atroce qui a provoqué la mort de dix personnes.

L’affaire date du jeudi 29 décembre dernier lorsque Mohamad, 27 ans, aurait égorgé et éventré les membres de trois familles voisines. Les victimes : quatre hommes, trois femmes et trois enfants dont un bébé de 9 mois, ont eu leurs organes sexuels mutilés. Des pigeons égorgés ont également été trouvés dans l’une des maisons. Selon les enquêteurs, aucun signe ne montre que les victimes ont opposé la moindre résistance.

Les voisins et les proches, qui ont découvert la tuerie après la prière de l’aube, ont affirmé que les familles décimées étaient celles d’un enseignant de l’école primaire, d’un agriculteur et d’un ouvrier.

L’auteur, à l’esprit dérangé et souffrant de frustration sexuelle, a reconnu lors de son interrogation avoir commis ce crime pour se venger. Il prétend que ces trois hommes ont pris le parti d’un avocat qu’il avait tenté de tuer à la suite d’un différend sur un lopin de terre disputé.

Vu l’importance du massacre, les habitants ont du mal à y voir un acte individuel. Des policiers ont été postés à l’entrée du village et sur les lieux du crime. De source policière, rien n’affirme ni n’infirme l’hypothèse d’une tuerie orchestrée engageant plusieurs personnes. « Le dossier n’est pas encore fermé. Pourtant, nous avons été obligés de déclarer aux habitants que l’enquête est achevée afin de les apaiser après une semaine vécue dans la terreur », souligne-t-on de même source.

Des affirmations qui se veulent rassurantes, mais que personne ne croit. Dans le village, la panique est toujours bien présente. « Nous sommes sûrs que l’assassin n’a pas agi seul. C’est irrationnel, comment un homme seul peut-il tuer trois familles en si peu de temps ? Il est vrai que nous sommes pour la majorité analphabètes mais la police nous traite comme si nous étions idiots », lâche Sayed, ouvrier, tout en soulignant l’importante présence policière dans le village une semaine après le massacre et deux jours après l’arrestation du « tueur en série ». « Il y a des années qu’on n’a pas vu un seul agent de sécurité dans notre village, aujourd’hui les policiers sont-ils partout ? », s’interroge-t-il.


Femmes et enfants ne ferment pas l’œil

Deux semaines après le massacre, Chamseddine est toujours en état d’alerte. Les rues du village sont quasiment vides et les quelques rares piétons ont le visage contracté. Certains ont même quitté provisoirement le village. Obligés de sortir de chez eux pour aller au travail, les hommes pressent le pas, le regard inquiet. La nuit, un bâton à la main, les pères de famille montent la garde devant leur maison. Ce qui n’empêche pas leurs femmes et enfants de ne pas fermer l’œil.

Dans sa maison de trois pièces, Ahmad vit avec sa femme Awatef, sa maman et ses trois fils. Pendant qu’Ahmad veille la nuit pour les sécuriser, le reste de la famille s’entasse dans une même chambre et partage le même lit. « Si quelqu’un se retourne, le craquement du bois fait sursauter les autres. Depuis cette tuerie, nous avons oublié le sommeil paisible », raconte sa femme qui a été obligée de mettre des cuvettes dans la chambre « parce que la nuit, les enfants ont peur de mettre le pied hors de la chambre même pas pour aller aux toilettes ». En effet, la présence de leurs parents ne suffit plus pour les rassurer. « Comment mon père pourrait-il me protéger si je trouve un assassin devant moi ? Chez les voisins, les pères n’ont pas pu assurer leur propre sécurité, ni celle de leurs enfants », s’inquiète Moustapha, 13 ans.

Depuis le drame, les 500 élèves du village ne vont plus à l’école, située à 6 km. « Nous n’avons pas d’école dans notre village. La mienne se trouve très loin. Pour y aller, je prends le microbus et parfois j’y vais à pied. Je ne veux plus y aller, j’ai peur. Si je rencontre un assassin en route, personne ne saura me défendre », dit Wafaa, âgée de 9 ans.

Le village de Chamseddine compte 4 000 habitants dont la grande majorité sont au chômage. Malgré l’atmosphère de deuil, les habitants ont été soulagés en voyant les hauts responsables du pays s’intéresser à eux. En l’espace de quelques heures, ils ont reçu le ministre de l’Intérieur, les responsables de la municipalité et leurs députés au Parlement. Des personnalités qu’ils ne voyaient jusqu’ici qu’à la télévision.

En effet, la tradition veut qu’on ne s’intéresse aux petits coins perdus qu’à la suite d’une catastrophe. Au cœur du drame, les villageois de Chamseddine espèrent que leur malheur finira par avoir quelques retombées bénéfiques au niveau des services, de l’infrastructure et notamment de la sécurité.

Souvent, lors de ce genre d’incidents, c’est la dimension sécuritaire qui masque les autres aspects du crime. Or souvent, de tels actes sont motivés par des besoins insatisfaits, aux niveaux politique, économique et social. « On a l’impression que notre village ne figure pas sur la carte d’Egypte. Nous sommes privés de tout : notre réseau d’eau potable et d’électricité est suranné, les rues ne sont pas illuminées ni pavées. Nous n’avons aucune unité médicale ou point de police », dit Essam Ezzat, le chef du village. Il se plaint du fait que les responsables n’accordent aucun intérêt aux habitants, sauf lors des saisons électorales « pour gagner les quelque 1 200 voix du village ». Ce massacre aussi atroce qu’inattendu ferait-il sortir ce petit village de l’oubli ? Ce que souhaitent les habitants, plus que jamais désemparés .

 

Héba Nasreddine

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