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Lycées.
Le nouveau ministre doit trouver une solution à la multiplication
des agressions contre les enseignants, à la suite d’un
incident lors duquel un élève a giflé son professeur.
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Les
lycées seraient-ils devenus des lieux dangereux ? C’est
un incident survenu récemment qui suscite l’inquiétude
des enseignants. A Sers Al-Layane, une province du gouvernorat
de Ménoufiya, un élève du cycle secondaire a giflé cinq
fois de suite son enseignante qui venait de le réprimander
pour avoir troublé son cours, outre des insultes devant
tous les autres élèves. L’enseignante a immédiatement
fait appel au directeur de l’établissement qui, curieusement,
n’a pris aucune mesure contre l’élève. Face à une telle
attitude, elle envoie une plainte à l’ex-ministre de l’Education,
Ahmad Gamaleddine, qui décide de mettre l’élève au système
d’études à domicile (système qui permet à l’élève de faire
ses études à domicile sans avoir à se rendre régulièrement
à son lycée) et donne l’ordre d’entamer une enquête sur
cet incident. Pour sa part, le Syndicat des enseignants
a tenu une réunion urgente pour préparer un rapport qui
sera prochainement présenté au ministère de l’Education.
Objectif : proposer plusieurs mesures permettant de défendre
les droits des professeurs. Le syndicat a demandé, en
outre, au ministère d’ouvrir une enquête et de prendre
des décisions qui pourraient rendre aux professeurs le
respect perdu. « La mesure prise contre l’élève est décevante.
Il aurait fallu que l’élève soit renvoyé un an de son
lycée pour que les autres élèves qui ont assisté à cette
scène ou en ont entendu parler sachent que ce n’est pas
une chose à répéter », dit Kamal Soliman, secrétaire général
du Syndicat des enseignants. Et d’ajouter avec indignation
: « Il faut savoir que lorsqu’un élève triche aux examens,
il est renvoyé pendant un an. Gifler son professeur ne
mérite-t-il pas au moins la même punition !? ». Selon
Soliman, il est inconcevable que le ministère n’ait même
pas pris une seule mesure contre le directeur du lycée
qui a permis à l’élève de retourner en classe comme si
rien ne s’était passé.
Selon
les statistiques du ministère de l’Education, la violence
contre les professeurs a connu une hausse remarquable
en 10 ans. En effet, 130 cas ont été enregistrés en 2003/04,
contre 30 cas seulement en 1980/81. La question qui se
pose est la suivante : la violence dans les établissements
scolaires est-elle devenue un phénomène ? Selon Amani
Qandil, sociologue, la violence dans les lycées est en
constante augmentation. Elle reflète un malaise social
et un échec du système éducatif. Elle pense aussi que
les assistants sociaux ne jouent pas pleinement leur rôle
et que les professeurs ne servent pas vraiment d’exemple.
« L’année dernière, une dispute a éclaté dans une école
à Kafr Al-Dawwar entre deux professeurs à cause des cours
particuliers. La scène s’est déroulée sous les yeux des
élèves. On comprend mieux maintenant pourquoi ceux-ci
ne respectent plus leurs enseignants », affirme Amani
Qandil.
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Des
mesures qui ne profitent qu’aux élèves
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Pour
sa part, Mohamad Omar, professeur à la faculté de pédagogie,
estime que les décisions récemment prises par le ministère
de l’Education ne profitent qu’aux élèves. Au début des
années 1990, face à l’augmentation des actes de violence
commis par certains professeurs contre des élèves, le
ministère a commencé à suivre une politique interdisant
au professeur de frapper ou de punir l’élève quelles qu’en
soient les raisons. C’est ainsi que le professeur s’est
retrouvé incapable de contrôler sa classe et son autorité
s’en est trouvée réduite.
Selon
Mohamad Omar, il ne fallait pas chercher à résoudre un
problème en en créant un autre plus grave. « Le professeur
qui commet un acte de violence n’est pas sanctionné par
la loi, il est simplement privé d’une partie de son salaire.
L’élève qui commet un acte de violence contre son professeur
est renvoyé pendant une durée qui varie entre un mois
et une année selon l’acte commis. Ces sanctions doivent
être révisées », explique Sarwat Gamal, professeur à la
faculté de pédagogie d’Aïn-Chams. Pire : les travaux d’année
qui permettaient le suivi continu ont été supprimés.
