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Mohamad Kamal, porte-parole de la campagne électorale du candidat du PND, revient sur cette nouvelle expérience et sur la réélection du président Moubarak pour un cinquième mandat.
« Il est dans notre intérêt d’avoir
des partis forts et compétitifs »

Al-Ahram Hebdo : Etes-vous satisfait des 88 % obtenus par le candidat du Parti National Démocrate (PND) ?

Mohamad Kamal : Oui, nous sommes très heureux de ces résultats dans le sens où ils reflètent un vaste soutien au président Moubarak, voire même une conviction que Moubarak est le dirigeant capable de gérer le pays au cours des prochaines années. Lors de la campagne électorale, nous avions organisé plusieurs sondages et les chiffres variaient toujours autour des 85 %.

— Comment pouvez-vous parler de vrai soutien alors que la participation n’a pas dépassé les 24 % ?

— Nous aurions espéré une participation beaucoup plus large. Mais il faut savoir que depuis les élections législatives de 2000, la participation est presque la même. Je pense que cette abstention pourrait s’expliquer d’abord par des problèmes d’ordre technique. Le fait de faire fusionner plusieurs bureaux de vote en un seul pour les réduire d’environ 50 000 à 10 000 a engendré une affluence devant les urnes et découragé beaucoup d’électeurs. Il y a un autre problème lié aux listes électorales, avec des erreurs de noms par exemple et à ceci s’ajoute le fait que beaucoup d’électeurs inscrits automatiquement pour avoir dépassé 18 ans en 2001 n’étaient pas au courant qu’ils figuraient sur les listes. Certes, cette abstention ne nous enchante pas car une participation massive aurait été en faveur du candidat du PND.

— Cet absentéisme s’explique uniquement selon vous par de simples erreurs techniques ? N’y aurait-il pas une indifférence des Egyptiens vis-à-vis de la vie politique ?

— Personne ne peut empêcher les citoyens de participer et d’aller voter. Mais je crois que quelques partisans de Moubarak n’ont pas voté, car ils savaient qu’un candidat comme lui, avec tout son poids et sa personnalité, serait certainement élu, et pensaient alors que leurs voix ne changeraient rien à la situation. Dans le même temps, l’expérience en elle-même est complètement nouvelle. Les Egyptiens ne sont pas encore conscients que des changements sont en cours et que les élections sont libres. Ils ne savent pas qu’on peut désormais parler de transparence et d’impartialité de la police et des institutions gouvernementales. Je pense que la participation sera plus large lors des législatives de novembre.

— Le fait que le candidat du néo-Wafd arrive en troisième place pourrait-il changer la carte des partis politiques en Egypte ?

— A vrai dire, nous ne sommes pas trop concernés par les résultats des autres partis, d’autant plus que l’écart entre le candidat du PND et les autres est très grand. En revanche, il est dans notre intérêt que la scène politique comprenne des partis forts et capables d’entrer en compétition. C’est pourquoi je pense que les formations qui ont opté pour le boycott ont beaucoup perdu car un tel choix aura des répercussions négatives sur les législatives. Ceux qui étaient dans la course ont pu tester la rue, leurs dirigeants et leurs programmes.

— Qu’en est-il du parti Al-Ghad, surtout que son chef, Aymane Nour, a affirmé que sa prochaine bataille l’opposerait à Gamal Moubarak ?

— Nous venons d’achever une bataille électorale et il est trop tôt pour parler d’une autre bataille dans six ans. Aymane Nour est un adversaire politique. Cependant, je ne comprends pas ce qu’il veut dire par de telles déclarations. Gamal Moubarak est un des dirigeants du PND. Il joue un rôle dans l’élaboration de la politique générale vu son poste de chef du comité des politiques, et il a affirmé à plusieurs reprises qu’il était satisfait de cette tâche.

— Pourquoi est-il sensible pour le PND d’évoquer la question des Frères musulmans ?

— La position du parti est claire. La confrérie est une organisation illégale et la loi interdit la création de partis politiques à base religieuse, peut-être seulement des partis conservateurs. Simplement car nous pensons que ceci porte atteinte à la démocratie. Le débat ne sera plus politique, mais religieux sur ce qui est toléré ou ce qui est un péché selon la religion. Les Frères en tant qu’individus participent à la vie politique. Ils ont des députés au Parlement et des dirigeants dans divers syndicats. Et sur les individus, il n’y a pas de restrictions. N’importe qui peut se présenter pour toute élection. Il appartient aujourd’hui aux Frères de faire le choix soit d’un parti politique civil, soit d’une organisation religieuse.

— Et Kéfaya, entendez-vous les voix qui disent 24 ans ça suffit ?

— Le parti soutient les droits des citoyens à exprimer leur point de vue de manière pacifique et dans le cadre de la loi. Mais il est étonnant qu’un groupe de personnes qui plaide pour la démocratie ne peut respecter les bases de cette politique, c’est-à-dire respecter le point de vue de la majorité. Quand des élections se déroulent et qu’un candidat est élu en fonction du choix de la majorité, le reste de la société ne peut que respecter un tel choix.

— Lors de cette campagne, beaucoup ont parlé d’un nouveau Moubarak, d’un changement d’apparence, alors que le fond est resté le même ...

— Il y a eu beaucoup d’exagération sur ces discussions sur la forme ou l’aspect vestimentaire de Moubarak. Ce n’est pas la première fois qu’il apparaît sans cravate, et cette fois-ci, il organisait une campagne électorale qui exigeait beaucoup de déplacements et de contacts avec les citoyens, et donc plus de simplicité. C’est d’ailleurs la nature du président, c’est quelqu’un de très simple et très spontané. Nous n’avons pas inventé une nouvelle image de lui, mais nous nous sommes concentrés sur un de ses caractères. Le fond n’était pas du tout absent. Le programme du raïs était axé sur le changement, des réformes économiques, sociales et politiques.

— Mais le programme qu’a proposé le PND ne résume-t-il pas les demandes que l’opposition répète depuis des années ?

— L’opposition ne peut pas imposer son agenda au PND. On peut avoir des objectifs communs. Il y a des idées de réformes proposées par le président qui a la volonté politique et la conviction de l’importance de ce dossier.

Le président a été élu en raison de ses réalisations, mais aussi pour le programme qu’il a adopté. Il a parlé d’un grand et d’un réel changement. Il s’est engagé vis-à-vis des citoyens et je pense qu’il entamera immédiatement son application, notamment les dossiers économique et des services.

— Cette expérience n’a-t-elle pas mis au jour des différends ou encore des conflits entre ce qu’on appelle l’ancienne garde et la nouvelle génération du PND ?

— C’était une mission dirigée par le président, et il a chargé un certain nombre de personnes pour l’achever. Ainsi, la campagne se menait sur deux niveaux. Le secrétariat général du parti, qui donnait les instructions, et un autre niveau exécutif. C’est ce dernier qui a été dominé par des figures plutôt jeunes. En effet, au sein du PND on peut parler de trois générations : l’ancienne, la moyenne et les jeunes. Ces trois générations ont suivi certes des formations bien différentes, et sont passées par des expériences divergentes, ce qui fait que les visions ne sont pas toujours les mêmes. Ce n’est en aucun cas négatif, je crois qu’en revanche ceci enrichit les débats entre les membres du parti. Mais de manière plus générale, la tendance de Moubarak n’est pas liée à une génération ou à une autre. C’est une vision, voire un mode de vie. Nous passons par une nouvelle phase qui exige une manière inaccoutumée de travail et malheureusement, certains ne sont pas encore conscients qu’il y a un changement en cours dans la société.

Propos recueillis par Samar Al-Gamal
 

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