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Entre opposition et protestation !

Par Mohamed Salmawy
Dans un appel téléphonique de sa résidence en Galilée occupée, le grand poète palestinien Samih Al-Qassem m’informe que la Palestine suivait avec grand intérêt les élections présidentielles en Egypte. Il me dit m’avoir vu la veille dans une émission télévisée parlant de cette expérience rare dans le monde arabe. J’ai senti dans la voix du poète palestinien une impatience à savoir les détails de ce tournant dans notre vie politique, et un grand intérêt à suivre de près son évolution. Ceci reflète sans nul doute l’intérêt que porte la nation arabe à cette grande expérience de transition dans notre histoire moderne.

De Samih Al-Qassem aux chaînes satellites, en passant par les médias arabes et étrangers, tous suivaient avec intérêt les résultats des élections. Juste quelques minutes après la proclamation des résultats, le président Jacques Chirac a félicité le président Moubarak pour sa victoire. Et il a été suivi par les grands du monde entier.

Mais une fois la fête terminée, nous devons nous arrêter devant le résultat qui est à la fois significatif et surprenant. On prévoyait tous la victoire, à des taux variés, du président Moubarak. Mais le plus inattendu était que le candidat du parti Al-Ghad, Aymane Nour, a devancé celui du néo-Wafd, Noamane Gomaa, qui a une expérience politique non négligeable, et dont le parti bénéficie d’une longue histoire. La différence de score était grande entre les deux hommes : Le candidat d’Al-Ghad a obtenu le double des voix de celui du néo-Wafd.

Comment donc une figure relativement nouvelle dans la vie politique, à la tête d’un parti qui a été créé il y a à peine un an, parvient-il à l’emporter sur le candidat de l’ancien parti du Wafd, avec toute sa longue histoire ? Comment se fait-il qu’un grand parti comme le néo-Wafd n’obtienne que 200 000 voix ? Si nous supposons que le parti n’a obtenu que les voix de ses membres, comment expliquer que les partisans du premier parti d’opposition en Egypte soient au nombre de 200 000 seulement dans un pays de 75 millions d’âmes ? Cette question mérite sans doute une révision globale de la vie des partis politiques en Egypte.

Cet écart entre les deux candidats démontre clairement que l’électeur égyptien n’est pas convaincu jusqu’à maintenant de l’opposition politique existante, qui a été brillamment représentée par le parti du néo-Wafd lors de la bataille des présidentielles. L’écart entre les deux candidats démontre que la balance chez l’électeur a penché du côté de la protestation, plutôt que de l’opposition. Les voix remportées par Aymane Nour reflètent en réalité un vote de protestation plus qu’elles ne révèlent une loyauté envers un parti ou une conviction en un programme politique. Alors que le programme du néo-Wafd était le plus exhaustif et le plus profond, la voix du candidat d’Al-Ghad était la plus élevée et la plus représentative de la rébellion contre la situation existante.

Ce résultat prouve que cette opposition ne s’est pas suffisamment cristallisée auprès des citoyens. Ceci représente un message important au néo-Wafd qui doit entamer sa restructuration. Quant aux autres partis d’opposition, ils n’avaient aucun poids aux élections. Que ce soit parce que les électeurs n’ont pas pris leurs candidats au sérieux, ou bien parce qu’ils ont décidé par eux-mêmes de ne pas s’engager dans cette expérience. Ils ont par là prouvé qu’ils sont loin du pouls de la population. Si le parti du néo-Wafd, qui s’est engagé dans la bataille et a échoué, doit se reconstruire en vitesse, les autres partis qui se sont retirés de la bataille devraient se dissoudre et laisser la scène à ceux qui ont la capacité de réagir aux évolutions de la vie politique.

Ce vote de protestation, qui a valu la victoire d’Al-Ghad sur les huit autres partis d’opposition, est aussi un message au parti au pouvoir, le PND. C’est une protestation adressée fondamentalement au PND et à ses pratiques archaïques auxquelles il n’a pas renoncé totalement pendant les élections, malgré l’élaboration d’une nouvelle pensée qui a eu un grand impact aux élections.

Le public, qui s’est peu soucié des programmes des partis et a préféré l’esprit rebelle d’Aymane Nour, cherchait en lui la personne qui exprimait leur protestation refoulée pendant de longues années. Cette protestation refoulée n’écoute pas la voix de la raison, mais celle de l’émotion. Comment le PND remédiera-t-il à cette protestation contre ses pratiques ? Une protestation qui a recueilli plus d’un demi-million de voix parmi les 7 millions qui ont voté. Ces voix protestataires interpellent également les tenants de la nouvelle pensée du PND. Ce résultat prouve que c’est toujours la vieille garde et non pas la nouvelle pensée qui capte l’esprit des gens. Le message dit : vous devez vous débarrasser de cet ancien fardeau pour que les gens puissent s’exprimer librement vis-à-vis de vous, sinon vous en assumez les conséquences aux prochaines législatives prévues dans deux mois, comme vous les avez assumées lors des présidentielles. Le résultat en a été qu’un demi-million de protestataires ont voté pour le candidat que votre vieille garde a rendu crédible auprès des électeurs. Ces voix protestataires gagnent plus de valeur en sachant qu’elles représentent quelque 90 % de celles qui n’ont pas voté pour le PND.

Si nous passons au taux de participation, on se trouverait devant une autre surprise. Celui-ci s’est établi à 23 % du total des électeurs. Un taux relativement bas comparé à plus de 50 % enregistrés lors du référendum de mai dernier sur l’amendement de l’article 76 de la Constitution. Qu’est-il arrivé entre-temps ? Qu’est-il arrivé entre l’approbation populaire à la tenue d’élections libres à candidatures multiples et l’abstention des électeurs de voter ? Le PND doit se poser la question. En réalité, la différence entre les taux de participation au référendum et aux présidentielles renvoie à la différence entre la décision du président Moubarak d’amender l’article 76 de la Constitution et l’amendement lui-même. La plupart des forces nationales, y compris certains membres du PND, ont exprimé leur opposition aux contraintes imposées par la vieille garde et qui ont presque vidé l’amendement de sa substance. Les journaux d’opposition n’ont cessé de manifester leur contestation tout au long des derniers mois. Entre-temps, les électeurs avaient perdu une grande partie de leur enthousiasme et se sont rendus peu aux urnes. Ceci nous amène à poser la question suivante : Quelle aurait été la situation si le candidat du PND n’était pas Hosni Moubarak, qui a construit son crédit en dehors du parti ?

Une vie politique réussie se mesure par le taux de participation populaire. Si 77 % des électeurs se détournent de cette participation, cela veut dire que la remise en cause de la vieille garde du PND doit être une priorité du processus de changement et de réforme promis par le président.

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