Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Le dossier

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Idées
Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Escapades
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Présidentielles. Le poids des Frères musulmans était déterminant pour Aymane Nour qui a remporté la deuxième place aux présidentielles. Ils veulent dorénavant prouver qu’ils sont capables de changer la donne lors des législatives de novembre.
La confrérie vise les législatives

Le Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) aurait certainement préféré que Noamane Gomaa, président du néo-Wafd, remporte la deuxième place aux premières présidentielles multipartites. Toutefois, c’était Aymane Nour qui a décroché cette deuxième place, et ce grâce aux voix des Frères musulmans. Ce mouvement interdit, mais toléré par le pouvoir, a préféré, dans sa majorité, soutenir le seul candidat qui a promis d’autoriser la confrérie à se constituer en parti politique. Une source des Frères a indiqué que 65 % de leurs voix sont allées à Nour.

Grâce aux voix des Frères, Nour a remporté 600 000 votes, soit deux fois le score de son rival Gomaa. Si la moitié de ces voix est, selon certaines estimations, celle des Frères musulmans, cela représente quelque 5 % des votants (300 000 sur 7 millions d’Egyptiens qui se sont rendus aux urnes). Cependant, cette masse, quoique considérable, n’a pas été suffisante pour influer sur le taux de victoire de Moubarak (88 % des voix).

Les Frères musulmans ont par ailleurs offert au parti au pouvoir un cadeau précieux : leur participation a donné une certaine légitimité aux résultats des élections. Mohamad Habib, le vice-guide des Frères, ne nie pas ce fait : « Notre participation a inspiré à beaucoup de gens. Les chiffres indépendants parlent de 15-18 % de participation ». Cela veut dire qu’au cas où les Frères s’abstiendraient de voter, le taux de vote aurait été réduit à quelque 10 % seulement. Un taux trop bas, qui mettrait davantage en doute la légitimité même de l’élection de Moubarak. Un cadeau gratuit, puisque les Frères musulmans n’ont obtenu aucune reconnaissance.

Mohamad Mahdi Akef, guide de la confrérie, préfère ne pas regarder en arrière. « Le passé est le passé, avec ses pour et ses contre. C’est plutôt l’avenir qu’il faut regarder ». Pour lui, l’agenda de l’avenir renferme le suivi de près du nouveau-ancien président, et le fait de veiller à ce qu’il « suit un nouveau chemin vers la démocratie en annulant la loi sur l’état d’urgence ainsi que toutes les autres lois limitant les libertés fondamentales, ainsi que l’élargissement des prisonniers politiques ».

Habib, lui, estime que la modification de la clause 76 de la Constitution, permettant une multiplicité des candidatures aux présidentielles, est une pierre angulaire dans cette voie. Les Frères souhaitent un nouvel amendement de cette disposition permettant une réduction des contraintes qui lui sont attachées, ce qui leur permettrait de présenter un candidat lors des prochaines élections présidentielles qui auront lieu en 2011. « Sinon, notre position demeurerait la même », faisant allusion à leur position pro-Nour, qu’ils ont prise durant les présidentielles de 2005.

Quoi qu’il en soit, une prochaine bataille se profile à l’horizon. C’est celle des élections législatives, qui auront lieu en novembre prochain. Mahdi Akef a révélé à Al-Ahram Hebdo que la confrérie espère pouvoir augmenter le nombre de ses représentants au sein du Parlement. A 17 députés, élus comme indépendants, les Frères musulmans sont la deuxième force politique à l’Assemblée du peuple, après le PND. « Nous allons décider lors de nos prochaines réunions du nombre des candidats. De même, nous allons discuter de notre coordination avec les autres mouvements et partis politiques ». Les législatives se tiendront suivant le système de scrutin de liste, mais les Frères assurent qu’ils n’auront pas de listes communes avec les autres. « Seulement une coordination étroite et des accords implicites avec eux », selon Habib. Il mise sur un taux de participation élevé, se basant sur un meilleur contrôle des élections.

Salma Hussein
Kéfaya persiste et signe
Ce mouvement très symbolique affirme qu’il poursuivra son combat contre le pouvoir. Il semble s’être fortement ancré dans le champ politique.

