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La réforme de l’Onu
qui pourrait voir le jour, vendredi prochain, à l’issue d’un
des plus grands sommets de l’histoire, risque d’être beaucoup
moins ambitieuse que ne l’avait envisagé le secrétaire général,
Kofi Annan.
Ce mercredi 14
septembre, le gotha du pouvoir mondial est attendu à New York
pour un sommet de trois jours, qui réunira plus de 150 chefs
d’Etat ou de gouvernement, destiné en principe à réformer l’Onu
et réaffirmer l’engagement de la communauté internationale dans
la lutte contre la pauvreté et pour le développement, mais l’ambitieux
projet de réforme pour le 60e anniversaire de l’Onu s’est réduit
comme « peau de chagrin ». « Entre le texte très ambitieux proposé
par le secrétaire général, Kofi Annan, qui a permis de partir
sur une base de négociations avec la barre haute, et un texte
qui serait insignifiant, de quelques pages, nous allons avoir
un juste milieu qui devrait, à mon sens, être satisfaisant »,
a estimé, optimiste, le président de l’Assemblée générale, le
Gabonais Jean Ping. « On aura soit un succès relatif, soit un
fiasco total », a dit, plus circonspect, l’ambassadeur des Philippines,
Lauro Baja.
Lors d’une réunion
de préparation, qui a débuté il y a deux semaines et qui a pris
fin dimanche dernier au sein d’un groupe restreint de 12 à 15
membres afin de produire un texte proche de sa version définitive,
les diplomates réunis ont fait état de certains progrès, dimanche,
mais ont affirmé la difficulté de trouver un accord sur un document
final pour le sommet. « Les progrès sont lents, mais il y a
des progrès », a déclaré, samedi, l’ambassadeur d’Allemagne
à l’Onu, Gunter Pleuger. « On est optimiste, je crois que ça
avance », a dit son collègue de l’Ile Maurice, Jagdish Koonjul.
Les discussions ont porté essentiellement sur sept grandes questions
: développement, terrorisme, responsabilité de protéger les
peuples menacés de génocide, non-prolifération, droits de l’homme,
consolidation de la paix, et surtout élargissement du Conseil
de sécurité, élément phare de la réforme de l’Onu. Selon un
diplomate qui a participé à la réunion de préparation, les progrès
les plus marquants concernent la question du développement.
« Comme c’est le thème qui importe le plus à 80 % des Etats
membres, cela nous donne espoir », a-t-il dit sans entrer dans
les détails des progrès effectués. « Nous avons toujours des
problèmes sur certaines questions majeures, comme le Conseil
des droits de l’homme, car il y a une opposition très décidée
», a-t-il ajouté. Le remplacement de l’actuelle Commission des
droits de l’homme, discréditée par un conseil dont les membres
seraient tenus à de stricts critères en la matière, se heurte
à l’opposition de nombreux pays du tiers-monde, ainsi que de
la Chine et de la Russie. Une autre question difficile, a-t-il
poursuivi, est celle de la responsabilité de protéger les peuples
menacés de génocide. L’idée est d’autoriser l’action contre
les Etats non désireux ou incapables de protéger leurs populations,
pour éviter un nouveau Rwanda. Ce concept rencontre l’opposition
du groupe des 77.
Le dossier le plus
épineux de la réforme s’avère être l’élargissement du Conseil
de sécurité, censé permettre à l’Onu d’élargir la présence du
tiers-monde. Sa version la plus prometteuse était la proposition
déposée en juillet à l’Assemblée générale par le G4 (Allemagne,
Brésil, Inde, Japon) visant à faire passer le Conseil de sécurité
de 15 à 25 membres, avec six nouveaux sièges permanents sans
droit de veto et quatre non permanents. Selon ce schéma, les
nouveaux sièges permanents devaient aller au G4 et à deux pays
africains à désigner par l’Union Africaine (UA). Mais les Africains,
menés par l’Algérie et l’Egypte, ont insisté pour présenter
leur propre projet, prévoyant un Conseil de sécurité de 26 membres,
avec six nouveaux sièges permanents dotés du droit de veto,
dont deux attribués à des pays africains, et cinq sièges non
permanents, dont deux iraient également à l’Afrique. Cette position
est considérée comme irréaliste car les cinq permanents actuels
(Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie) refusent
de partager le privilège du droit de veto. Selon les experts,
l’élargissement du Conseil de sécurité est remis aux calendes
grecques et nul ne sait s’il verra le jour. Pessimiste, Kofi
Annan a exclu un accord sur ce sujet lors du sommet : « Il n’y
aura pas d’accord sur ce point lors du sommet. Les Etats membres
ne sont pas prêts à une telle réforme pour le moment », a dit
M. Annan, espérant parvenir à un accord « d’ici la fin de l’année
». Tout au long de cette semaine, M. Annan n’a cessé d’exprimer
son inquiétude quant à la possibilité de l’échec du sommet.
« L’heure tourne. Je suis très inquiet à l’idée, qu’en dépit
de quelques signes de progrès, la réforme puisse ne pas être
finie à temps », a mis en garde M. Annan, appelant le monde
entier à travailler côte à côte pour rendre la planète plus
juste, plus libre et plus sûre.
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