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Judo . Les Championnats du monde, qui ont eu lieu du 8 au 12 septembre au Caire, se sont soldés par la victoire du Japon et la progression des performances européennes.
Rafle nipponne
Avec les tribunes de la grande salle couverte du Stade du Caire bondées par ses supporters, le Japon ne pouvait être plus soutenu : il a ainsi remporté 11 médailles, dont 3 d’or, lors des Championnats du monde de judo qui se sont achevés le 12 septembre.

Marquée par une mauvaise organisation et par la faible présence des supporters de l’équipe nationale en raison d’une communication lamentable de la part de la Fédération égyptienne, cette compétition a toutefois revêtu un aspect très positif, à savoir le niveau technique très élevé. Trente-six pays ont figuré sur le tableau final des Mondiaux. Les judokas égyptiens n’ont malheureusement pas profité du fait que les Championnats du monde se soient déroulés pour la première fois de l’histoire en terre africaine. La meilleure performance égyptienne a été la 5e place obtenue par Hicham Mesbah en catégorie -90 kg et la 7e place réalisée par Amin Al-Hadi en -66 kg. Mais elles représentent déjà un exploit pour l’Egypte, qui n’a jamais réalisé de performance similaire depuis la médaille d’argent décrochée par Mohamad Rachwane lors des Jeux Olympiques (JO) de Los Angeles, en 1984.

Le résultat de ces deux judokas égyptiens était cependant inattendu vu la médiocre préparation de la sélection nationale. « Nous n’avons pas bien préparé ces Mondiaux. La plupart du temps, nous étions au Centre olympique du Caire alors qu’il aurait fallu que nous rencontrions les meilleurs judokas du monde », souligne la judoka Samah Ramadan. En effet, la sélection nationale n’a effectué au cours de l’année dernière qu’un seul stage de préparation à l’étranger, à une semaine seulement des Mondiaux. L’instabilité ambiante au sein de la Fédération égyptienne n’est pas non plus à omettre. Entre août et mars derniers, elle a été trois fois dissoute, et deux élections ont été organisées. De quoi gravement handicaper l’équipe nationale.


Le fossé ne cesse de se creuser

Le Japon demeure donc la nation du judo par excellence, mais il a dû faire face à la révolte des autres pays, à commencer par les Européens. En nombre de médailles, les Nippons, avec une équipe amoindrie, font mieux qu’aux JO d’Athènes (11 contre 10). Pour autant, ils ne décrochent que 3 titres et restent loin des 8 obtenus en 2004. Mais ils ont des judokas très prometteurs. Pour clore la compétition, chez les dames, les judokas du pays du Soleil Levant n’ont remporté qu’une couronne, avec Midori Shintani (toutes catégories). Elle a pris la succession de Maki Tsukada, championne olympique (+78 kg) en dominant la Britannique Karina Bryant, une abonnée aux deuxièmes places mondiales. Les Nippons, en tant que fondateurs de la discipline, ont confirmé qu’ils sont bel et bien les champions du monde et qu’ils continuent à progresser.

Une brève rétrospective de ces Championnats du monde de judo nous ramène en 1956, la date de leur lancement. Ce sport n’a intégré les Jeux olympiques qu’en 1964. Depuis 1956, aucun pays n’a réussi à remporter autant de médailles d’or que le Japon. Ce pays avait décroché 123 médailles d’or, dont 32 olympiques. Le pays le plus proche du Japon est la France, avec 40 médailles, dont 10 olympiques. Ainsi, le fossé ne cesse de se creuser entre le Japon et les autres pays. Mais dans les années 1980, la domination du Japon a été remise en question car le pays a été lent à intégrer le judo féminin. Au cours des Championnats du monde qui ont eu lieu entre 1980 et 1991, le Japon n’a remporté qu’une seule médaille d’or. Mais ces dernières années, il commence à retrouver sa gloire. De 1999 à 2003, les dames ont obtenu 10 médailles d’or. Et aux JO d’Athènes, elles ont décroché 5 des 8 médailles d’or. Au Caire, la performance des Nippons n’a pas été identique à celle d’Athènes ou des Mondiaux d’Osaka. Mais les judokas nippons devraient vite redresser la barre.

La Grande-Bretagne est l’un des autres vainqueurs de ces Championnats du monde de judo. Craig Fallon, 2e aux Mondiaux 2003 d’Osaka, est allé chercher une médaille d’or en écartant de son chemin l’Autrichien Ludwig Paischer, champion d’Europe 2004. Humiliée en Grèce, la France s’est remise sur le droit chemin (7 médailles, dont 1 titre), même si Frédérique Jossinet (-48 kg) a dû se contenter une nouvelle fois de l’argent. La Française doit se croire maudite, échouant à trois reprises en finale des rendez-vous planétaires. En l’absence de Ryoko Tani Tamura, en congé maternité, cette catégorie des plus légères est revenue à la Cubaine Yanet Bermoy, devant la Roumaine Alina Dumitru et l’Algérienne Soraya Haddad, qui a donné à son pays sa première médaille féminine de l’histoire.

