L’armée
israélienne s’est certes retirée de Gaza, mais en
laissant les 26 synagogues. De quoi attiser toutes
sortes de tensions.
Le premier
ministre israélien, Ariel Sharon, a justifié cette
décision en expliquant qu’il aurait été impossible
de déplacer les édifices religieux.
De son
côté, le ministre israélien de la Défense, Shaoul
Mofaz, avait annoncé vendredi qu’il avait suspendu
la démolition des synagogues en dépit du feu vert
de la Cour suprême. Soulignant qu’il avait grandi
dans un milieu traditionnel juif, il s’est déclaré
personnellement opposé à la démolition des synagogues
par Israël, compte tenu de l’opposition du rabbinat.
Pendant
l’évacuation des colons de la bande de Gaza à la mi-août,
des centaines de militants anti-retrait s’étaient
retranchés dans des synagogues dans les colonies,
obligeant les forces de l’ordre à les en sortir par
la force.
Bien
plus, le ministre israélien des Affaires étrangères,
Sylvan Shalom, a demandé au secrétaire général de
l’Onu, Kofi Annan, d’user de son influence auprès
de la communauté internationale et de l’Autorité palestinienne
afin qu’il ne soit pas porté atteinte aux synagogues
restées debout dans les 21 colonies, selon un communiqué
officiel.
« M.
Shalom a souligné qu’après le retrait, l’Autorité
palestinienne portera la responsabilité de ce qui
se passera (dans la bande de Gaza) y compris (concernant)
la protection des lieux saints. Il s’agira d’un test
moral pour l’Autorité palestinienne », selon le communiqué.
Néanmoins,
l’Autorité palestinienne a annoncé qu’elle raserait
les synagogues laissées dans les colonies juives dans
la bande de Gaza. Elle a également accusé l’Etat juif
de vouloir en tirer profit, si elles étaient rasées
par les Palestiniens, pour ternir leur image.
« Ce
ne sont plus des synagogues. Leur sort sera celui
des autres bâtiments abandonnés », a déclaré Mohamad
Dahlane, ministre palestinien des Affaires civiles,
en charge du dossier du retrait israélien, lors d’une
conférence de presse à Gaza.
« S’il
respectait les religions, Israël aurait transféré
ces synagogues vers son territoire ou les aurait démolies
», a ajouté M. Dahlane.
Il a
accusé Israël d’avoir décidé de maintenir les synagogues
pour faire apparaître les Palestiniens aux yeux du
monde comme « un peuple non civilisé » s’ils venaient
à détruire ces édifices après le départ de l’armée
israélienne des colonies.
« Ils
nous renvoient cette balle explosive pour dire ensuite
que nous ne sommes pas un peuple civilisé. Ils se
dérobent d’une manière honteuse à leurs responsabilités
», a-t-il dit.
En laissant
debout les synagogues, sachant que les Palestiniens
ne les préserveront pas, Israël donne des prétextes
aux extrémistes juifs pour qu’ils brûlent des mosquées
ou détruisent Al-Aqsa, l’Esplanade des mosquées à
Jérusalem, troisième lieu saint de l’islam, a aussi
affirmé M. Dahlane.
Même
point de vue de Nabil Abou-Roudeina, porte-parole
de l’Autorité palestinienne, qui estime qu’« Israël
aurait dû démanteler ces synagogues comme il avait
démoli les habitations dans les colonies ». « Leur
maintien risque de provoquer des frictions entre les
Palestiniens et Israël à l’avenir », a-t-il ajouté.