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Censure. L'éditeur Dar Al-Hilal s'est retrouvé récemment au cœur d'une polémique houleuse lorsque l'écrivain Gamal Ghitany a décidé d'en retirer son dernier ouvrage pour protester contre les nouvelles politiques éditoriales de la maison.

Vers un alignement sur le discours gouvernemental ?

L'affaire a commencé à la mi-août dernier, lors de la publication du dernier roman de Hamdi Batran, Kharif al-général (L'Automne du général). L'auteur avait déjà publié en 1998 chez Al-Hilal un titre (Yawmiyat dabet fil aryaf, Journal d'un officier de campagne) qui avait fait du bruit et qui lui avait coûté un procès et un départ anticipé à la retraite. Batran y conte la répression au quotidien telle qu'elle est vécue par un gradé de la police, portant ainsi atteinte, selon ses détracteurs, à « l'image de la profession ». « Mais le roman avait été publié tel quel », affirme Batran.

En ce qui concerne L'Automne du général, Batran raconte avoir été contacté par la direction de la maison d'édition, qui lui a demandé de retirer quelques passages, le roman étant considéré comme « trop long ». « J'ai signé un document autorisant ces suppressions. Les scènes qui ont été supprimées sont des scènes de torture et d'autres érotiques », souligne l'auteur. Celui-ci dit avoir accepté ces changements « pour éviter les problèmes ».

D'après lui, ces modifications ne « portent pas atteinte à la compréhension générale de l'œuvre. Puis, Gamal Ghitany a décidé de retirer son livre en cours de publication chez Al-Hilal, Istiadate Al-Messaferkhana (La Réappropriation de Messaferkhana), pour protester contre ce qu'il estime être une « atteinte à toutes les règles de la publication. L'on ne peut en aucun cas raccourcir une œuvre littéraire sous prétexte qu'elle est trop longue », proteste-t-il. De son côté, Magdi Al-Dakak, rédacteur en chef d'Al-Hilal, affirme qu'en ce qui concerne Batran, « la maison d'édition n'est pas intervenue dans ces changements. C'est l'auteur lui-même qui a corrigé son texte ». Al-Dakak ne voit en fait dans ce débat qu'une « vulgaire tentative de pression sur lui pour le forcer à se soumettre à ceux qui s'imaginent pouvoir téléguider de l'extérieur les choix éditoriaux de la maison ».


Changement de direction

Toute cette polémique coïncide en fait avec un changement de direction à la tête d'Al-Hilal, la mise à l'écart de Moustapha Nabil, et l'arrivée de Magdi Al-Dakak, personnalité proche du Comité politique du Parti National Démocrate (PND), qui dit vouloir assurer la « pluralité de toutes les opinions » qui n'était, selon lui, pas réalisée à l'époque de son prédécesseur. « L'époque de l'Union socialiste est révolue. Nous vivons aujourd'hui dans une société ouverte », affirme-t-il.

Al-Dakak semble vouloir apporter quelques changements à la politique éditoriale de la maison, qui fait partie des géants de l'édition en Egypte avec près de cinq revues hebdomadaires, dont Al-Moussawar, Hawa, Al-Kawakeb, plusieurs publications mensuelles, dont Les Romans d'Al-Hilal, avec 5 000 exemplaires mensuels. Fondée en 1892 par Jorgi Zaydan, la maison avait réussi à se tailler une solide réputation au fil des ans en publiant de la littér

ature et des essais de qualité et en faisant appel à des artistes pour son travail de couverture, à l'instar de Helmi Al-Touni, dont le style est maintenant devenu une marque des Romans d'Al-Hilal. La maison se caractérisait surtout par une certaine « neutralité » dans les débats politiques d'actualité.

Or, dans l'éditorial du dernier numéro de la revue Al-Hilal, Al-Dakak n'hésite pas à placer « le discours du président Mohamad Hosni Moubarak (…) qui permettra à notre peuple, pour la première fois dans l'Histoire, de choisir son dirigeant au même niveau et peut-être même plus haut » que « l'ascension de Mohamed Ali au pouvoir en 1805 (…), la Révolution de Juillet 1952 (…), la traversée en 1973 (…) ».

C'est ce type d'affirmation, carrément complaisante à l'égard du pouvoir en place, qui inquiète plus d'un intellectuel sur l'avenir d'Al-Hilal. Radwa Achour, qui a publié près de quatre romans chez Al-Hilal, estime ainsi que « la situation est inquiétante ». Selon elle, la maison d'édition risquerait de perdre « l'indépendance toute relative qui la caractérisait. Elle ne publiait jamais en effet des ouvrages dont le but aurait été de soutenir le pouvoir ».

L'affaire Batran, intervenant après l'affaire Saadawi, où Le Roman de l'écrivaine féministe avait été publié par Al-Hilal amputé de plusieurs dizaines de passages jugés insultants pour la religion et les bonnes mœurs, ne fait que corroborer ces inquiétudes

Dina Heshmat
 
     

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