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Présidentielles. L’Administration américaine a préféré ne pas trop s’attarder sur les irrégularités qui ont entaché les présidentielles et sur la faible participation, pour ne souligner que les aspects positifs de cette expérience.

Le pragmatisme de Washington

« Si, d’un côté, le processus électoral a été marqué par de manœuvres de harcèlement de candidats de l’opposition et par la répression des manifestations publiques, les électeurs égyptiens ont pu entendre les points de vue de nombreux candidats qui ont sillonné le pays au cours de la dernière semaine de campagne », a souligné un porte-parole du Conseil national de sécurité de la Maison Blanche. Une déclaration qui semble refléter un point de vue américain que l’on qualifierait de réaliste. Les Etats-Unis ont fait de multiples pressions pour des réformes démocratiques en Egypte. Le petit pas franchi à cet égard semble les satisfaire, du moins provisoirement.

Malgré les dénonciations des deux candidats Aymane Nour et Noamane Gomaa, et de beaucoup d’ONG qui ont parlé de violations, de bourrages d’urnes et de despotisme, le porte-parole de la Maison Blanche, Scott McClellan, n’a pas manqué de son côté de dire que les Etats-Unis félicitaient l’Egypte pour la tenue des élections. « Ces élections représentent un pas important sur le chemin de l’organisation d’élections complètement libres et intègres. Les opposants aussi bien que les partisans du gouvernement nous ont affirmé que ces consultations ont permis un important débat national en Egypte sur des sujets importants », a ajouté McClellan. « Nous nous attendons à ce que ces élections soient une étape du processus de réforme politique, et à ce que les défections qui ont été visibles cette fois soient corrigées lors des élections législatives de novembre prochain », a-t-il poursuivi.

Cette même volonté d’encourager l’Egypte, avec cependant un « peut faire mieux », s’est reflétée dans l’attitude du président américain George W. Bush, qui a même tenu à appeler le président Moubarak pour le féliciter de sa réélection.

Ainsi, Washington a décidé de ne pas trop s’attarder sur les irrégularités qui ont entaché le scrutin « historique » ni sur la faible participation qui entame la légitimité du président élu, préférant ne souligner que les aspects positifs de cette expérience nouvelle pour l’Egypte.

La presse américaine a essayé de justifier la jubilation de Washington face à des élections jouées d’avance. En fin de compte, ces élections ont été précédées d’un débat politique sans précédent qui a permis aux téléspectateurs égyptiens, mais aussi arabes, de voir le président du pays arabe le plus important critiqué et malmené par ses adversaires ; les partisans de l’opposition qui se faisaient battre par la police et risquaient la détention ont pu organiser librement des manifestations pour demander à Moubarak de s’en aller ; Les organisations de défense des droits de l’homme ont haussé le ton en réclamant la libération des prisonniers politiques … les gains sont là, indéniables.

Cela dit, ces élections ont mis en lumière les contradictions de la politique américaine dans la région. Lors de sa conférence donnée au Caire en juin dernier, la secrétaire d’Etat américain, Condoleezza Rice, a reconnu que, durant des décennies, les Etats-Unis avaient choisi de préserver la stabilité aux dépens de la démocratie, assurant que la politique américaine prenait actuellement un cours différent. Mais il s’est avéré que promouvoir la démocratie, tout en préservant la stabilité, n’était pas chose facile.

En termes de stabilité et de démocratie, les Etats-Unis font évidemment des calculs beaucoup plus compliqués que les suggestions de Rice. Des calculs fondés sur la crainte qu’un éventuel successeur de Moubarak risque de ne pas être aussi amical envers les Etats-Unis que ce dernier ne l’est. « Il est clair que Washington a réévalué l’ampleur de la crise politique en Egypte », affirme le vice-président du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, Mohamad Al-Sayed Saïd. « Tant que Moubarak réussit remarquablement à endiguer cette crise, à maîtriser l’appareil étatique et à mobiliser l’élite au pouvoir, et tant que l’opposition reste faible et isolée de la rue, les chances de changement par la voie des urnes restent faibles », explique-t-il.

Et de poursuivre : « Les Etats-Unis auraient préféré un régime démocratique, mais puisque les chances de changement restent minimes, ils choisiraient de conserver le régime plutôt que de miser sur l’inconnu. Le jour où il y aura changement, l’alternative sera choisie du sein même du régime, qui entretient d’excellentes relations avec les Etats-Unis, des relations que ceux-ci ne souhaitent pas mettre en danger ».

En tout état de cause, le régime égyptien, aussi hégémonique soit-il, a entrouvert une fenêtre qui, un jour, pourrait laisser filtrer la lumière de la démocratie. Pour le moment, cela suffit à Washington, qui semble ne pas avoir vraiment tranché son dilemme : ce choix draconien entre stabilité et démocratie .

Chérif Albert

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