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Israël après Sharon
Par Mohamed Sid-Ahmed
Une chose est sûre : l’ère Sharon est terminée. En effet, son état de santé l’empêche de poursuivre ses tâches politiques, même si un miracle se produit, comme l’espèrent certains Israéliens.

Le problème est qu’il y a maintenant en Israël une certaine dualité du pouvoir. Sharon s’était retiré du Likoud dont il avait participé à la fondation pour créer un nouveau parti qu’il a décrit de « droite du milieu », le Kadima (en avant). Et son adversaire Netanyahu a été élu à la tête du Likoud. C’est ainsi que ce dernier est devenu leader du parti et Sharon premier ministre du gouvernement. Maintenant, la question est : Qui des deux pourra vaincre l’autre ? Avec l’absence de Sharon, son adjoint, Ehud Olmert, pourra-t-il vaincre Netanyahu ? Sharon a-t-il plus de popularité que Netanyahu ? Les Israéliens ont-ils plus confiance en lui qu’en son adversaire ? Ceci signifie-t-il que c’est la personnalité et les caractéristiques du leader qui comptent plus que ses politiques ? Il sera facile de répondre à cette question dans les quelques jours à venir.

Dans tous les cas, il a été décidé de tenir les élections à la date qu’avait déterminée Sharon, c’est-à-dire le 28 avril prochain. Il y a ici une certaine signification : chacun est convaincu de sa position. Netanyahu est rassuré puisqu’il suit la ligne originale du Likoud et Sharon a confiance en sa popularité écrasante. En effet, de nombreuses grandes personnalités du Likoud ont décidé de rejoindre Sharon à Kadima, en particulier le ministre de la Défense, Mofaz, la ministre de la Justice, Levni, outre Ehud Olmert.

De façon générale, le système électoral en Israël se caractérise par l’existence de nombreux petits partis. C’est-à-dire que les différentes couches de la société sont préoccupées par de nombreuses questions locales tandis que les grandes causes sont du ressort des grands leaders et de ceux qui tracent les grandes lignes de la politique israélienne. Comme par exemple, le conflit qui s’est déclenché entre Netanyahu et Sharon autour du retrait de Gaza. Cependant, l’état de confusion qui s’est installé à la suite de l’annonce de la détérioration de l’état de santé de Sharon a été le même à tous les niveaux, autant chez l’élite que chez l’homme de la rue.


Pourquoi « un Etat palestinien » ?

Certains pourraient se demander : Pourquoi Sharon a-t-il accepté de fonder un Etat palestinien ? Pourquoi n’insiste-t-il pas pour récupérer tout ce qu’il considère être « une terre israélienne » comme l’ont fait tous les autres dirigeants du Likoud, bien qu’il possède les moyens militaires et matériels d’adopter cette voie ?

Il semble que la réponse à cette question se résume dans plusieurs considérations. Premièrement, le fait de ne pas reconnaître l’Etat palestinien constitue un stimulant pour un grand secteur de la communauté internationale, Etats et gouvernements, pour ne pas reconnaître l’Etat israélien. De là, il devient donc difficile d’instaurer la paix. Bush avait adopté cette opinion avant Sharon.

Deuxièmement, Sharon n’a épargné aucun effort pour installer les colonies en Cisjordanie, et continue à le faire.

Troisièmement, par le projet de retrait de Gaza, Sharon a réussi à « acheter » une année complète sans que ce laps de temps ne contribue en aucune façon à réaliser un quelconque progrès en ce qui concerne la Feuille de route, l’unique moyen reconnu par la communauté internationale pour mettre fin au conflit arabo-israélien.

Quatrièmement, le retrait israélien des territoires de Gaza et de Cisjordanie renforce les objectifs sécuritaires d’Israël. Il n’était donc pas seulement question de mettre à exécution la Feuille de route, puisque le renforcement de la sécurité d’Israël est une contrepartie du plan de renforcement des objectifs palestiniens de libération.

Donc, la reconnaissance par Sharon de l’Etat palestinien n’est qu’une tromperie et, avec sa disparition, il faut s’attendre à ce qu’Israël devienne de plus en plus extrémiste. On peut entendre dire que le fait que Pérès s’éloigne du Parti travailliste et se rapproche de Sharon peut affaiblir la tendance de gauche moyenne. Il semble que le bilan final profite à Netanyahu et ses alliés. Dans tous les cas, il a été prouvé à plusieurs reprises que les forces du milieu en Israël ne savent pas jouer leurs cartes au maximum.


Qu’en est-il de Pérès ?

Quel est le rôle qu’a joué Pérès en se retirant du Parti travailliste ? De façon générale, peut-il adopter une politique de milieu ? Olmert décrit la situation en disant : « Nous sommes face à une situation difficile à laquelle nous ne sommes pas habitués. Les partisans de Sharon autant que ses adversaires espèrent qu’il se rétablisse. Et Mahmoud Abbass dit que les élections palestiniennes ne doivent pas être reportées ».

Le sentiment général ressemble à celui qui dominait après l’assassinat de Rabin. Est-il possible d’adopter une politique de milieu qui satisferait toutes les parties ? Selon Olmert, « la situation est très difficile que ce soit pour les partisans de Sharon ou pour ses adversaires. Il y a un certain sentiment de perte qui nous rappelle le climat qui a sévi après l’assassinat de Rabin. Chacun, quels que soient les motifs, espère que Sharon récupère ».

Il peut sembler étrange que la disparition de Sharon, le pire ennemi des Arabes et l’auteur des massacres de Sabra et Chatila, puisse constituer une mauvaise nouvelle pour les Arabes ! Il est vrai que la rue arabe s’est réjouie de la nouvelle de la détérioration de la santé de Sharon, mais ce n’est pas le cas des responsables palestiniens et arabes qui souffrent pourtant tous les jours des raids sauvages de Sharon. Les responsables palestiniens savent que Netanyahu n’est pas une meilleure alternative. Contrairement à Sharon, ce dernier refuse catégoriquement toute initiative à propos de Gaza. Il est l’un des partisans de l’occupation éternelle.

Il est sûr qu’il est difficile de ne pas imaginer Sharon en criminel depuis Sabra et Chatila, quelle que soit l’audace de ses initiatives ... Et il n’est pas possible non plus de penser que l’objectif de Sharon est constructif et qu’il tente comme il le prétend de fonder un Etat palestinien.

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