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Remarques préliminaires sur les présidentielles

Par Mohamed Sid-Ahmed

La réélection du président Moubarak pour un cinquième mandat avec près de 90 % des voix ayant participé au scrutin n’est guère une surprise. La surprise est qu’Aymane Nour (parti Al-Ghad) occupe la deuxième place après le président Moubarak avec une différence de voix entre lui et Noamane Gomaa (parti du néo-Wafd) dépassant le total de votes obtenus par ce dernier.

Il est difficile de savoir ce qui s’est réellement passé. Il existe plusieurs références, celle gouvernementale et celle des forces d’opposition. Avant d’analyser ce qui s’est passé, il faut s’entendre sur le sens des informations. C’est un dilemme lorsque les réalités se rapportent au destin d’une nation et à son avenir dans des circonstances locales, régionales et internationales extrêmement complexes.

Selon Al-Ahram, le vice-président du parti néo-Wafd aurait déclaré que 90 % des voix obtenues par le président du parti Al-Ghad proviendraient des Frères musulmans. Le fait qui indique que la bataille s’est déroulée entre les partisans du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) et les membres de la confrérie des Frères musulmans, comme prélude aux élections législatives prévues pour novembre prochain.

Nous verrons donc comment les élections présidentielles influenceront la formation de l’Assemblée du peuple. Qui sera en meilleure position pour orienter les politiques, ouvertement ou secrètement, de manière directe ou indirecte ?

Je suis contre les comparaisons qui mènent généralement au simplisme. Cependant, nous nous trouvons face à un jeu tripartite qui mérite notre attention, celui qui a découlé des élections présidentielles et législatives françaises de mai 2002. Des élections qui ressemblent étrangement aux élections égyptiennes de septembre 2005.

En France, la surprise fut que 20 % seulement des électeurs ont voté pour le président Jacques Chirac au premier tour des élections. Pour la première fois, le parti d’extrême droite de Le Pen, que la majorité des Français considère comme un parti aux tendances fascistes, est arrivé en deuxième position. Le Parti Socialiste (PS) de Lionel Jospin fut troisième. Ce qui signifie que le PS a été écarté de la concurrence entre la droite et la gauche. La concurrence s’étant limitée à la droite et l’extrême droite. Il n’y avait qu’une seule issue à cette impasse, que la gauche vote pour la droite, c’est-à-dire que la gauche sacrifie sa présence à l’Assemblée nationale pour empêcher que l’extrême droite elle aussi ne soit présente au Parlement.

Le même jeu se répète aujourd’hui en Egypte. Le président Moubarak se trouve à la même place que le président Chirac, Aymane Nour à la place de Le Pen et Noamane Gomaa à la place de Jospin.


Les affrontements de la période à venir

Il semble donc que l’axe des affrontements durant la période à venir sera entre le PND d’une part, et les Frères musulmans d’autre part. Chaque partie essaiera d’attirer les autres forces en provenance des différentes scènes. Aymane Nour pourrait avoir un rôle central dans cet affrontement. En effet, sa performance lui prédit de jouer un rôle éminent, notamment après l’échec de Noamane Gomaa de le devancer au premier tour des élections présidentielles.

Je ne pense pas qu’il existe une coalition, ni même un rapprochement entre Aymane Nour et le PND. En effet, ces deux parties représentent deux pôles radicalement opposés, notamment en ce qui concerne leurs positions vis-à-vis de la diplomatie américaine. Ceci a été clairement révélé dans les paroles de Nour proclamant que les prochaines élections seront contre Gamal Moubarak !

Al-Ahram a écrit : « Le choix du président de la République parmi plusieurs candidats est la pierre angulaire du nouvel édifice démocratique ». Ce qui signifie que le nouvel édifice démocratique est l’opposé de l’ancien régime basé sur un seul parti, le PND. Il existe des conditions pour que la campagne électorale, présidentielle ou législative, soit réussie en ce qui concerne le nombre des candidats ainsi que la période consacrée à la campagne de chaque candidat. Cette période ne doit être ni trop courte ni trop longue, juste ce qu’il faut pour assurer la maturité du dialogue national afin qu’il atteigne le stade de l’interaction ou de la polarisation. Je ne pense pas que ce qui s’est passé jusqu’à présent ait abouti à la meilleure situation. Au contraire, il a permis de nombreuses lacunes dont nous devons tirer des leçons avant la campagne électorale de l’Assemblée du peuple.

Il faut d’abord que nous marquions une pause pour déterminer les aspects positifs et les aspects négatifs de tout le processus des élections présidentielles. Il est indispensable d’opérer une autocritique avant de passer à la prochaine étape, celle des élections législatives.

Dans ce contexte, je pense que le Rassemblement Progressiste Unioniste (RPU) a pris une décision importante qui a fait l’objet d’un dialogue sérieux, mais aussi de différends relatifs au boycott des élections. Cette décision était-elle juste ou fausse ? Est-elle encore correcte à la lumière de la réélection du président Moubarak pour un nouveau mandat avec les résultats officiels annoncés, des estimations contradictoires de la part des différents partis d’opposition ? Se préparer à une révision de décisions importantes et en vérifier le caractère opportun dans un contexte très compliqué est une chose vitale en ce moment délicat. En ce qui me concerne, je dois reposer cette question : Avais-je raison ou tort en demandant à Khaled Mohieddine dans mon article d’Al-Ahram de présenter sa candidature à la présidence en tant que représentant du RPU ? Il ne s’agit pas de sa santé ou de son âge, ni des considérations du règlement du parti qui impliquaient que je consulte son parti, voire même sa personne avant de franchir un tel pas. Puis, quel est le pas suivant ? Quelles sont les questions qu’il faut soulever pour poursuivre le processus de réforme avant l’inauguration de la nouvelle session de l’Assemblée du peuple ? Est-il valable de nous contenter de l’amendement de l’article 76 de la Constitution ou bien faut-il considérer la réforme de la Constitution comme un tout indivisible impliquant l’amendement d’autres articles, comme l’a signalé le président Moubarak à plus d’une reprise ?

Il s’agit d’un mécanisme où il faut poursuivre les opérations de développement de manière continue en tant que tout indivisible. S’il est vrai que le choix du président de la République parmi plusieurs candidats est la pierre angulaire du nouvel édifice démocratique, mettre un terme à l’état d’urgence est la pierre angulaire de l’instauration du nouveau régime.

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