Omar
pense par ailleurs qu’une part de la responsabilité doit
être assumée par le ministère de l’Education. Pour lui,
ce dernier a complètement négligé d’ajouter aux programmes
scolaires une matière sur la discipline et le comportement,
et d’intégrer sa note au total afin de lui donner plus
d’importance. « L’étude de la morale n’est pas moins importante
que les mathématiques ou les langues. Notre système éducatif
donne naissance à un élève qui a reçu des connaissances,
mais qui n’est pas éduqué. N’oublions pas que le nom donné
au ministère est celui de ministère de l’Education et
de l’Enseignement ! », explique Omar. Il ajoute que si
des mesures strictes ne sont pas prises rapidement, nous
pouvons nous attendre à ce que la violence gagne les écoles
primaires.
De
son côté, le ministère se montre rassurant. Khaïri Al-Debeiki,
sous-secrétaire au ministère, pense qu’il ne faut pas
exagérer. « Ces accidents arrivent rarement, contrairement
à ce qui se passe aux Etats-Unis ou en Europe. Mais cela
ne veut pas dire que le ministère ne prendra pas des mesures
qui mettent un terme à ce genre d’incidents », défend
Khaïri, sans pourtant préciser la nature de ces mesures.
Il s’est contenté d’affirmer que « des commissions sont
actuellement réunies pour en discuter ». C’est le nouveau
ministre de l’Education nommé il y a deux semaines, Yousri
Al-Gamal, qui hérite de cette lourde tâche de trouver
une véritable solution à cette situation . |
| Mirande
Youssef |
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Azza
Korayem, sociologue et chercheuse au Centre National des
Recherches Sociologiques et Criminelles (CNRSC), commente
la montée des agressions dans les établissements scolaires.
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«
Les enseignants sont parmi les moins respectés de notre
société » |
Al-Ahram
Hebdo : La violence des élèves contre les professeurs
peut-elle être considérée comme un nouveau phénomène ?
Azza
Korayem : Non. Mais on ne peut pas non plus nier qu’il
s’agit d’un problème qui commence à apparaître avec force
dans notre société. Et si on ne prend pas ce problème
au sérieux en essayant d’y trouver des solutions définitives,
il faudra s’attendre à une aggravation de la situation.
Et dans ce cas-là, cette violence pourra se transformer
en un phénomène et risquera de devenir une des composantes
de nos écoles.
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Ces incidents représentent-ils un recul du prestige des
professeurs ?
—
Au cours des trente dernières années, l’enseignant a connu
progressivement un recul de sa place dans la société.
Les enseignants sont aujourd’hui une des catégories les
moins respectées de notre société, alors qu’autrefois
ils étaient entourés d’un halo de gloire et de respect.
Ceci revient au système éducatif qui souffre de problèmes
chroniques tels que le sureffectif dans les classes. La
conséquence en est de toute évidence le manque de communication
entre le professeur et son élève. Citons aussi le problème
des cours particuliers, qui ont contribué à faire perdre
le prestige des professeurs. Par exemple, on ne peut attendre
d’un élève qu’il respecte son professeur lorsque ce dernier
le contraint à prendre des cours particuliers ou se dispute
avec son collègue pour lui « voler ses clients ».
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Cette violence dans les lycées n’est-elle que le reflet
de la violence de la société ?
—
Je ne peux pas nier que la violence a gagné une grande
partie de notre société. On l’a vu clairement au cours
des dernières élections législatives. Les chiffres ont
montré que la violence de manière générale a sensiblement
reculé en quantité, mais qu’elle a gagné en intensité.
C’est pour cela que l’on commence à assister à des incidents
qui ne se produisaient pas auparavant comme celui de cet
élève qui gifle son professeur ou qui l’insulte. N’oublions
pas que les jeunes adolescents sont les catégories les
plus influencées par cette violence que l’on voit partout
dans les médias. Ajoutons aussi que les mœurs et coutumes
occidentales ont commencé à s’infiltrer dans notre société.
Ce genre d’incidents est répandu à l’étranger au point
que les responsables cherchent à installer des forces
de sécurité devant chaque école.
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Quelles mesures le ministère de l’Education peut-il prendre
pour lutter contre la violence dans les lycées ?
—
Malheureusement, le ministère ne pense qu’à ajouter de
nouvelles matières dès qu’il a un problème quelconque
dans les écoles. Or, à mon avis, il n’est pas suffisant
d’enseigner une matière de discipline ou de morale. Le
ministère doit prendre des mesures concrètes. Par exemple,
le professeur doit être formé en matière de communication
et entraîné à avoir affaire à des élèves de cet âge pour
pouvoir contrôler sa classe, ce qui n’est pas le cas actuellement.
Il faut également durcir les sanctions contre les élèves
qui commettent de tels actes de violences . |
Propos
recueillis par M. Y. |
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