| |
| Polémique.
Le sens péjoratif donné au mot « arabe » dans la dernière édition
du dictionnaire américain Unabridged Collegiate Thesaurus Merriam–Webster
soulève l'indignation. Explications. |
| Le
langage de la mauvaise foi |
Alors que le monde arabo-islamique se trouve
à nouveau montré du doigt par l'Occident, à la suite des derniers
attentats de Londres, voilà qu'il se trouve de plus confronté
à d'autres accusations, voire diffamations, dans la troisième
édition du dictionnaire américain de synonymes Unabridged Collegiate
Thesaurus Merriam–Webster.
Le mot « arabe » y est en effet associé à ceux
de vagabond, clochard, etc. ou encore colporteur. Par ailleurs,
l'expression « antisémitisme » est définie en tant qu'« hostilité
envers les juifs étant une religion et une race minoritaire
accompagnée par une discrimination sociale, économique et politique
». Ou encore comme « l'opposé du sionisme défini en tant que
sympathie avec les ennemis de l'Etat d'Israël ».
Donner de telles définitions est une chose
et les publier dans un dictionnaire en est une autre. Car un
dictionnaire est censé être objectif, ne trahissant aucune position
vis-à-vis d’une politique, une race ou une religion. Et, au
cas où il présenterait une opinion quelconque, il se trouverait
automatiquement dans l'obligeance d'en citer la source, ce qui
n'est pas le cas avec le Webster.
Wafaa Kamel, professeur de langue arabe à l'Université
du Caire, affirme que ces définitions fâcheuses propagent l'image
négative des Arabes dans le monde entier, instaurant un esprit
de haine et d'hostilité à l'égard de toute une génération d'Arabes
et enracinent un sentiment d'infériorité qui empêcherait toute
interaction culturelle entre les Arabes d'un côté et l’Occident
et l'Amérique de l'autre. D'ailleurs, elle a réagi, avec ses
collègues en Egypte et dans le monde arabe, en envoyant une
lettre à l'Association Webster dans laquelle ils expriment leur
refus et demandent le changement des définitions données au
mot arabe, en outre des excuses que le Webster devait présenter
au monde arabe. Selon Wafaa Kamel : « Le Webster a justifié
ces définitions par le fait qu'elles sont familières dans la
société américaine depuis le XIXe siècle, que la deuxième définition
est courante à l'Est des Etats-Unis, qu'il n'invente pas les
sens, mais transmet l'usage réel des termes. Et qu'il va, de
plus, modifier ces définitions dans sa nouvelle édition qui
sera publiée dans deux ou trois ans ». Kamel ne se résigne pas
à ces justifications dépourvues de toute logique académique
et explique : « Un dictionnaire ne peut pas avoir comme référence
ce qui est courant dans une communauté donnée, mais il doit
se baser essentiellement sur des textes écrits et si ces définitions
étaient vraiment familières depuis le XIXe siècle, pourquoi
nous ne les trouvons pas dans les autres dictionnaires ? ».
|
Définitions familières ?
|
|
Si les définitions données par le Webster sont
admises, nous nous trouvons face à une série de questions :
le mot arabe n'a-t-il que des références péjoratives ? S'il
est vrai que la deuxième définition est en usage à l'Est des
Etats-Unis, pourquoi cela n'est-il pas mentionné dans le dictionnaire
? Et si ces définitions sont familières depuis le XIXe siècle
dans la société américaine, comment les Arabes ont-ils pu rester
muets pendant tout ce temps ? D'ailleurs, les définitions données
de l'expression « antisémitisme » sont-elles si familières aux
Etats-Unis ? Une expression employée sur le plan mondial peut
avoir un sens différent aux Etats-Unis, cette puissance qu'on
ne pourrait en aucun cas admettre qu'elle forge des expressions
pareilles en dehors de l'acception mondiale.
« L'objectivité, qui est censée être assumée
par le dictionnaire, comprend-elle tous les groupes humains
mentionnés ?, s'interroge Madiha Doss, professeur de linguistique
dans la section langue française à l'Université du Caire. Où
commence cette objectivité et où se termine-t-elle ? Est-ce
qu'il existe des lignes rouges qui ne devraient pas être dépassées
? Elles peuvent cependant l'être lorsque celui qui est mentionné
est en dehors de ces lignes et ne représente aucune menace.
Lorsqu'il est déjà marginalisé dans sa communauté avant de l'être
par l'Autre », poursuit-elle.
Emad Gad, le directeur exécutif à l'Organisation
non gouvernementale Arab Against Discrimination, souligne quant
à lui : « On n'a pas encore pris de mesures vis-à-vis de l'Association
Webster parce que nous n'avons encore aucun document servant
de preuve. Nous n'avons même pas trouvé de définition condamnant
les Arabes sur le site de Webster ». Kamel, de sa part, affirme
que « ce dictionnaire a été mis gratuitement en ligne pendant
15 jours. L'édition publiée ne se trouve pas dans les pays arabes,
mais nous allons la commander des Etats-Unis, afin d'intenter
un procès à l'Association Webster ». L'Union des avocats arabes,
quant à elle, s'est contentée d'exprimer dans un communiqué
son refus des définitions du mot arabe mentionnées dans le Webster,
et demande des excuses, selon Kamel.
Un tel acte exige une réaction ferme de la
part de la communauté arabe. Si les institutions gouvernementales
ont certaines réserves quant à l'affrontement de cette association,
les organisations non gouvernementales doivent mobiliser toutes
leurs forces pour se lancer dans le combat .
|
| Lamiaa
Al-Sadaty |
|
| Retour
au sommaire |
|
|