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Patrimoine.
La restauration de la mosquée Ibn Touloun, au Caire
islamique, a pris fin après six ans de travaux.
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| Ibn
Touloun retrouve sa beauté |
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Après
avoir achevé la construction de son palais au pied
du Mont Al-Moqattam ainsi que dans la place située
en face, Ahmad Ibn Touloun, fondateur de la dynastie
toulounide, fit construire une immense mosquée sur
un affleurement de roche appelé le Mont Yachkor.
La date d’achèvement de cette mosquée est confirmée
par l’inscription gravée sur une plaque de marbre
fixée sur l’un des piliers de la galerie de la Qibla.
La mosquée bâtie entre 263-265 de l’hégire (soit
876-879) est la troisième construite en Egypte,
elle est la plus vieille à avoir préservé ses plans
d’origine et ses éléments architecturaux. « Il ne
reste plus rien de la première mosquée construite
en Egypte, celle d’Amr Ibn Al-Ass bâtie en 21 de
l’hégire (642), et même la seconde mosquée celle
d’Al-Askar, construite en 169 de l’hégire (785-786),
celle-ci a disparu lorsque la ville fut détruite
au IXe siècle », explique Wagdi Abbas, directeur
des antiquités de la région d’Ibn Touloun.
L’édifice est en
plus à subsister d’Al-Qataïe, capitale d’Egypte
à l’époque toulounide et l’une des rares à avoir
résisté aux vicissitudes du temps. Sa restauration
a eu lieu dans le cadre du projet ambitieux de conservation
des monuments du Caire historique, mené par le Conseil
Suprême des Antiquités (CSA). Après environ six
ans de travaux, la mosquée d’Ahmad Ibn Touloun sera
enfin inaugurée. « Les travaux exécutés visaient
à corriger les fausses restaurations qui ont eu
lieu en 1983. Dans ce temps les matériaux utilisés
n’étaient pas conformes aux normes internationales,
ils étaient loin d’être de la même nature utilisée
à l’origine. Il fallait donc intervenir pour rétablir
ces réfections qui ont défiguré la mosquée », explique
Wagdi Abbas. A ceci s’ajoute un autre objectif,
celui de la réhabilitation de l’entourage de la
mosquée pour lui donner un caractère esthétique
et faire du quartier un point d’attraction touristique
à l’exemple de la ruelle de Darb Al-Asfar, au Caire
fatimide, qui a été réaménagée auparavant.
La
longue période des travaux de restauration a suscité
des interrogations : pourquoi six ans pour la restauration
alors qu’il était prévu qu’elle ne durera qu’un
an et demi ? Sur ce sujet, Wagdi Abbas se défend
en assurant que la mosquée avait besoin de restauration
sur le plan de l’architecture, des fondations et
des motifs décoratifs. Il s’agissait aussi de restauration
minutieuse. « La surface de la mosquée est immense
: 6,5 feddans (soit 22, 244 m2), ce qui nous a pris
beaucoup de temps aussi », a-t-il ajouté. Par ailleurs,
la mosquée bâtie sur une colline a connu de nombreux
problèmes avant sa restauration, tels que l’élévation
du niveau d’eau souterraine, la pluie, les séismes,
ou encore les égouts provenant de l’entourage surpeuplé
de la mosquée d’Ibn Touloun. Ces facteurs ont contribué
à abîmer, au cours des années, les murs et les briques
de ce chef-d’œuvre architectural, en y laissant
des fissures.
Les derniers travaux
de restauration faits à la mosquée avaient suscité
une polémique. Des archéologues et des architectes
ont accusé le CSA de ne pas avoir fait les études
nécessaires concernant la restauration de la mosquée.
Pour eux, les restaurateurs ne respectaient « ni
valeurs esthétiques, ni valeurs historiques ». Ils
traitent l’édifice comme une bâtisse quelconque.
Pour eux, les travaux exposent le site au danger
et risquent d’en effacer le caractère original.
L’emploi du béton reste l’objet de la majorité des
critiques concernant la mosquée d’Ibn Touloun, puisque
le ciment augmente le taux de salinité dans l’édifice.
Les restaurateurs se défendent d’utiliser le ciment
en affirmant qu’il s’agit d’un genre d’isolement
pour le parterre de la cour. Le Dr Mokhtar Al-Kassabani,
professeur de restauration à la faculté d’archéologie
et membre du comité de rénovation du Caire fatimide,
affirme de sa part qu’il s’est rendu dernièrement
sur place et qu’il reconnaît que la restauration
est très bien faite, et c’est un exemple qui mérite
d’être suivi .
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| Amira
Samir
Sherine Mounib |
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Le
bâtisseur |
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Touloun était un
des esclaves turcs que le gouverneur de Boukhara
envoya au calife Al-Maamoun. Il resta au service
de la cour abbasside jusqu’à ce qu’il fût promu
au rang de prince. Son fils, Ahmad, se tourna vers
les études scientifiques et littéraires. Il apprit
le Coran, la jurisprudence et le hadith et surpassa
en ce domaine tous ses camarades. Il fut nommé adjoint
du gouverneur d’Egypte.
En 868, Ahmad Ibn
Touloun, d’origine turque, reçoit du calife abbasside
Al-Moetaz la mission de rétablir l’ordre en Egypte.
Il s’installe à Fostat et construit sur les bords
du Nil une nouvelle capitale, Al-Qataïe. Il fait
édifier la mosquée qui porte son nom et entreprend
même de faire réparer le phare d’Alexandrie. Et
l’Egypte connaît, sous les Toulounides, une extension.
Ibn Touloun organise
en Egypte sa propre armée composée de mercenaires
et prend son autonomie. En 870, il fonde au nord
de Fostat et d’Al-Askar sa propre cité, Al-Qataïe,
dont subsiste encore aujourd’hui la mosquée portant
son nom. Il entre en lutte contre le calife abbasside,
inquiet de la puissance grandissante de l’Egypte.
Les forces d’Ibn Touloun occupent la Syrie, terrain
d’expansion naturel de l’Egypte durant ses périodes
de puissance.
Ibn Touloun est
mort en 884. Son fils Khoumarawiya contraint le
calife abbasside à lui reconnaître, pour lui et
ses descendants et pour une période de trente ans,
le gouvernement de l’Egypte et de la Syrie, contre
le paiement d’un tribut annuel. En 896, Khoumarawiya
fut assassiné à Damas et ses successeurs ne peuvent
maintenir l’autonomie de l’Egypte. Et en 905, l’armée
du calife abbasside écrase les forces toulounides
et s’empare de Fostat. L’Egypte redevient une simple
province de l’Empire abbasside.
Ahmad Ibn Touloun
est de toute façon un homme exceptionnel, un homme
à poigne et aussi un visionnaire. Gouverneur d’Egypte
sous les Abbassides, à l’exemple de nombreux autres
maires de palais turcs, il conquiert la Mésopotamie
et la Syrie et fait de l’Egypte un Etat indépendant.
Ibn Touloun a construit au Caire de nombreux palais
et mosquées. Pour sa mosquée située au Caire islamique,
elle est en fait la plus ancienne mosquée du Caire
encore existante, et une des plus grandes comme
superficie. La forme de son minaret à escalier en
spirale est une miniature du célèbre minaret de
Samarra, en Iraq. La mosquée est certainement majestueuse,
avec son immense cour entourée de portiques aux
décorations. Au milieu de la cour intérieure d’environ
92 m2, se trouve un dôme avec quatre entrées en
arcades et au centre, une fontaine pour les ablutions
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