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Une lecture inquiétante des résultats des élections
Mohamad Al-Sayed Saïd
Vice-directeur du CEPS d’Al-Ahram

Comme prévu, le président Moubarak a remporté une grande victoire aux présidentielles du 7 septembre. Un exploit qui sera certes célébré par les médias. Sans compter les fêtes qui seront organisées à cette occasion.

Mais ce serait une grande erreur de la part des partisans du président de se contenter de cette ambiance euphorique. Ils doivent plutôt se lancer dans une relecture des résultats et des importants messages du vote.

L’un des plus importants messages est le taux de participation aux élections, estimé à 23 % uniquement. Cela signifie que les trois-quarts des Egyptiens figurant sur les listes électorales se sont abstenus de voter lors de ces premières présidentielles multipartites. Parmi les 32 millions d’électeurs inscrits sur ces listes, il faut soustraire les 3 millions d’Egyptiens vivant à l’étranger. Ainsi que les illettrés et les démunis pour qui la politique n’a aucune importance. En outre, environ un quart des Egyptiens adultes ne sont pas inscrits sur les listes électorales. Tout cela signifie que le président a été élu par un nombre qui ne dépasse pas un cinquième des Egyptiens. La raison en est que les citoyens ont longtemps été exclus de la vie politique. Le régime en est certes le responsable, et il en paye le prix pour la première fois, le président Moubarak ayant été privé de l’appui d’un très grand nombre de citoyens qui auraient pu l’élire. La bataille politique s’est donc déroulée au sein d’une minorité presque isolée de la population. L’Etat doit comprendre clairement ce message et en tirer cette importante conclusion : il est nécessaire de ranimer la vie politique en procédant à de réelles réformes démocratiques qui font sentir aux citoyens que leurs voix pourraient être déterminantes. En effet, le pouvoir ne peut plus ignorer qu’il souffre vraiment d’un grand problème relatif à sa manière de gouverner le pays.

Diverses sources ayant supervisé les présidentielles du 7 septembre ont remarqué qu’il y avait eu des abus dans le processus de vote. Par exemple, des électeurs inscrits sur les listes ne se sont pas rendus aux urnes et d’autres personnes ont voté à leur place. Ce genre de pratiques montre que ce suffrage s’est déroulé sur le modèle des élections qui se tiennent en Egypte depuis la Révolution de Juillet 1952. C’est un fait qui doit être considéré avec un très grand intérêt par la classe politique. Plus important encore est de reconnaître que le contrôle judiciaire sur ces élections n’a pas été total, contrairement à ce qu’a annoncé la commission électorale. Cela étant, une commission d’enquête doit être formée afin de dévoiler toutes les réalités. On peut ensuite traiter en toute transparence et intégrité, dans le calme et sans tension, les tares et les problèmes qui se sont manifestés.

Une lecture du suffrage nous permet de mettre le doigt sur un autre grand problème se rapportant à la qualité du vote et à l’appartenance sociale de ceux qui se sont rendus aux urnes. La classe moyenne vivant dans les grandes villes, celle qui a conduit le projet national égyptien au cours d’un siècle était presque absente des bureaux de vote. Ceci signifie que l’ordre politique établi a perdu cette classe ou du moins son enthousiasme. Ceci est probablement le problème politique le plus important en Egypte. Cette classe moyenne pense en effet que l’ordre politique ne la représente plus. Partant, elle a affiché de l’indifférence vis-à-vis du vote. Pourtant, grâce à son niveau d’éducation et de culture, elle constitue la classe la plus apte à participer à la direction du pays. Cette classe qui a été le moteur de la société et de la politique en Egypte pendant près d’un siècle se sent marginalisée. Mais cela ne signifie pas qu’elle ne s’élèvera pas contre le gouvernement s’il ne prend pas ses problèmes en compte.

Ceux qui ont voté aux élections sont les pauvres des villes et des villages, c’est-à-dire la classe ouvrière et rurale. C’est ici que réside le paradoxe. Si nous envisageons l’ordre politique comme étant le reflet de l’ordre social, nous trouverons que certains observateurs disent vrai lorsqu’ils répètent que « les gens les plus corrompus dirigent grâce au vote des gens les plus démunis ». Pourtant, l’ordre politique pourrait s’enorgueillir du fait que ce sont les classes pauvres qui ont donné leur voix au président Moubarak. Ce qui écarte la théorie selon laquelle le pouvoir établi ne représente que les intérêts des riches. Si ces pauvres n’avaient rien trouvé dans les politiques et les positions de Moubarak qui sert leur intérêt, ils n’auraient pas voté pour lui. Ils auraient pu dans ce cas se comporter comme la classe moyenne et se contenter de rester à la maison et dans les cafés. Le fait que le régime dépende absolument des voix des pauvres signifie qu’il leur est redevable en permanence. En effet, les pauvres, notamment la classe ouvrière, comprennent cette réalité et vont s’en servir avec le temps. Si ce régime ne réalise pas de bons résultats, il tombera spontanément car à l’avenir il n’obtiendra plus facilement les voix de ces pauvres qui ont voté Moubarak.

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