Palestine
. Après le retrait des
israélien de la bande de Gaza, l’Autorité doit s’atteler
au rétablissement de l’économie. La tâche est considérable
dans un environnement politique où l’incertitude domine. |
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Reconstruire
au bon vouloir d’Israël |
Très
peu, voire pas d’atouts. Un taux de chômage de 26 %, des
fuites en masse des investissements, une économie très
dépendante, une infrastructure misérable. Telle est, aujourd’hui,
la situation de l’économie palestinienne. C’est néanmoins
à partir de ce triste constat que l’Autorité palestinienne
doit la reconstruire après le retrait israélien de la
bande de Gaza. Les politiciens et les économistes palestiniens
ont certes la tête pleine de rêves et d’espoirs. Mais
l’Autorité palestinienne ignore encore quelles seront
les conditions posées par les Israéliens suite à leur
retrait. Ainsi, le rétablissement de l’économie palestinienne
dépendra de la bonne volonté d’Israël et du degré de stabilité
politique qui résultera du retrait. A cet égard, deux
scénarios sont possibles. Le plus optimiste estime que
le retrait d’Israël sera équitable, donnant aux Palestiniens
le contrôle des frontières et la liberté de mouvement
des personnes et des marchandises. Cependant, il est plus
probable que l’Etat hébreu mette en application un autre
plan. Déjà, il a révélé son intention de vouloir déplacer
le point frontalier de Rafah entre la Palestine et l’Egypte
et faire des frontières tripartites où il serait représenté.
« C’est déjà un très mauvais signe. La situation n’est
pas encourageante. Le retrait devrait être automatiquement
accompagné d’un contrôle palestinien sur l’espace aérien,
terrestre et maritime. Mais nous devons encore négocier
notre droit à réparer et ouvrir l’aéroport de Gaza et
le port. Rien n’est encore très clair », relève Nidal
Sabri, doyen de la faculté d’économie de l’Université
de Bir Zeit. Pour pouvoir assumer ce contrôle, les Palestiniens
affichent des revendications indispensables : liaison
entre la Cisjordanie et la bande de Gaza, liberté d’échange
de marchandises et de mouvement des personnes ainsi que
liaison entre Gaza et le reste du monde à travers le passage
de Rafah. « Sinon, le retrait fera de Gaza une grande
prison et la situation économique sera encore pire »,
assure à Al-Ahram Hebdo Hassan Abu-Libdeh, ministre palestinien
du Travail et des Affaires sociales.
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Le défi du chômage |
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Quelles que soient les conditions posées
après le retrait, les Palestiniens ont beaucoup à faire
pour reconstruire leur économie. Car cinq ans après le
déclenchement de la deuxième Intifada en 2000, la situation
de l’économie palestinienne a beaucoup régressé, après
avoir atteint son apogée en 1999, où le Produit Intérieur
Brut (PIB) a enregistré une hausse de 10 % par rapport
à l’année précédente. Par ailleurs, le taux de chômage
avait considérablement baissé pour atteindre 11 % juste
avant le blocus israélien.
En réalité, le chômage est le plus grand
défi de l’économie palestinienne puisqu’aujourd’hui, son
taux est de 26 %. Le nombre de chômeurs est estimé à 272
000 personnes, dû au blocus imposé par Israël en 2000.
145 000 ouvriers travaillant en Israël, soit 20 % de la
main-d’œuvre palestinienne, ont perdu leur emploi du jour
au lendemain. Le taux de chômage dans les territoires
palestiniens s’est même rapproché des 40 % à certains
moments. Désormais, seuls 14 000 ouvriers travaillent
en Israël. Et leurs emplois sont toujours menacés par
le moindre problème sécuritaire. « Les jours où Israël
ferme les frontières, le taux de chômage dans les territoires
palestiniennes croît énormément. Il a atteint les 60 %
certains jours », assure Samir Radwan, directeur exécutif
du Forum des recherches économiques (ERF). De plus, Israël
a annoncé que vers 2008, il fermerait totalement ses portes
à la main-d’œuvre palestinienne. Une décision que les
responsables de l’Autorité palestinienne veulent renégocier.
