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Justice. Le procureur général a décidé de classer l’affaire des agressions subies par des journalistes et des opposants lors du référendum sur l’amendement de l’article 76 de la Constitution, en mai 2005. Une décision qui a provoqué une vague de protestations.
Actes sans responsables

Affaire classée. C’est ce qu’a annoncé cette semaine le procureur général de la République, Maher Abdel-Wahed, qui a décidé du sort des journalistes et opposants agressés le 25 mai 2005. Ces agressions, dont certaines sont d’ordre sexuel, ont eu lieu lors du référendum sur l’amendement de l’article 76 de la Constitution, relatif à l’élection du président de la République au suffrage universel. Selon le communiqué du procureur général, les accusations adressées aux forces de sécurité ainsi qu’à un nombre de membres du Parti National Démocrate (PND) sont non fondées juridiquement et les enquêtes effectuées n’ont fourni aucune preuve.

La décision a été accueillie par une vague de protestations et de colère de la part des journalistes et des organisations des droits de l’homme qui menacent de recourir à la justice internationale.

Ces agressions avaient eu lieu devant le Syndicat des journalistes, où le mouvement d’opposition Kéfaya avait organisé une manifestation dénonçant la révision de l’article 76 de la Constitution. Lors de ces manifestations, des actes de violences avaient eu lieu faisant quelques blessés dans les rangs des manifestants. Plus grave encore ont été les abus sexuels subis par deux femmes journalistes. Les policiers présents sur les lieux n’étaient pas intervenus pour s’opposer à ces agissements qui ont été filmés et photographiés par des correspondants de chaînes arabes et étrangères. L’Administration américaine, ainsi que des organisations de défense des droits de l’homme, avaient par la suite vivement condamné ces incidents et demandé le jugement des responsables.

Chaïmaa Aboul-Kheir, une jeune journaliste à l’hebdomadaire Al-Dostour, affirme avoir fait l’objet d’actes de violences et d’agressions sexuelles lors de ces manifestations. Elle exprime sa grande déception face à la décision du procureur général de classer l’affaire. « Cette décision donne carte blanche à l’Etat pour exercer davantage de violences et d’abus contre la liberté d’expression, de manifestations et de déplacement. Autrement dit, elle lève le voile sur l’autre face de l’Etat qui prétend défendre les libertés et élargir leur marge. Mais ce n’est pas la fin du jeu. Nous sommes déterminés à faire valoir nos droits par la justice », s’insurge Chaïmaa. Elle raconte que ce 25 mai, elle a participé aux manifestations en tant que membre du mouvement Kéfaya et en tant que journaliste pour couvrir l’événement. « A la fin de la manifestation, j’ai pris un taxi avec Abir, une autre journaliste qui couvrait également l’événement. Mais j’ai été brusquée par un policier nommé Nabil Sélim, qui a arrêté le taxi et nous en a fait sortir par la force. Il nous a frappées, insultées et nous a livrées à un groupe de femmes qui ont accompli la sale besogne et nous ont déchiré nos vêtements », se rappelle Chaïmaa, qui affirme que l’affaire n’en restera pas là et qu’elle mènera une guerre judiciaire féroce en dépit des menaces qu’elle affirme avoir reçues des services de sécurité. Cette escalade est également promise par Georges Ishaq, porte-parole du mouvement Kéfaya, qui indique qu’un recours a été présenté à la Cour d’appel contre la décision du procureur général. « Il s’agit d’attentats à l’honneur qui ont été commis par les hommes du PND en plein jour avec la bénédiction des forces de sécurité et le scandale a été diffusé par toutes les chaînes satellites. Si notre justice ne peut se montrer à la hauteur de l’affaire, nous n’hésiterons pas à avoir recours à la justice internationale », menace Ishaq.


« Taire ces crimes est en soi un crime »

Ainsi, un sit-in a été organisé jeudi 5 janvier au Syndicat des journalistes en signe de protestation contre le classement de l’affaire. Le président du Syndicat des journalistes, Galal Aref, a de son côté envoyé un mémorandum au procureur général lui réclamant de présenter au syndicat une copie des enquêtes effectuées sur l’affaire de l’agression contre les journalistes. Le conseil du syndicat a par ailleurs tenu une réunion extraordinaire pour étudier les moyens syndicaux et juridiques qui permettent de défendre les droits des journalistes ayant fait l’objet d’agressions. « Le fait de taire ces crimes avec préméditation est en soi un crime. Si l’affaire n’est pas réglée à l’intérieur, nous n’hésiterons pas à avoir recours à la justice internationale », affirme Mohamad Abdel-Qoddous, président de la commission des libertés au Syndicat des journalistes.

L’Organisation Egyptienne des Droits de l’Homme (OEDH) a également dénoncé la décision du procureur général et a exprimé sa solidarité avec les journalistes et les opposants victimes de violences. Dans son communiqué, l’OEDH a qualifié cette décision de violation flagrante du droit à la vie, à la liberté et à la sécurité personnelle. Hafez Abou-Seada, secrétaire général de l’OEDH, trouve dans cette décision de classer l’affaire une tentative de cacher les crimes d’agressions et d’aider leurs responsables à fuir la justice. « Il est fâcheux que la justice ne soit pas capable ou, au moins, n’ait pas la volonté de juger les responsables de ces crimes malgré les enregistrements audiovisuels et les photos qui ont été fournis au procureur général. Je suis désolé de dire que l’affaire a été traitée avec négligence », indique Seada. Il appelle le ministre de la Justice, conformément à l’article 56 du code de procédure pénale, à déléguer un juge d’instruction à la Cour d’appel pour effectuer une enquête urgente sur l’affaire. « Nous avons confiance dans la justice égyptienne et souhaitons que l’affaire soit réglée à l’intérieur du pays », dit-il.

Selon Nabil Abdel-Fattah, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, il s’agit d’une tentative de classer tous les dossiers qui touchent aux actes de violence ayant marqué le référendum et les élections législatives. « L’Etat craint que l’ouverture de ce procès ne relance les critiques sur ses plans de réforme politique. Voilà pourquoi il cherche à affaiblir les opposants qui ont ruiné l’image du PND comme le mouvement Kéfaya et le parti Al-Ghad. L’affaiblissement des activités et le recul de la popularité de ces mouvements sont donc une bonne occasion pour l’Etat. Cela lui permettra d’affaiblir ses adversaires et de limiter leur influence sans soulever beaucoup de critiques », conclut-il .

May Al-Maghrabi

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