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Événement . La 17e édition du Salon des jeunes engage une polémique, devenue presque habituelle. Entre gagnants et perdants, les prix ne font guère l’unanimité.

La controverse des prix

20hla foule, en attente du vernissage, est inhabituelle pour le Salon des jeunes. Des visages souriants, neutres ou renfrognés. Les chuchotements traversent l'espace. Et enfin, l’ouverture des portes du Palais des arts met un terme à cette ambiance insolite.

Sont exposées cette année 335 œuvres de 249 artistes, dont seulement 21 étrangers (provenant de la Jordanie, des Emirats arabes unis, de l'Arabie saoudite, du Soudan, de l'Iraq, du Koweït, de la Palestine, de la Libye, du sultanat d'Oman, de l'Allemagne, des Etats-Unis et de la Bosnie). A l’entrée est placée une sculpture en granit portant un carton signalant que l’œuvre est titulaire du premier prix de sculpture.

La lauréate du deuxième prix, Hala Abdel-Moneim, était parmi ceux qui avaient une mine renfrognée. Pourtant, son œuvre colossale, en fer et acier, se dresse en dehors du palais et revêt un concept architectural assez spécial. L’artiste a voulu dire par sa sculpture que « nous vivons emprisonnés dans des formes déterminées, mais malgré tout, nous arrivons à nous en sortir ».

« Je suis contente de me lancer dans cette expérience pour la première fois, à savoir construire une forme entièrement en métal. Je suis cependant déçue d’avoir obtenu le deuxième prix, d'autant plus qu’un grand nombre d'artistes m'ont exprimé leur grande satisfaction », souligne-t-elle. Les critères de choix ne sont pas clairs, selon certains jeunes artistes.

« A chaque jury certainement son propre point de vue. Mais il y a des éléments indispensables à toute œuvre d'art plastique. C'est une honte que le comité de sélection décerne le premier prix à une œuvre dont le niveau est inférieur à la moyenne. Cela peut changer le parcours de plusieurs autres artistes, jugeant que c'est ce genre de travail qui est à même de décrocher des prix. Car qui dit jeunes, dit nouveaux concepts », disent certains. D’aucuns trouvent en fait que le niveau du salon va de mal en pis, tel le graveur Saleh Abdel-Sabour. Son œuvre, réalisée sur ordinateur, est dépourvue de couleurs, misant sur le contraste entre le noir et le blanc. Ses lignes peuvent, en effet, se traduire en paysage. N’ayant pas été primé, cela ne semble pas le préoccuper. « Je fais ce que j'aime et si j’étais à la recherche de prix, j'aurais travaillé différemment. Je participe au salon depuis sa 9e édition et je constate la détérioration du niveau ».

Abir Al-Sayed, qui a reçu le troisième prix de photographie, confirme toutefois que le niveau est bien meilleur cette année : « La poterie s’est nettement distinguée. L'arbitrage se fait par vote. Le vrai problème réside par contre dans l’agencement des œuvres exposées. Des tableaux comme le mien, ayant la forme d'un panorama, nécessitent beaucoup plus d’espace ».

Le premier prix de performance a été décerné à Chérif Morsi, qui traite le thème de la stabilité. Il affirme à sa manière que le changement est une nécessité de la vie. Ce diplômé de la faculté de tourisme et hôtellerie a opté pour un art basé sur le rapport entre la toile et un sujet dénudé de toute construction dramatique, lequel est transmis par le mouvement de l’acteur. Pour la première fois, selon Morsi, l’œuvre de performance est exposée dans la salle principale. Un sujet-tendance.

Le contexte culturel change aussi d’une année à l’autre. Et remettre en question l’avis du jury sur une œuvre donnée signifie une méfiance à l’égard de tous les prix attribués. Dans la foulée de son triomphe, le graveur Hayssam Nawwar tente de donner ainsi un avis conciliateur. Ses deux tableaux ont remporté le troisième prix du salon, traitant comme d’habitude de la posture du corps humain.

Il est de coutume que les jeunes idées audacieuses se présentent à travers le salon, sans contrainte. Du coup, le vernissage reflète souvent une veine de sentiments indescriptibles. Déception et joie se mêlent dans les regards et paroles. Et certains artistes étrangers sont beaucoup plus réservés en exprimant leur opinion. « Tout le monde ne peut pas apprécier une œuvre donnée de la même manière », explique l’Omanais Bodour Al-Ryami, qui a reçu le prix de la meilleure installation par un artiste étranger. L'éclairage joue le beau rôle dans cette installation, représentant le corps d’une femme et son ombre sur le sol.

Malgré tous ses aléas, ce salon est un événement crucial pour les jeunes en quête d'espaces et d'innovation. Cependant, après dix-sept ans d'existence, il est peut-être temps de le dépoussiérer un peu.

Lamiaa Al-Sadaty

Salon des jeunes. Au Palais des arts, jusqu’au 4 octobre. Terrain de l'Opéra. Tous les jours, de 10h à 13h30, et de 17h30 à 22h (sauf le vendredi).

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