Pour combattre le chômage, les responsables palestiniens
ont eu recours au recrutement massif dans le secteur public.
Le nombre de ses employés s’élève à 133 000, soit 20 %
de la main-d’œuvre palestinienne. Une mesure qui d’un
côté a réduit le taux de chômage mais d’un autre a porté
un coup dommageable au budget. L’Autorité palestinienne
prend des mesures pour limiter l’emploi dans le secteur
public, mais la tâche est difficile car la population
palestinienne est très jeune. Ce qui se reflète sur le
marché du travail, où 50 000 personnes y entrent chaque
année. Mais « pour fournir un emploi à 100 000 personnes,
il nous faudrait un investissement de 2 milliards de dollars
», annonce Bassim Makhoul, professeur d’économie à l’Université
El-Najah. Or, les investissements sont très peu nombreux
en Palestine. Le budget de l’Autorité a atteint à peine
les 2 milliards de dollars en 2005. Les services sociaux
et la sécurité absorbent la partie majeure du budget avec
40,9 % et 24,1 % respectivement. Les sommes consacrées
à l’investissement sont donc faibles. Le budget est surtout
utilisé à payer les salaires des fonctionnaires qui absorbent
60 % du budget courant et 48 % de la totalité du budget.
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Recettes limitées |
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D’un autre côté, les recettes de l’Autorité
palestinienne sont limitées. Les impôts indirects et les
douanes — fixés par Israël et que l’Autorité ne peut modifier
— ainsi que les aides extérieures forment la majeure partie
des revenus. Le 1/3 de ce budget provient des aides extérieures.
« On ne possède pas d’autres recettes. Pas de titres financiers,
pas de revenus sur les propriétés, ni de monnaie nationale
», explique Nidal Sabri.
Quant aux investissements privés, ils
sont également très maigres en raison de l’instabilité
politique. « Il n’existe pas de vrais investissements
», annonce Nidal Sabri. Et d’ajouter que les investissements
sont surtout publics, et ont lieu grâce aux aides extérieures.
De plus, la majorité des sommes consacrées à l’investissement
sont utilisées dans des projets d’infrastructures. « Il
n’y a presque pas d’Investissements Etrangers Directs
(IED). Le secteur privé palestinien est restreint. Ses
investissements ont lieu principalement dans les domaines
de l’habitat et de la construction ou bien des services
qui est le plus grand secteur de l’économie palestinienne.
Quant à l’industrie, elle n’est pas reluisante. La Palestine
a très peu de chance d’être un pays industriel », résume
Sabri. Entre 1995 et 2000, les IED avaient connu une certaine
augmentation mais ont régressé considérablement au cours
du quatrième trimestre de 2000. Ainsi, le ratio des investissements
au PIB dans les territoires palestiniennes qui est passé
de 16 % en 1999 à 35 % en 2001, a chuté à 10 % en 2002
et 2003.
L’enjeu est donc clair. Plus de stabilité
politique implique davantage de développement économique.
Et vice-versa. Selon différents experts, la Palestine
possède des potentiels encore inexploités dans différents
secteurs. En tête, vient celui du tourisme grâce à l’énorme
patrimoine historique et religieux. Mais là, il s’agit
d’un des secteurs les plus sensibles à la stabilité politique.
Et selon Samir Radwan, il est très prometteur. « Après
l’accord d’Oslo, le flux des touristes en Palestine a
été étonnant. C’est un indicateur du rôle que peut jouer
ce secteur si les conditions sont propices », assure-t-il.
Pour Nidal Sabri, tout ce qui touche aux services est
également important. « Nos banques sont très développées,
même plus que dans d’autres pays de la région. Les dépôts
ont dépassé les 5 milliards de dollars. Soit bien plus
qu’en Jordanie, au Yémen et au Soudan », fait-il savoir.
Le secteur des technologies de l’information et des logiciels
peut être lui aussi compté parmi un secteur d’avenir en
Palestine. Mais tout dépendra des évolutions politiques
dans la région.