Depuis la débandade des JO d’Athènes 2004 (une unique médaille d’argent pour Frédérique Jossinet), les Français ont un peu relevé la tête. « Je suis très satisfait de ce résultat, c’est beaucoup mieux que ce que j’imaginais. J’avais dit qu’on pourrait remporter 4 médailles seulement. Mais les judokas ont été poussés par l’envie de prendre leur revanche afin de prouver que ce qui s’est passé à Athènes était un accident », confie Stéphane Traineau, directeur technique de la sélection française.


Léger redressement

La Russie a aussi opéré un léger redressement en remportant le titre des +100 kg grâce à Mikhalin Alexander. Mais elle a manqué un deuxième titre avec Tamerlan Tmenov (toutes catégories) qui s’est pris dans la roue (ashi guruma) du Néerlandais Dennis van Der Geest. Avec ce succès, les Pays-Bas, deuxièmes, ont réalisé leurs meilleurs Mondiaux.

Ce classement par nations, qui marque un certain recul des pays asiatiques, comme la Corée du Sud ou la Chine, démontre que la mondialisation stoppée à Athènes a repris ses droits. Vingt-huit pays, comme à Osaka, ont été récompensés contre seulement vingt-deux en Grèce. Autre constat, le clivage qui s’accentue entre deux visions de la discipline, avec d’un côté l’Asie et l’Europe de l’ouest, et de l’autre les pays de l’Est, les anciennes Républiques soviétiques, mais aussi l’Iran. Pour ces derniers, c’est la force qui prime avec une pratique se rapprochant de la lutte. Pour les premiers, même si l’aspect physique reste important, le judo doit développer une certaine philosophie de l’esthétisme comme l’a voulu son créateur, Jigoro Kano. Uchi-mata (technique de jambes), qui reste l’un des mouvements les plus prisés, est ainsi mis en concurrence avec des actions de retournement. Et ils sont nombreux, la France en tête, à demander une évolution des règlements pour empêcher « les lutteurs en kimono » de gagner.

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Une organisation abominable

Même si officiellement tout va bien selon la Fédération égyptienne, les critiques ne cessent de pleuvoir sur les organisateurs. Les motifs d’insatisfaction pour les judokas et leur encadrement sont variés, allant de la saleté aux abords des tatamis et dans la salle d’échauffement en passant par le manque d’eau le premier jour, ou encore l’énorme cafouillage sur les judogis (ndlr : kimonos de judokas), dont beaucoup ont été égarés avant d’être retrouvés. Le problème des kimonos s’est posé lors de la pose des dossards. Pour une raison non déterminée, ces habits ont été mélangés, ce qui a causé une pagaille énorme. Le premier jour de l’épreuve, les combats ont même débuté avec une heure de retard car beaucoup de judokas ne pouvaient s’habiller. Samedi matin encore, selon le président de la Fédération française de judo Jean-Luc Rougé, des kimonos d’un pays sont revenus couverts d’huile, quasiment inutilisables. La France, qui avait perdu 20 % des siens le premier jour, a finalement tout récupéré.

Autre motif de récriminations, l’erreur commise par les organisateurs sur ces dossards. Au lieu du nom habituel, c’est le prénom qui a été inscrit. « C’est sûrement parce qu’en Egypte, on s’appelle par son prénom », note un cadre de la Fédération internationale (IJF), qui sous le couvert de l’anonymat a qualifié cette faute « de grave ». Le premier jour, l’eau a aussi été une source de protestation. Certains judokas n’avaient qu’une bouteille d’eau pour la journée. La Française Céline Lebrun a connu un meilleur sort avec quatre litres. Plus amusant, aucun guichet n’avait été prévu à l’entrée de la salle trop grande pour l’événement en dépit des militaires chargés de la remplir en étant assis au premier rang. Pour les spectateurs, notamment les Français, il a fallu des trésors d’imagination pour pouvoir acheter leurs sésames. Finalement, la vente a eu lieu dans la rue avec un membre de la Fédération égyptienne. Comme s’ils achetaient leurs entrées au marché noir. Même si l’IJF ne dit rien officiellement, une liste de doléances, qui concernent aussi les nombreux problèmes rencontrés par les journalistes, a cependant été transmise au président de l’organisation par le président de la Fédération internationale Park Yong Sung.

 

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