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Présidentielles. Les délégués des ONG qui ont suivi le scrutin sont unanimes sur l’existence d’infractions. Mais tous jugent que ces dernières n’ont pas influencé les résultats.
Le verdict des ONG

« Malgré toutes les infractions recensées, les élections présidentielles reflètent la volonté de ceux qui y ont participé ». Cette brève affirmation, qui a servi de titre au rapport préliminaire de la Campagne Nationale pour le Contrôle des Elections 2005 (CNCE), résume nettement l’impression générale de la majorité des observateurs ayant suivi les présidentielles tenues le 7 septembre. La CNCE, composée de quatre ONG, n’était effectivement pas la seule formation qui s’est donnée pour charge de contrôler les élections présidentielles. Les observateurs du Conseil national pour les droits de l’homme, de l’Alliance nationale pour le contrôle des élections formée de 24 ONG ainsi que le site Shayfeen.com (On vous voit) étaient également présents dans les 54 000 bureaux de vote.

Ces observateurs sont, de façon générale, d’accord sur le fait que les premières élections présidentielles pluralistes ont connu un taux d’infractions beaucoup moins important que celui « auquel nous sommes habitués aux élections législatives », notamment en ce qui concerne l’interférence des appareils de sécurité. « Ce qui nous intéresse le plus, c’est l’impact de ces infractions sur le résultat final », explique Gasser Abdel-Razeq, membre du conseil des curateurs de l’Organisation Egyptienne des Droits de l’Homme (OEDH). Et d’ajouter : « Nous avons suivi les élections législatives à partir de 1984 et jusqu’à 2000, et nous avons constaté que la fraude a servi à changer les résultats en général et la structure de l’Assemblée en particulier. C’est-à-dire qu’il y a des circonscriptions où les résultats auraient été complètement différents s’il n’y avait pas eu de fraude. Les infractions commises au cours des présidentielles n’étaient pas de nature à changer les résultats ».

Ceci dit, les rapports des différentes formations de contrôle ont fait état d’un grand nombre d’infractions. Celles-ci concernent les candidats, les listes des électeurs, les pots-de-vin électoraux, les procédures du jour des élections et le parti pris des médias. « Nous avons recensé des infractions au cours des préparatifs des élections et d’autres le jour même du vote », note le rapport de la CNCE. Selon ce rapport, la commission électorale a accepté la candidature du président du parti Misr arabe socialiste, Wahid Al-Oqsori, malgré le conflit sur la présidence du parti qui n’a pas encore été tranché et en dépit du verdict de la Cour administrative annulant sa candidature. « Au cas où on prouverait que cette décision de la commission électorale était fausse, les élections seront jugées invalides », affirme le rapport. Ce dernier note une deuxième erreur dans la gestion des élections, à savoir l’élimination de 1 700 juges du contrôle des élections en infraction à l’article 88 de la Constitution. « La commission électorale a également intentionnellement rendu les listes des électeurs trop tard aux candidats (5 septembre), au moment où ces listes étaient entre les mains du candidat du PND. Ceci a fait que les partisans de ce dernier ont réussi à bien guider leurs électeurs le jour du vote », ajoute le rapport.

Quant aux infractions commises le jour des élections, elles concernaient notamment des pots-de-vin offerts aux électeurs. L’utilisation des moyens de transport public au profit du candidat du PND. L’absence de l’encre phosphorique (unique garantie que les électeurs ne peuvent voter qu’une seule fois) ou son inefficacité. Et enfin, l’acceptation d’électeurs non inscrits sur les listes et sur seule présentation de leur carte d’identité.

Mais globalement, les observateurs disent avoir réussi à accomplir leur mission malgré les obstacles, chacun à sa façon et selon les moyens qui s’offraient à eux. Amir Kamel, un des observateurs de la CNCE à Al-Gamaliya, n’avait pas accès au bureau de vote et attendait les gens à leur sortie. « C’était le seul moyen d’avoir les informations dont j’avais besoin. Je demandais aux gens ce qui s’était passé dedans et je notais les plaintes éventuelles », explique-t-il. Muni d’une copie du verdict de la Cour administrative permettant aux ONG nationales de contrôler les élections (verdict qui avait été refusé par la commission des élections), le délégué du Centre arabe pour l’indépendance de la justice a demandé au juge responsable du bureau de vote d’y avoir accès. Sa demande refusée, il a été obligé de faire comme son compagnon de la CNCE.

