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Exposition . Pour apaiser sa colère contre un monde qui l’oppresse, le Syrien Sabhan Adam peint des êtres fantasmagoriques. Ils puisent leur puissance dans leur animalité.
Créatures ligotées

« J’ai beaucoup de colère en moi. Plus je peins, plus je suis en colère », aime à répéter le peintre syrien Sabhan Adam.

Cette colère constitue d’ailleurs sa force motrice. Il cherche absolument à la décharger à travers une peinture unique en son genre, reflétant une forte individualité. Celle-ci n’a aucunement de couleur « géographique », comme il le dit bien. Car Sabhan Adam adresse son travail au monde entier.

Créatures grotesques, non caricaturisées. Elles ont leur côté monstrueux, sans être terrifiantes pour autant. Les personnages de Sabhan Adam sont difficiles à cerner.

Sont-ils de vrais êtres humains ou juste des créatures étranges ? Tout observateur y trouvera une certaine confusion, un désordre, voire un trouble qui s’accroît à chaque nouvelle contemplation.

L’artiste peint souvent des personnages hybrides, des êtres métissés, aux membres et traits énormes et disproportionnés. Ceux-ci sont recomposés par l’artiste qui, « préfère le chaos à l’ordre ». Adam ne peint pas le corps humain « dans sa forme la plus parfaite », au contraire, il préfère le déformer. En quelque sorte, il peint ses fantasmes. « Les sujets, essentiellement les visages, sont répétitifs. C’est une obsession. Ils peuvent représenter un homme, un monstre, une bête, ou quelque chose mi-homme mi-animal. Ils peuvent être décapités, posés sur une table ou un brancard ». C’est ainsi que La Revue du Liban a décrit son travail, en janvier 2002. L’artiste aime à conserver à son œuvre un petit aspect figuratif, il s’attache à révéler un cachet humain.

Les corps, occupant toute la toile, se réduisent à des masses noirâtres et informes, desquelles surgissent des mains amputées ou déformées. Le corps est comme un tas de chair qui s’ajoute à un autre tas que forme la tête. Une tête qui a un seul œil ou trois yeux ou plusieurs superposés.

La force de tout artiste « réside en sa capacité à révéler l’ambigu, le vulnérable et le fragile chez l’homme. La déformation du visage, de la tête et du corps mène à un résultat inattendu et significatif : il faut libérer l’homme de sa faiblesse naturelle en lui ressuscitant sa force animale », écrit le poète syrien Adonis, dans le catalogue sur l’œuvre de Sabhan Adam.

En rapprochant l’homme et l’animal, l’artiste incite son observateur à se rechercher lui-même, à mieux se connaître, à l’ombre d’une société trop marquée par l’hypocrisie et le mensonge. Cela étant, Sabhan Adam entraîne son récepteur dans un terrible cauchemar.

Ses peintures expriment non seulement la solitude, mais aussi une situation désespérée. Ses personnages souvent encerclés d’un cadre trop étroit n’arrivent pas à bouger ni à se tenir debout. Impossible de se déplacer, de tendre le bras ou de faire un geste quelconque.

Condamnés à l’inaction, ces « habitants solitaires » de ses toiles provoquent chez le récepteur une sensation d’étouffement. C’est à travers ce genre de peintures que l’on cultive le sens de la révolte, pour calmer sa propre colère.

Névine Lameï

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Peintures de Sabhan Adam, à la galerie Karim Francis d’art contemporain (La Bodega), jusqu’au 18 janvier, de 16h à 23h (sauf le lundi). 157, rue 26 Juillet, Zamalek. Tél. : 736 21 83.
 

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