Les
Indiens misent sur des relations anciennes avec l’Afrique et
la solidarité Sud-Sud, réaffirmée notamment en avril dernier
à l’occasion du 50e anniversaire du sommet afro-asiatique de
Bandung pour développer leur économie. Ce qui ne les empêche
pas de se retrouver en concurrence directe dans bien des pays,
comme en Angola en 2004, la Chine réussissant à souffler au
dernier moment à la société indienne ONGC-Videsh une participation
de 50 % du bloc 18 dans l’offshore angolais. Selon des experts
indiens, la Chine a emporté la partie car elle s’était bien
placée en ouvrant une ligne de crédit de 2 milliards de dollars
pour des projets d’infrastructures, alors que les Indiens n’avaient
proposé qu’une aide de 200 millions de dollars pour la reconstruction
de chemins de fer. Le crédit offert par l’Exim Bank chinoise
au taux d’intérêt privilégié de 1,5 % par an devrait être remboursé,
selon certains experts, par la livraison de 10 000 barils/jour
de brut pendant dix-sept ans.
Au Soudan, Chinois et Indiens ont fini par
collaborer, le régime de Khartoum, critiqué par la communauté
internationale à cause du Darfour, faisant les yeux doux aux
deux. Le pétrole soudanais représente actuellement près de 7
% des importations chinoises de brut. La compagnie publique
China National Petroleum Corporation (CNPC) a financé le développement
du champ de Muglad, qui devrait produire plus de 500 000 barils/jour
dès cette année, une raffinerie d’une capacité de 2,5 millions
de tonnes par an et la construction d’un oléoduc de 1 500 km
pour l’exportation à partir d’un terminal sur la mer Rouge.
Selon des experts chinois, Pékin a investi 3 milliards de dollars
dans ce projet qui constitue le plus important investissement
chinois à l’étranger.
La CNPC coexiste, au sein du consortium Greater
Nile Petroleum Operating Company, avec la société nationale
Sudapet, le groupe malaysien Petronas et le groupe indien ONGC
Videsh. En 2003, cette entreprise publique a fait de nouveaux
investissements dans la prospection et la production de pétrole
au Soudan et a remporté les contrats de construction d’un oléoduc
de 720 km et de modernisation d’une raffinerie. Le ministre
soudanais des Affaires étrangères, Moustapha Osmane Ismaïl,
a indiqué début juin que la Chine avait investi en tout 4 milliards
de dollars dans le secteur pétrolier et prévoit de dépenser
encore huit milliards au Soudan ces deux prochaines années.
Il a noté que les investissements indiens dans ce secteur atteignaient
2,2 milliards de dollars et a invité l’industrie indienne à
faire davantage, en promettant « un traitement préférentiel
». Le premier ministre indien, Manmohan Singh, a de son côté
laissé entendre que son pays était prêt à accorder une ligne
de crédit de 500 millions de dollars au Soudan. L’Inde importe
quelque 70 % du pétrole qu’elle consomme et a lancé une offensive
diplomatique pour assurer sa sécurité énergétique. Outre le
Soudan et l’Angola, Pékin et New Delhi s’intéressent à plusieurs
autres pays pétroliers comme le Nigeria, la Libye mais aussi
le Tchad et certains pays du Sahel.
Les deux « géants » asiatiques ont également
des activités en Afrique dans de multiples secteurs : travaux
publics, infrastructures, formation, etc. Ainsi, dans la ville
sénégalaise de Thiès, une nouvelle entreprise, Senbus, assemble
des autobus destinés aux marchés nationaux et régionaux grâce
à un partenariat entre investisseurs sénégalais et Tata International,
l’une des plus importantes sociétés indiennes. Senbus n’est
qu’un exemple parmi d’autres de ces échanges bilatéraux. En
2004, l’entreprise industrielle la plus importante du Sénégal,
qui fabrique des produits chimiques, devait exporter pour 155
millions de dollars d’acide phosphorique vers l’Inde. De son
côté, le gouvernement indien forme cadres et techniciens sénégalais,
appuie des projets concernant le riz, le coton, l’énergie solaire
et les nouvelles technologies de l’information. Il étudie également
la possibilité d’une ligne de chemin de fer entre le nord et
le sud du Sénégal.
L’informatique est l’un des points forts de
l’Inde qui a proposé de partager ce savoir-faire avec les Africains,
utilisant notamment l’Ile Maurice, où vit une importante communauté
d’origine indienne, comme tête de pont. On retrouve d’ailleurs
des communautés d’origine indienne aussi bien en Afrique de
l’est qu’australe. D’où des relations commerciales anciennes,
notamment dans le domaine des pierres et métaux précieux. L’Inde
occupe le premier rang pour la taille des diamants mais commence
à s’inquiéter d’une concurrence chinoise qui se manifeste avec
force depuis deux ans.