| Dans
une nouvelle tentative de trouver une issue à la crise née de
l'implication présumée de Damas dans le meurtre de Rafiq Hariri,
le président syrien Bachar Al-Assad s'est rendu dimanche dernier
à Djeddah pour s'entretenir avec le roi Abdallah d'Arabie saoudite.
Des entretiens qui interviennent quelques jours après ceux qu'a
eus le président égyptien, Hosni Moubarak, avec les responsables
saoudiens sur le même sujet. Les Arabes tentent donc de parer
au pire, alors que la crise a pris une plus grande ampleur avec
les appels désormais directs au renversement du régime de Bachar.
L'ancien
vice-président syrien, Abdel-Halim Khaddam, continue en effet
de faire des déclarations sur la nécessité d'œuvrer pour la
chute de ce régime. Khaddam a rencontré vendredi à Paris la
commission de l'Onu qui enquête sur l'assassinat de l'ex-premier
ministre libanais Rafiq Hariri, après avoir relancé les investigations
par des déclarations mettant en cause Damas. Le chef de la vieille
garde baassiste, entré en rébellion contre le régime du président
Bachar Al-Assad, a précisé s'être entretenu avec le magistrat
allemand, Detlev Mehlis, qui n'a pas voulu être reconduit à
la tête de la commission dont le mandat a été prolongé de six
mois le 15 décembre dernier. « J'ai rencontré le juge Detlev
Mehlis qui m'a posé un certain nombre de questions sur l'assassinat
de Rafiq Hariri. J'ai répondu en fonction des renseignements
dont je dispose », a indiqué M. Khaddam, en refusant de dévoiler
le contenu de l'entretien. « J'ai parlé de faits précis. Il
appartient à la commission de les évaluer », s'est contenté
d'ajouter M. Khaddam, l'un des plus fidèles compagnons de l'ancien
président syrien Hafez Al-Assad, qui a régné sur le pays pendant
trente ans.
Le
témoignage de cet ancien dirigeant, démissionnaire en juin dernier
et installé à Paris depuis plusieurs mois mais qui ne compte
pas, selon ses dires, demander l'asile politique, devrait permettre
à l'enquête de progresser sur son volet syrien, parallèlement
aux investigations menées au Liban.
Dans
deux rapports d'étape, la commission a conclu à des « preuves
convergentes » sur l'implication des services de renseignements
syriens et libanais dans l'assassinat de Rafiq Hariri le 14
février dernier à Beyrouth, et émis des doutes quant à la réalité
de la coopération de la Syrie dans l'enquête.
En
septembre, elle a interrogé une dizaine de responsables en Syrie
dans des conditions qu'elle avait jugées déplaisantes. La Syrie
avait ensuite crié victoire après la rétractation d'un témoin-clef,
Hassam Hassam, apparu subitement à Damas après avoir témoigné
au Liban. « Une opération comme l'assassinat de Rafiq Hariri
exige des préparatifs complexes », a relevé M. Khaddam, accusé
de haute trahison par son pays et qui a démissionné de toutes
ses fonctions politiques en Syrie, faisant le choix de « la
patrie » contre « le régime », selon ses propos antérieurs.
« Dût-il en avoir l'intention, aucun service de sécurité ne
peut prendre seul une telle décision parce que chacun surveille
l'autre et l'information finit par remonter au chef de l'Etat.
Si l'implication des services de renseignements syriens est
avérée, ça ne peut être que sur instruction du chef de l'Etat
», analyse-t-il. « C'est à la commission de l'Onu de démontrer
si l'Etat syrien est impliqué », a-t-il estimé.
Après
que M. Khaddam eut soutenu que le président syrien avait menacé
Rafiq Hariri à plusieurs reprises. « Je connais les faits parce
que j'ai entendu moi-même Bachar Al-Assad. Mais le jugement
du poids de ces menaces et l'implication ou non de Bachar Al-Assad
(dans le meurtre de Hariri) reviennent aux enquêteurs », a-t-il
ajouté.
Le
président Bachar Al-Assad a démenti avoir proféré des menaces
à l'encontre de l'ex-premier ministre libanais Rafiq Hariri
avant son assassinat, comme l'en a accusé Khaddam. « Je suis
un homme direct et franc et je ne sais pas ce que veulent dire
certains en parlant de menaces (contre Hariri). Ceci n'est pas
vrai. Personne n'a assisté à ma dernière rencontre avec Hariri,
comment a-t-on pu alors sortir de telles allégations ? », a
affirmé M. Assad à l'hebdomadaire indépendant Al-Osboue, dont
seuls des extraits avaient été distribués à la presse samedi.
Mais,
la commission, créée en avril 2005 par la résolution 1 559 du
Conseil de sécurité de l'Onu, a demandé à rencontrer Bachar
Al-Assad et son ministre des Affaires étrangères, Farouq Al-Chareh.
|
Par
ailleurs, Assad a implicitement rejeté une rencontre avec la
commission d'enquête internationale sur l'assassinat de Hariri.
« La demande de la commission d'enquête de l'Onu à me rencontrer
n'est pas la première du genre, il y en a eu une précédente
à la fin de l'été dernier mais le chef de l'Etat a une immunité
internationale », a-t-il dit. Le chef d'Etat syrien a estimé
que M. Khaddam n'est qu'un outil dans un plan visant à (provoquer)
la décomposition intérieure de la Syrie. Bachar Al-Assad a succédé
à son père, Hafez Al-Assad, décédé en juin 2000, après avoir
régné trente années sur la Syrie.
En
effet, les propos de Khaddam sont rejetés non seulement par
le président syrien, mais aussi par les opposants. Des opposants
syriens se sont prudemment démarqués, samedi 7 janvier, de l'ancien
vice-président Abdel-Halim Khaddam, l'un d'entre eux le qualifiant
de « symbole de la dictature ». « La démocratie est une ancienne
revendication qui fait l'unanimité en Syrie. Si M. Khaddam,
qui multiplie ces derniers temps les déclarations hostiles au
régime de Damas, souhaite s'associer à cet objectif, qu'il en
soit ainsi », a déclaré le politologue et opposant Michel Kilo.
Cet avis est partagé par plusieurs opposants. De son côté, le
cinéaste et opposant Omar Amirallay a accusé M. Khaddam d'avoir
« fait du tort à la Syrie » et d'être « responsable de crimes
», estimant que l'ancien vice-président « n'aura certainement
aucune chance de trouver sa place dans une Syrie démocratique
».
Quant
au journaliste et ancien prisonnier politique Yassine Al-Hajj
Saleh, il estime que « les propos de Khaddam sont dangereux,
car ils émanent d'une personnalité importante au sein du parti
Baas (au pouvoir). Il est improbable qu'une personnalité comme
Khaddam prenne une telle initiative sans qu'il y ait un plan
ou une entente avec des acteurs internationaux, régionaux ou
même locaux » . |