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foule, en attente du vernissage, est inhabituelle pour
le Salon des jeunes. Des visages souriants, neutres ou
renfrognés. Les chuchotements traversent l'espace. Et
enfin, l’ouverture des portes du Palais des arts met un
terme à cette ambiance insolite.
Sont exposées
cette année 335 œuvres de 249 artistes, dont seulement
21 étrangers (provenant de la Jordanie, des Emirats arabes
unis, de l'Arabie saoudite, du Soudan, de l'Iraq, du Koweït,
de la Palestine, de la Libye, du sultanat d'Oman, de l'Allemagne,
des Etats-Unis et de la Bosnie). A l’entrée est placée
une sculpture en granit portant un carton signalant que
l’œuvre est titulaire du premier prix de sculpture.
La lauréate
du deuxième prix, Hala Abdel-Moneim, était parmi ceux
qui avaient une mine renfrognée. Pourtant, son œuvre colossale,
en fer et acier, se dresse en dehors du palais et revêt
un concept architectural assez spécial. L’artiste a voulu
dire par sa sculpture que « nous vivons emprisonnés dans
des formes déterminées, mais malgré tout, nous arrivons
à nous en sortir ».
« Je suis
contente de me lancer dans cette expérience pour la première
fois, à savoir construire une forme entièrement en métal.
Je suis cependant déçue d’avoir obtenu le deuxième prix,
d'autant plus qu’un grand nombre d'artistes m'ont exprimé
leur grande satisfaction », souligne-t-elle. Les critères
de choix ne sont pas clairs, selon certains jeunes artistes.
« A chaque
jury certainement son propre point de vue. Mais il y a
des éléments indispensables à toute œuvre d'art plastique.
C'est une honte que le comité de sélection décerne le
premier prix à une œuvre dont le niveau est inférieur
à la moyenne. Cela peut changer le parcours de plusieurs
autres artistes, jugeant que c'est ce genre de travail
qui est à même de décrocher des prix. Car qui dit jeunes,
dit nouveaux concepts », disent certains. D’aucuns trouvent
en fait que le niveau du salon va de mal en pis, tel le
graveur Saleh Abdel-Sabour. Son œuvre, réalisée sur ordinateur,
est dépourvue de couleurs, misant sur le contraste entre
le noir et le blanc. Ses lignes peuvent, en effet, se
traduire en paysage. N’ayant pas été primé, cela ne semble
pas le préoccuper. « Je fais ce que j'aime et si j’étais
à la recherche de prix, j'aurais travaillé différemment.
Je participe au salon depuis sa 9e édition et je constate
la détérioration du niveau ».
Abir Al-Sayed,
qui a reçu le troisième prix de photographie, confirme
toutefois que le niveau est bien meilleur cette année
: « La poterie s’est nettement distinguée. L'arbitrage
se fait par vote. Le vrai problème réside par contre dans
l’agencement des œuvres exposées. Des tableaux comme le
mien, ayant la forme d'un panorama, nécessitent beaucoup
plus d’espace ».
Le premier
prix de performance a été décerné à Chérif Morsi, qui
traite le thème de la stabilité. Il affirme à sa manière
que le changement est une nécessité de la vie. Ce diplômé
de la faculté de tourisme et hôtellerie a opté pour un
art basé sur le rapport entre la toile et un sujet dénudé
de toute construction dramatique, lequel est transmis
par le mouvement de l’acteur. Pour la première fois, selon
Morsi, l’œuvre de performance est exposée dans la salle
principale. Un sujet-tendance.
Le contexte
culturel change aussi d’une année à l’autre. Et remettre
en question l’avis du jury sur une œuvre donnée signifie
une méfiance à l’égard de tous les prix attribués. Dans
la foulée de son triomphe, le graveur Hayssam Nawwar tente
de donner ainsi un avis conciliateur. Ses deux tableaux
ont remporté le troisième prix du salon, traitant comme
d’habitude de la posture du corps humain.
Il est de
coutume que les jeunes idées audacieuses se présentent
à travers le salon, sans contrainte. Du coup, le vernissage
reflète souvent une veine de sentiments indescriptibles.
Déception et joie se mêlent dans les regards et paroles.
Et certains artistes étrangers sont beaucoup plus réservés
en exprimant leur opinion. « Tout le monde ne peut pas
apprécier une œuvre donnée de la même manière », explique
l’Omanais Bodour Al-Ryami, qui a reçu le prix de la meilleure
installation par un artiste étranger. L'éclairage joue
le beau rôle dans cette installation, représentant le
corps d’une femme et son ombre sur le sol.
Malgré tous
ses aléas, ce salon est un événement crucial pour les
jeunes en quête d'espaces et d'innovation. Cependant,
après dix-sept ans d'existence, il est peut-être temps
de le dépoussiérer un peu.
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