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Diplomatie. Le ministre des Affaires étrangères, Ahmad Aboul-Gheit, fait le point sur les efforts pour éviter une exacerbation de la crise syro-libanaise après la visite du président Moubarak à Paris.

« L’Egypte essaye d’éviter une déstabilisation
du Moyen-Orient »

Paris,
De notre correspondant —

Al-Ahram Hebdo : Quels sont les principaux sujets traités lors des entretiens égypto-français ?

Ahmad Aboul-Gheit : La situation au Moyen-Orient, et notamment les dossiers syro-libanais, israélo-palestinien et iraqien ont été les principaux sujets à l’ordre du jour de ce sommet. L’Egypte et la France ont à peu près la même position. Les deux pays pensent que la Syrie doit coopérer avec la commission d’enquête onusienne. Cela dit, l’Egypte insiste sur la non politisation de l’enquête et dénonce l’exploitation de cette affaire à des fins politiques non avouées. La justice doit prendre son cours et les criminels et toutes les personnes impliquées dans l’assassinat de Hariri doivent être jugés. Or, c’est une affaire juridique et non politique. Je pense que le régime syrien veut coopérer. Pour l’Egypte, l’aboutissement de l’enquête est une question prioritaire, cela permettra de pacifier les relations entre Damas et Beyrouth, de faire retourner la situation interne à la normale au Liban et d’épargner au monde arabe davantage de troubles.

— Avant la rencontre de Paris, le président Moubarak s’était rendu en Arabie saoudite. Est-ce pour essayer d’alléger les pressions sur Damas ?

— Les choses ne se présentent pas ainsi. Les entretiens avec l’Arabie saoudite et la France ont eu lieu dans l’objectif de réaliser la stabilité de la région en empêchant l’apparition de nouveaux foyers de tension. Tout le monde doit œuvrer pour aider la Syrie à répondre favorablement aux résolutions internationales, cela à notre avis assurera la stabilité du Liban et aidera les Libanais à resserrer les rangs. Il faut trouver le juste équilibre qui permettra à ces deux pays d’établir le genre de relation qui puisse assurer leurs intérêts réciproques. La Ligue arabe a pris une position exemplaire à cet égard, les ministres arabes des Affaires étrangères ont exprimé une vision claire, et tout le monde s’accorde sur l’importance d’appeler à un sommet arabe extraordinaire pour se pencher sur ce dossier.

— La France a réussi à faire voter une résolution en faveur de l’élargissement de l’enquête afin de découvrir et de juger les assassins de Rafiq Hariri ...

— C’est aussi la volonté de tous. Nous voulons tous poursuivre l’enquête et en connaître l’aboutissement, sans toutefois exposer les pays et les peuples de la région à des secousses dangereuses.

— Pensez-vous que les virulentes déclarations de l’ancien vice-président syrien Abdel-Halim Khaddam risquent d’anticiper la chute du régime syrien ?

— Je ne le crois pas. Il y a eu une résolution du Conseil de sécurité, et il y a une enquête qui est en cours et dont il faudra accepter le résultat. Si l’identité de l’assassin de Hariri est révélée, le criminel doit payer pour son forfait.

— L’Egypte a-t-elle proposé de soutenir la Syrie contre des concessions que Damas ferait au Liban ?

— Non. L’Egypte se contente de discuter les grandes lignes de la situation telle que nous la voyons. Nous avons discuté avec les Saoudiens et les Français et nous poursuivrons les pourparlers avec d’autres pays influents afin d’éviter une explosion de la situation. Du moment qu’elles représentent la légitimité, les résolutions internationales deviennent indiscutables. La résolution 1 644 est irrévocable d’autant plus qu’elle est placée sous le signe du chapitre VII de la Charte de l’Onu. Nous espérons que cette résolution aboutira dans un cadre juridique et non politique, ce qui suppose une coopération de la part de la Syrie.

— Quelle est la position exacte de l’Egypte face à tous ces défis ?

— Comme je vous l’ai déjà dit, l’Egypte essaye d’éviter une déstabilisation du Moyen-Orient. Cette région fait l’objet de pressions de toutes sortes et de défis de taille : le processus de paix israélo-palestinien est au point mort, la situation en Iraq laisse craindre une guerre civile, les relations entre l’Iran et les pays occidentaux sont très tendues, sans parler de la situation difficile au Darfour ... L’Egypte et la France travaillent pour neutraliser les foyers de tension pour sauver la paix et la stabilité de cette région.

— Comment jugez-vous la situation actuelle au Liban ?

— La situation au Liban est loin d’être calme à cause des assassinats et de la polarisation dont témoigne la scène politique du pays. Cela ne tardera pas à avoir des conséquences sur toute la région, la tension récente sur la frontière avec Israël en est une .

Khaled Saad Zaghloul

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