« Rien
n’a changé en Egypte, cette élection est identique
à celles organisées par tous les régimes militaires
égyptiens », a
lancé Noamane Gomaa au lendemain des résultats des
présidentielles. Une justification ? Une manière de
se défendre ? Si le chef du plus ancien parti politique
égyptien ne s’attendait sûrement pas à remporter les
élections, il a ressenti comme un désaveu terrible
sa troisième place avec un taux dérisoire. La position
du néo-Wafd, qui était toujours vu comme le leader
de l’opposition, a déçu toutes les attentes. Tentant
d’apparaître solide face à ce recul sur la scène politique,
Mahmoud Abaza, vice-président du parti néo-Wafd, affirme
que sa formation est ancienne et a vécu des moments
et des événements plus graves que celui-ci qu’elle
a pu surmonter. « Notre parti est habitué à ce genre
de chocs et nous savons comment y faire face ».
De toute
façon, tout au long de cette semaine, les membres
du parti sont en état d’alerte. « On se réunit sous
la présidence de Gomaa en essayant de découvrir les
manœuvres frauduleuses effectuées par le PND durant
les élections. Nous avons adressé une demande au gouvernement
pour qu’il nous envoie les résultats détaillés »,
explique Abaza. Et d’ajouter : « Nous élaborons un
rapport de 700 pages dans lequel nous avons pu relever
des irrégularités infirmant le processus électoral
».
|
|
Il reste
que la situation est trouble au sein du néo-Wafd. Ahmad
Sabet, professeur de sciences politiques à l’Université
du Caire, affirme que ces résultats auront leur impact
et bouleverseront l’avenir du parti. « Le néo-Wafd est
sorti affaibli de ces élections et aura besoin de changements
radicaux pour pouvoir se relever au moment où la puissance
des Frères musulmans et d’Al-Ghad a augmenté ». Pour
Sabet, Gomaa a commis une grave erreur en prenant la
décision de participer aux élections. Conséquence :
il a provoqué une énorme déchirure à l’intérieur du
parti. « Gomaa avait décidé de boycotter les élections
avec les autres mouvements d’opposition, car ils refusaient
le texte de l’article 76 amendé. Et puis dans un geste
inexplicable, il a décidé de présenter sa candidature
», souligne Sabet.
Outre
le choc interne qui a résulté de la déconvenue de Gomaa,
une nouvelle donne est née sur le plan politique. «
Qu’on le veuille ou non, Al-Ghad a devancé le néo-Wafd.
Il est aujourd’hui le parti d’opposition le plus fort.
Nour est devenu aujourd’hui le cheval gagnant ou bien
la bête noire, comme le surnomment certains journaux
», ajoute Sabet.
De son
côté, Hossam Badrawi, membre du PND, affirme : « Le
néo-Wafd doit être convaincu qu’il a absolument besoin
d’une réforme interne et de l’émergence de nouveaux
dirigeants plutôt que de lancer des accusations à tort
et à travers ».
Mais Abaza
affirme qu’il est trop tôt pour parler d’un changement
hâtif. « C’est une décision qui sera prise une fois
un examen détaillé achevé », explique Abaza, qui reprend
les accusations selon lesquelles les Frères musulmans
ont voté pour Nour. D’ailleurs, cette confrérie n’est
pas la seule à être dans le collimateur du néo-Wafd,
mais les coptes aussi, qui se sont abstenus de voter
pour Gomaa bien que le Wafd soit leur parti traditionnel.
En fait, l’Eglise a encouragé les coptes à voter pour
Moubarak alors que Adli Abadir, chef des expatriés coptes,
les a encouragés à soutenir Nour.
Par les
Frères ou par les coptes, Gomaa essaye de justifier
son échec, d’autant plus qu’il est dans une position
très critique après ces élections. Il doit absolument
changer de peau. Certains politiques estiment que le
choix de Gomaa comme candidat du néo-Wafd est le seul
facteur qui a mené à ces résultats. « Aymane Nour est
l’unique rival du PND. Nour a mieux réussi que Gomaa
parce que sa campagne se caractérisait par son dynamisme
et sa positivité, prometteurs d’un bon avenir, alors
que Gomaa s’est plutôt appuyé sur l’histoire de son
parti », affirme Mona Makram-Ebeid, ancienne secrétaire
générale du néo-Wafd.
Beaucoup
de questions se posent aujourd’hui sur l’avenir du néo-Wafd
après son échec aux élections. Certains politiques demandent
la démission de Gomaa, facteur essentiel de la faiblesse
du parti. Mais, ce qui est certain, c’est que la plupart
d’entre eux pensent que le néo-Wafd a besoin de lancer
un nouveau programme qui touche les citoyens et la rue
égyptienne pour pouvoir au moins gagner quelques sièges
aux législatives. Pour le moment, Gomaa vient d’obtenir
la confiance de son parti. Juste pour laver l’affront
en attendant une réforme qui semble être incontournable
? Les législatives devront donner un début de réponse
. |