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Marwa
Hussein |
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3 QUESTIONS
A |
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Bassim
Makhoul,
professeur d’économie
à l’Université El-Najah et chercheur au Centre palestinien
des recherches (MAS).
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Al-Ahram Hebdo : Quelles sont vos prévisions
pour l’avenir économique dans la bande de Gaza après le
retrait israélien ?
Bassim Makhoul : La situation
économique dépendra avant tout des politiques israéliennes.
Si le retrait est accompagné d’une liberté de mouvement
des personnes et des biens rentrant ou sortant de la bande
de Gaza en plus d’un contrôle palestinien des passages
terrestre, aérien et maritime, l’économie avancera considérablement.
On parle d’aides internationales et de projets de développement
qui coûteront des centaines de millions de dollars dans
la bande de Gaza. Mais la réussite de ces projets et le
flux d’aide dépendront de la situation politique. La partie
israélienne n’a pas encore décidé quelle sera la situation
de Gaza après le retrait. Y aura-t-il un contrôle palestinien
du passage de Rafah ? Le port et l’aéroport seront-ils
reconstruits ? Tout cela est encore inconnu. La bande
de Gaza est une ligne frontalière très mince d’une population
dense et avec des taux de pauvreté et de chômage trop
élevés. On a besoin d’ouvrir des frontières avec le monde
à travers le passage de Rafah et d’avoir un passage sécurisé
entre la bande de Gaza et la Cisjordanie.
— Vous réclamez plus d’indépendance de
l’économie palestinienne. Le pays possède-t-il les ressources
qui le permettent ?
— L’économie palestinienne possède des
ressources qui lui permettent d’être forte et durable
et de réaliser des taux de croissance élevés. Le problème
est que nous n’avons pas le contrôle de nos ressources
naturelles. C’est Israël qui contrôle l’eau et les terrains.
On ne contrôle pas non plus les passages internationaux,
terrestres, maritimes ou aériens. On ne contrôle pas l’électricité
qu’on importe d’Israël. On n’exporte et n’importe pas
librement. Si les territoires palestiniens sont libérés
et l’occupation terminée, l’Autorité palestinienne a des
capacités qui nous permettent de construire une économie
forte et durable. Ce qui n’est pas possible dans les conditions
actuelles. En fait, la Palestine compte parmi les pays
recevant le plus d’aides, avec 250 dollars par habitant
et par an entre 2000 et 2004. Ces aides ont créé des distorsions
dans la mentalité palestinienne qui dépend beaucoup des
aides. A mon avis, il faut créer des mécanismes pour diminuer
la dépendance sur les aides. Tout retard ou diminution
d’aide affectera gravement l’économie du point de vue
politique et social si elle n’est pas préparée. En plus,
ces aides ont été utilisées dans des domaines comme les
secours humanitaires, et pas dans des domaines de développement.
Et donc, elles n’ont pas aidé à créer un développement
économique durable.
— La situation de l’économie palestinienne
est cependant spéciale car parfois les personnes ont besoin
d’une aide rapide pour pouvoir survivre. Comment peut-on
transformer ces aides de secours en aide pour les projets
d’investissement ?
— On ne peut pas annuler les aides de
secours mais il est possible d’en utiliser une partie
comme aide au développement. C’est-à-dire qu’au lieu de
construire une rue ou le mur d’une école ou d’un hôpital,
on utilise l’argent pour construire une ferme, ou bonifier
des terrains et apprendre à les cultiver. Nous avons des
paysans pauvres qui cultivent des terrains ; on peut leur
acheter un tracteur, leur fournir des engrais ou des graines
ou peut-être du bétail. Nous pouvons aussi organiser des
formations professionnelles. Les aides de secours ne sont
pas productrices. Si vous me donnez de l’argent, je vais
l’utiliser aujourd’hui, mais demain j’en demanderai encore.
Il faut donc mieux apprendre à pêcher plutôt que donner
un poisson, comme le dit le proverbe chinois.
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| Propos
recueillis par
Marwa Hussein |
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