Deux heures après l’ouverture des bureaux de vote, les observateurs ont été autorisés à y accéder après avoir obtenu la permission du président de la commission électorale. « Notre délégué à Qéna (Haute-Egypte) n’a pas pu entrer au bureau de vote malgré cette décision. Et je trouve que c’est normal. Le juge a sorti les décisions écrites de la commission et a affirmé à notre délégué qu’il n’avait pas la permission de lui permettre d’accéder au bureau de vote et qu’il n’avait aucune idée de la nouvelle décision », raconte Gasser Abdel-Razeq. Et d’ironiser : « Ce juge avait tout à fait raison. Il n’est pas supposé prendre ses ordres de la commission électorale de façon orale à travers les ondes de la radio ! ».

Cet état de confusion a fait que beaucoup de délégués sont entrés aux bureaux de vote même avant la décision de la commission électorale et beaucoup d’autres n’ont pas eu cette chance même après cette décision. Tout dépendait du juge en charge du bureau de vote. Certains appliquaient le verdict de la Cour administrative et d’autres suivaient les ordres de la commission électorale. « La confusion des juges était très visible », affirme Willa Thayer, correspondante de l’agence de presse allemande au Moyen-Orient, qui avait fait une tournée dans les bureaux de vote de Zamalek, quartier huppé du Caire. « Au début, on a refusé ma présence à l’intérieur du bureau de vote. Or, après avoir parlé avec le juge, j’ai pu rentrer. De même, le juge refusait catégoriquement de laisser le cameraman d’une chaîne de télévision arabe entrer. Mais une heure après, il a accepté après avoir donné un coup de fil », raconte Willa Thayer.

Selon les observateurs, cette confusion est normale, puisque le gouvernement n’avait pas dès le départ adopté une position claire à propos de la question du contrôle, qu’il soit étranger ou national. En fait, dans des déclarations à la presse américaine lors de sa visite aux Etats-Unis en mars dernier, le premier ministre, Ahmad Nazif, avait affirmé que l’Egypte n’avait aucun inconvénient vis-à-vis du contrôle international des élections. A son retour pourtant, les déclarations officielles se sont multipliées refusant catégoriquement le contrôle des élections. Le même scénario s’est répété avec les ONG nationales. Celles-ci avaient au départ l’approbation de la commission électorale avant que le porte-parole de cette dernière n’annonce oralement le refus de la commission de la présence des observateurs au sein des bureaux de vote. C’est justement ce qui a poussé les ONG à soumettre la question à la Cour administrative.

Quels que soient les obstacles auxquels ont fait face ces ONG, tout le monde est unanime sur le fait qu’il y a eu un contrôle, national et international, par le biais des journalistes étrangers qui se trouvaient partout dans les bureaux de vote. « Le minimum de liberté de contrôle des élections s’est réalisé cette fois-ci », estime Fadi Al-Qadi, porte-parole de l’Organisation internationale de défense des droits de l’homme Human Rights Watch. Il revendique pourtant plus de liberté. « Il ne faut pas oublier que le PND, qui a commis des infractions graves le jour du référendum présidentiel, est le même parti qui a remporté ces élections », avertit Al-Qadi.

Yolande Youssef

Hafez Abou-Seada, secrétaire général de l’Organisation Egyptienne des Droits de l’Homme (OEDH) et coordinateur de l’Alliance nationale pour le contrôle des élections, s’exprime sur le déroulement du scrutin présidentiel.
« Je ne m’attends pas à ce qu’il y ait de la fraude lors des prochaines législatives »

Al-Ahram Hebdo : Comment évaluez-vous les premières présidentielles pluralistes de façon générale ?

Hafez Abou-Seada : Nous avons recensé un nombre d’infractions et noté la très faible participation. Toutefois, il est difficile de dire que ces infractions ont influencé les résultats. Nous avons pourtant remarqué la disparition de certains phénomènes négatifs, dont notamment la présence sécuritaire massive dans les bureaux de vote pour empêcher certaines catégories de citoyens de voter.

— Comment trouvez-vous la performance de la commission électorale ?

— Cette commission a été derrière beaucoup de confusion à cause de ses décisions contradictoires. Par exemple, sa décision de permettre aux observateurs d’avoir accès aux bureaux de vote deux heures après le début des élections. Il était impossible pour la commission de transmettre sa décision à tous les juges le jour même des élections. Ceci est un signe d’incompétence de la commission.

— Vous attendez-vous à revoir les phénomènes négatifs d’autrefois lors des prochaines élections législatives prévues en novembre ?

— La chose la plus importante est l’absence des abus sécuritaires. Les élections sont de nouveau dominées par la politique et non pas par la sécurité et je ne crois pas que les anciennes infractions se répéteront. Ceci n’est pas dû seulement à une volonté politique du régime, mais aussi à cause de l’existence d’observateurs et de représentants des médias étrangers partout. Je ne m’attends pas à ce qu’il y ait de la fraude lors des prochaines législatives .

Propos recueillis par
Y. Y.

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