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Présidentielles. Arrivé à la troisième place avec 2,9 % des suffrages, le président du néo-Wafd, Noamane Gomaa, met son échec sur le compte des irrégularités. Mais nombreux sont ceux qui estiment que le parti est à bout de souffle.

La déconvenue de Gomaa

« Rien n’a changé en Egypte, cette élection est identique à celles organisées par tous les régimes militaires égyptiens », a lancé Noamane Gomaa au lendemain des résultats des présidentielles. Une justification ? Une manière de se défendre ? Si le chef du plus ancien parti politique égyptien ne s’attendait sûrement pas à remporter les élections, il a ressenti comme un désaveu terrible sa troisième place avec un taux dérisoire. La position du néo-Wafd, qui était toujours vu comme le leader de l’opposition, a déçu toutes les attentes. Tentant d’apparaître solide face à ce recul sur la scène politique, Mahmoud Abaza, vice-président du parti néo-Wafd, affirme que sa formation est ancienne et a vécu des moments et des événements plus graves que celui-ci qu’elle a pu surmonter. « Notre parti est habitué à ce genre de chocs et nous savons comment y faire face ».

De toute façon, tout au long de cette semaine, les membres du parti sont en état d’alerte. « On se réunit sous la présidence de Gomaa en essayant de découvrir les manœuvres frauduleuses effectuées par le PND durant les élections. Nous avons adressé une demande au gouvernement pour qu’il nous envoie les résultats détaillés », explique Abaza. Et d’ajouter : « Nous élaborons un rapport de 700 pages dans lequel nous avons pu relever des irrégularités infirmant le processus électoral ».


Une révision nécessaire

Il reste que la situation est trouble au sein du néo-Wafd. Ahmad Sabet, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, affirme que ces résultats auront leur impact et bouleverseront l’avenir du parti. « Le néo-Wafd est sorti affaibli de ces élections et aura besoin de changements radicaux pour pouvoir se relever au moment où la puissance des Frères musulmans et d’Al-Ghad a augmenté ». Pour Sabet, Gomaa a commis une grave erreur en prenant la décision de participer aux élections. Conséquence : il a provoqué une énorme déchirure à l’intérieur du parti. « Gomaa avait décidé de boycotter les élections avec les autres mouvements d’opposition, car ils refusaient le texte de l’article 76 amendé. Et puis dans un geste inexplicable, il a décidé de présenter sa candidature », souligne Sabet.

Outre le choc interne qui a résulté de la déconvenue de Gomaa, une nouvelle donne est née sur le plan politique. « Qu’on le veuille ou non, Al-Ghad a devancé le néo-Wafd. Il est aujourd’hui le parti d’opposition le plus fort. Nour est devenu aujourd’hui le cheval gagnant ou bien la bête noire, comme le surnomment certains journaux », ajoute Sabet.

De son côté, Hossam Badrawi, membre du PND, affirme : « Le néo-Wafd doit être convaincu qu’il a absolument besoin d’une réforme interne et de l’émergence de nouveaux dirigeants plutôt que de lancer des accusations à tort et à travers ».

Mais Abaza affirme qu’il est trop tôt pour parler d’un changement hâtif. « C’est une décision qui sera prise une fois un examen détaillé achevé », explique Abaza, qui reprend les accusations selon lesquelles les Frères musulmans ont voté pour Nour. D’ailleurs, cette confrérie n’est pas la seule à être dans le collimateur du néo-Wafd, mais les coptes aussi, qui se sont abstenus de voter pour Gomaa bien que le Wafd soit leur parti traditionnel. En fait, l’Eglise a encouragé les coptes à voter pour Moubarak alors que Adli Abadir, chef des expatriés coptes, les a encouragés à soutenir Nour.

Par les Frères ou par les coptes, Gomaa essaye de justifier son échec, d’autant plus qu’il est dans une position très critique après ces élections. Il doit absolument changer de peau. Certains politiques estiment que le choix de Gomaa comme candidat du néo-Wafd est le seul facteur qui a mené à ces résultats. « Aymane Nour est l’unique rival du PND. Nour a mieux réussi que Gomaa parce que sa campagne se caractérisait par son dynamisme et sa positivité, prometteurs d’un bon avenir, alors que Gomaa s’est plutôt appuyé sur l’histoire de son parti », affirme Mona Makram-Ebeid, ancienne secrétaire générale du néo-Wafd.

Beaucoup de questions se posent aujourd’hui sur l’avenir du néo-Wafd après son échec aux élections. Certains politiques demandent la démission de Gomaa, facteur essentiel de la faiblesse du parti. Mais, ce qui est certain, c’est que la plupart d’entre eux pensent que le néo-Wafd a besoin de lancer un nouveau programme qui touche les citoyens et la rue égyptienne pour pouvoir au moins gagner quelques sièges aux législatives. Pour le moment, Gomaa vient d’obtenir la confiance de son parti. Juste pour laver l’affront en attendant une réforme qui semble être incontournable ? Les législatives devront donner un début de réponse .

Chaïmaa Abdel-Hamid

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