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Maroc
. L'accord de libre-échange
conclu en juin 2004 avec les Etats-Unis est entré en vigueur
le 1er janvier 2006. Or, le Royaume chérifien n'est pas
tout à fait prêt à une telle ouverture commerciale. Explications.
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Horizons
transatlantiques |
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Les
regards de plusieurs pays de la région sont tournés vers
l’ouest du monde arabe pour suivre de près les conséquences
de l'Accord de Libre-Echange (ALE) conclu entre le Maroc
et les Etats-Unis. Signé en juin 2004, il est entré en
vigueur le 1er janvier 2006. Cet ALE est le deuxième accord
du genre à être appliqué dans la région après celui avec
la Jordanie. Pour le gouvernement marocain, il s'intègre
parfaitement dans le cadre d’une politique d'ouverture
équilibrée de l'économie nationale et de son intégration
dans un environnement international. Quant aux Etats-Unis,
qui peinent à convaincre leurs voisins d’Amérique Latine
de signer un tel accord, ils ne cachent pas leur satisfaction.
D'ailleurs, le 22 décembre dernier, après la signature
du décret d'application de cet ALE par la Maison Blanche,
le représentant des Etats-Unis pour le Commerce extérieur,
M. Rob Portman, avait souligné qu'« il allait ouvrir les
marchés aux agriculteurs et au commerce américains et
accorder plus de choix aux consommateurs et qu'il donnerait
un coup de pouce aux réformes économique et politique
au Maroc ».
La
signature de tels accords a en fait une importance plus
politique qu’économique. L'ex-représentant du Commerce
américain Robert Zoellick a ainsi dévoilé au moment de
la signature que ces ALE avec les pays de la région arabe
conduiront à la réalisation du projet « Grand Moyen-Orient
» du président Bush. « Au Maroc, en Jordanie, au Bahreïn
et ailleurs, par ces accords de libre-échange, nous pourrons
ouvrir les bras aux pays réformateurs, encourager leur
transformation », a-t-il alors affirmé. Ahmad Ghoneim,
professeur d’économie à l’Université du Caire, souligne
également la nature politique des ALE dans la région,
d’autant plus que les relations économiques entre le Maroc
et les Etats-Unis sont faibles. « Le Maroc est plus proche
de l'Union Européenne (UE), premier partenaire commercial
avec 70 % des échanges », affirme-t-il. Alors que les
Etats-Unis sont le 6e client et 9e fournisseur du Maroc.
Les exportations marocaines vers les Etats-Unis ne représentent
que 2,9 % du total des exportations marocaines et 0,03
% des importations américaines.
Pour
les responsables marocains, l’accord est malgré cela perçu
comme une opportunité de se défaire de leur lourde dépendance
de l’UE. « Les secteurs qui pourraient profiter de l'accord
sont l'industrie automobile, la maroquinerie, le textile
et l'agroalimentaire », annonce le ministre de l'Industrie
et du Commerce, Salaheddine Mezouar. Toutefois, il avoue
que son pays « n’est pas réellement prêt à faire face
à ce challenge, car il n'a pas encore les moyens de concurrencer
l'économie à laquelle il s'ouvre ». D’autant plus que
la politique de mise à niveau pour la modernisation de
l'économie n'a pas porté de fruits. Il donne l’exemple
du secteur agricole, le plus important pour l’économie
marocaine, où « le taux de mécanisation reste trop faible
dans les campagnes », ce qui réduit le potentiel de l’exportation.
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Mécanismes
de protection
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L’accord
permet cependant au Maroc d’installer des mécanismes de
protection de ses produits agricoles contre une invasion
américaine. Les agriculteurs, qui comptent près de la
moitié de la population active, craignaient en effet que
le marché local soit inondé de céréales américaines très
bon marché. Et ce, à cause des subventions énormes qui
leur sont allouées. Ainsi, d'après le ministère de l'Agriculture,
plusieurs produits agricoles américains seront soumis
à des droits de douane pour des périodes allant de 5 à
20 ans. « Ces périodes de grâce vont nous aider à mettre
à niveau notre agriculture », rassure le ministre marocain
de l'Agriculture, Mohamed Laenser. De plus, le premier
contingent de blé américain ne pourra pénétrer au Maroc
que dans 5 ans, avec une cargaison maximale de 3 000 tonnes.
Si
le volet agricole de l'accord est un cadeau pour le Maroc,
comme le juge Ahmad Ghoneim, le gouvernement marocain
l'a payé cher, selon Othman Mellouk, un responsable de
l'association de lutte contre le Sida : « La question
de la propriété intellectuelle a été sacrifiée au profit
de l'agriculture. A cause de l'accord, notre accès aux
médicaments génériques va être limité ». Ce qui se traduit,
toujours selon Mellouk, en une lourde facture d’importation
ainsi qu’un accès restreint aux médicaments, dans un pays
où vit une grande partie de la population avec moins de
deux dollars par jour.
Au-delà
de l’industrie pharmaceutique, l'accord américano-marocain
peut être considéré comme un prototype d'ALE pour la région
arabe en ce qui concerne le reste du secteur industriel,
puisqu'il offre une suppression immédiate des droits de
douane pour 95 % des échanges bilatéraux de produits de
consommation et industriels. Le reste sera aboli au bout
d'une période de neuf ans.
Néanmoins,
en ce qui concerne les vêtements marocains exportés, ils
doivent être entièrement marocains (du tissu à la confection)
ou être composés de matières premières importées de pays
subsahariens. C'est pourquoi une période de 4 ans à partir
de l'entrée en vigueur de l'accord a été accordée au Royaume
chérifien pour répondre à ces conditions. Cela n'empêche
pas les industriels marocains d'exprimer leur prudence
quant à l'application de l'accord en raison de l'importante
taille du marché américain et la faible capacité des unités
de production marocaines. Ainsi, seules 20 entreprises
textiles ont déposé une demande auprès du ministère du
Commerce et de l’Industrie pour bénéficier de l’ALE.
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| Gilane
Magdi |
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