Batel (Illégal). Il s’agit du slogan qu’adoptera désormais le mouvement populaire pour le changement Kéfaya (ça suffit). Ce mouvement contestataire qui avait prôné le boycott du scrutin du 7 septembre et qui scande depuis sa première manifestation, organisée en octobre 2004, le slogan « Kéfaya » en appelant à la fin du régime du président Moubarak, au pouvoir depuis 1981, s’insurge aujourd’hui contre la réélection de Moubarak en la qualifiant de nulle et non avenue. « Le référendum est illégal. Les élections sont illégales. Non à la fraude, non au pouvoir héréditaire ! », scandaient samedi 10 septembre des manifestants de Kéfaya ainsi que des partis politiques qui ont boycotté cette élection pluraliste, comme le parti du Rassemblement Progressiste Unioniste (RPU-gauche), et le parti suspendu du Travail.

Près de 4 000 activistes ont participé à cette grande manifestation organisée avec une présence policière discrète, et qui intervient au lendemain de l’annonce officielle des résultats. Les manifestants ont été rejoints par l’un des candidats à la présidentielle et le plus féroce opposant à Moubarak, Aymane Nour, chef du parti Al-Ghad, qui cherche à consolider son image de leader de l’opposition. Réunis place Tahrir, ils ont défilé dans les rues du centre-ville, lançant des slogans anti-Moubarak et portant des banderoles et des ballons sur lesquels on pouvait lire : « Personne ne peut gagner une élection pluraliste réelle avec 88 % des voix. C’est le score d’un référendum », « Moubarak gouverne l’Egypte avec l’accord de 19 % de l’électorat », « Le faible taux de participation ne donne pas à Moubarak la légitimité nécessaire pour redevenir président ». C’est avec les mots les plus durs, parlant de violations, de bourrage d’urnes et de despotisme que les chefs de partis et les manifestants ont dénoncé la réélection du président.

Les activistes de Kéfaya affirment que les jours à venir verront le début d’un nouveau mouvement qui dénonce la fraude électorale. « Nous avions déjà critiqué le président dans la rue l’an dernier. Nous crions aujourd’hui contre la falsification des résultats du référendum du 25 mai et des élections du 7 septembre. Nous intensifions nos activités avec la coopération des partis politiques jusqu’à ce qu’on assiste à un nouveau scrutin. Nous ne nous arrêterons jamais », explique Abdel-Halim Qandil, porte-parole du mouvement Kéfaya. Il ajoute que le mouvement mobilisera ses partisans pour manifester chaque semaine leur colère contre la réélection de Moubarak, jusqu’au 25 septembre, date à laquelle la Cour administrative doit prononcer un jugement sur la légalité du référendum. « Si le tribunal déclare illégal ce référendum, les élections présidentielles seront par conséquent nulles et non avenues. Un nouveau scrutin serait alors obligatoire. Sinon, nous continuerons à manifester jusqu’à ce que le régime actuel tombe et que la démocratie soit réellement instaurée », promet Georges Isaac, coordinateur de Kéfaya. Il fait allusion au grand nombre de citoyens qui ont rejoint le mouvement lors de la manifestation tenue le jour des élections sur la place Tahrir et appelant au boycott des présidentielles. « Nous avons réussi à convaincre plus de 25 millions d’électeurs sur 32,5 millions de ne pas se rendre aux urnes. Les citoyens nous ont répondu favorablement car ils n’ont aucune confiance dans le régime », explique-t-il.

Il apparaît donc que le mouvement confirme son succès dans la rue égyptienne. « Pour la première fois depuis un an, nous parvenons à organiser deux manifestations importantes regroupant des milliers de citoyens qui ont sillonné les rues du Caire sans aucune intervention de la police. L’Egypte n’a jamais connu de manifestations depuis 1977. Ceci n’a qu’une seule signification, à savoir que le régime a enfin reconnu notre existence et qu’il comprend bien que rien ne peut nous empêcher d’exercer notre droit à la protestation jusqu’à ce qu’on assiste à une véritable réforme politique », conclut Mohamad Abdel-Qoddous, membre de Kéfaya .

Héba Nasreddine

Retour au sommaire
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631