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Turquie-Chypre.
A trois semaines du début des
négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne,
Nicosie fait pression pour une reconnaissance officielle de
l’île. |
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Chypre questionne
l’adhésion turque |
Dans
le contexte du différend turco-chypriote, l’ouverture des
négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne
(UE), le 3 octobre prochain, pourrait sérieusement partir
d’une chute des soutiens à la fois politique et populaire.
Pourtant, le
premier ministre grec, Costas Caramanlis, a affirmé dimanche
dernier que la reconnaissance de l’île de Chypre par la Turquie,
candidate à l’UE, était une « question de principe ». Il faisait
ainsi écho à la récente demande par le gouvernement chypriote
de la tenue, le 26 septembre prochain, d’une réunion extraordinaire
des ministres européens des Affaires étrangères. Cette réunion
est, d’après Chypre, la seule solution à sa reconnaissance
par la Turquie. Elle devrait avoir lieu une semaine seulement
avant l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie,
prévue pour le 3 octobre. Dans ce contexte, les déclarations
du gouvernement chypriote semblent destinées à réanimer le
contentieux européen sur l’adhésion de la Turquie. « La question
d’une réunion n’est ni écartée, ni décidée, mais nous préférerions
ne pas en avoir besoin », a répondu, vendredi 9 septembre,
la Grande-Bretagne, qui assure la présidence de l’UE.
De fait, les
gouvernements européens sont divisés sur la question de l’adhésion
turque. Face à cette situation, Chypre a fait part de son
scepticisme sur la capacité de l’Union européenne à s’entendre
sur une réponse commune à la Turquie, concernant le refus
par Ankara de reconnaître la République de Chypre, membre
de l’Union européenne depuis le 1er mai 2004. « J’ai désormais
un sérieux doute sur le fait qu’une contre-déclaration soit
adoptée », a déclaré vendredi le chef de la diplomatie chypriote,
George Iacovou, tout en reprochant à Londres de se laisser
influencer par les « protestations » d’Ankara.
Depuis plus d’un
mois, la République de Chypre et la Turquie, qui ne reconnaît
que la partie turque de l’île, connaissent un regain de tension.
Le 29 juillet dernier, la Turquie a signé « le protocole d’Ankara
» qui étend son accord douanier aux dix nouveaux membres de
l’UE, dont Chypre. Cette signature était la dernière condition
demandée à Ankara pour entamer les négociations d’adhésion.
Mais la Turquie y a adjoint une déclaration stipulant que
ce texte n’avait pas valeur de reconnaissance officielle de
la République de Chypre. Elle a annoncé par la suite n’avoir
aucune intention d’ouvrir ses ports et ses aéroports aux navires
et aux avions chypriotes grecs. Pour le premier ministre grec,
M. Caramanlis, « il n’est pas possible pour un pays qui souhaite
entamer des négociations avec l’Union européenne de ne pas
respecter les obligations auxquelles il s’était auparavant
engagé », ajoutant qu’Ankara a « malheureusement lié le protocole
(à) une déclaration unilatérale qui crée un problème ».
La ferme attitude
d’Ankara s’explique, entre autres, par le fait qu’elle avait
soutenu le plan de paix des Nations-Unies mettant fin à la
partition de l’île. Mais elle fut désavouée par les résultats
du référendum tenu en avril 2004. La République turque de
Chypre du Nord, autoproclamée en 1983, le secteur turc, avait
massivement voté pour la réunification de l’île alors que
le secteur grec (Chypre) s’était prononcé contre le projet
onusien. Ces résultats, très décevants pour la Turquie, avaient
eu pour conséquence un regain de tensions entre les secteurs
grec et turc.
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Doutes sur l’adhésion
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Beaucoup de pays
européens souhaitent une déclaration très ferme envers la
Turquie. Mais d’autres, dont le Royaume-Uni, s’inquiètent
des effets d’une formulation trop sèche. Ainsi, Jack Straw,
le chef de la diplomatie britannique, met en garde dans les
colonnes de l’International Herald Tribune contre la possibilité
d’une « crise au pas de notre porte », si l’UE ne tient pas
ses promesses à l’égard d’Ankara. « Agir autrement compromettrait
non seulement la crédibilité de l’UE, mais pourrait aussi
mettre en danger les progrès considérables déjà réalisés en
Turquie », ajoute-t-il. Rappelant que le pays frappe aux portes
de l’Union européenne depuis 1987.
Dans ce contexte,
les ministres européens des Affaires étrangères, réunis à
Newport (Pays de Galle), jeudi et vendredi derniers, se sont
vus soumettre par la présidence britannique un premier projet
de contre-déclaration. Ce texte regrette les déclarations
turques, exige la fin des entraves à la libre circulation
des marchandises et avertit Ankara que les négociations précises
sur les transports ne pourront commencer que si ses ports
et aéroports sont ouverts aux bateaux et aux avions chypriotes.
La France se montre réticente à ce texte, jugé trop peu précis,
pas assez ferme. Elle demande que le terme « reconnaissance
» (de la République de Chypre) y figure en toutes lettres.
Quant à Vladimir Muler, le ministre des Affaires européennes
de la République tchèque, il a jugé vendredi dernier « inacceptable
qu’un membre de l’Union européenne ne soit pas reconnu par
un pays candidat ». Pour sa part, Chypre, qui reproche au
Royaume-Uni une position qu’elle juge « pro-turque », a déjà
rejeté plusieurs projets de contre-déclaration, estimant qu’ils
ne forçaient pas suffisamment la Turquie à respecter ses obligations.
Une déclaration
entre les 25 est actuellement en cours afin de répondre aux
prises de position turques, sans pour autant remettre en cause
l’échéance du 3 octobre. Pour Jack Straw, l’entrée de la Turquie,
« un pays laïque avec une population musulmane majoritaire
(...), serait un symbole puissant » pour l’image de l’UE,
résumant l’enjeu à un choix entre une « Europe repliée sur
elle-même ou une Europe ouverte au reste du monde ». Mais
le soutien populaire à une éventuelle adhésion turque semble
s’éroder depuis l’année dernière, comme le montre un sondage
international publié mercredi dernier. L’enquête menée dans
les pays de l’UE et en Turquie par le centre de recherches
German Marshall montre que 29 % des Européens interrogés estiment
qu’une telle adhésion serait « une mauvaise chose ». Ces chiffres
attestent d’une augmentation de neuf points par rapport à
2004 (20 %). En Turquie, bien que ce soutien reste élevé,
il a chuté de dix points par rapport à 2004, pour atteindre
63 % .
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Laïlla Chougonu |
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