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Cinéma . Pour la première fois depuis une quinzaine d’années, l’Organisme de la censure refuse la projection d’un film égyptien : La Nuit de la chute de Bagdad. Les cinéastes sont en émoi.

L’affaire Bagdad

Alors que les cinéastes et les critiques réclament depuis longtemps l’annulation de la censure pour débrider la créativité artistique, la voici qui frappe très fort. Le nouveau film Laylat soqout Baghdad (La Nuit de la chute de Bagdad) vient d’endurer le diktat des censeurs qui ont refusé d’emblée sa projection. Cela ne s’était pas passé depuis de longues années.

Le film, dont la sortie était prévue en août dernier, a été refusé pour des raisons un peu floues concernant plusieurs de ses scènes et ses idées. D’aucuns ont affirmé que l’Organisme de la censure a remis la discussion quant à l’autorisation de projection jusqu’à la fin des présidentielles, alors que d’autres ont souligné que la censure a refusé complètement la projection du film pour des raisons politiques. Ali Abou-Chadi, président de l’Organisme de la censure, a cependant nié que le film a été censuré.

« La censure n’a pas refusé le film, elle ne l’a même pas vu, puisque son équipe est encore au stade de préparation. Nous n’avons pas encore reçu une copie finale 35 mm du film pour le juger. La polémique actuelle n’est qu’une promotion gratuite, qui nuit autant au film qu’à la censure », affirme Abou-Chadi, négligeant qu’il a déjà donné son aval au scénario et que le changement censorial dans une copie 35 mm sera bien coûteux pour le producteur.

Par contre, Mohieddine Fathi, secrétaire général du Festival du cinéma d’Alexandrie, affirme pour sa part que le festival avait l’intention de projeter le film lors de sa dernière édition, mais le président de la censure a informé le festival que le film n’aura pas de permis vu qu’il est, selon lui, « un film porno » !

Ce que nie encore une fois Abou-Chadi qui s’annonce prêt à donner le permis « à n’importe quel festival pour projeter le film à condition qu’il y ait une copie finale respectant les normes de la censure ».

Bref, de quoi donner libre cours à la rumeur. Pour Mohamad Amin, auteur et réalisateur du film controversé, ce dernier a bel et bien été censuré, il crache sa rage : « La censure en Egypte c’est la loi du plus fort ; elle peut malheureusement étrangler les créations ». Et d’ajouter : « Le cinéma doit être le reflet de la réalité, dans tous ses aspects, et c’est ce que j’ai cherché à présenter à travers mon film qui n’est pas du tout politique. Il évoque la réalité de la société égyptienne qui refuse l’occupation américaine de l’Iraq ».

« La censure nous a fait des remarques sur le dialogue. Les phrases qui lui déplaisent ne sont que ce qu’on peut appeler l’avis de la masse silencieuse. L’Etat accorde le droit aux opposants de manifester dans les rues, et la censure rejette un film pour des alibis creux qui créent encore plus de tabous ! », s’exclame-t-il.

Ce deuxième long métrage de Mohamad Amin, après Film saqafi (Film X), aborde l’histoire d’un directeur d’école (le comédien Hassan Hosni) qui, sous l’effet des images sur l’occupation de l’Iraq, craint de manière obsessionnelle que son quartier cairote ne soit occupé par les forces américaines ! Il fait appel à un jeune scientiste (Ahmad Eid) afin de trouver une nouvelle invention capable de protéger le quartier contre toute agression. Celui-ci aboutit alors à inventer une sorte de nuages noirs capables d’aveugler les missiles des avions américains !!

Le flou entoure donc la sortie de ce film et le bruit court (encore un de plus) que le refus est dû à des raisons politiques, surtout à une scène où le héros fait en rêve l’amour avec une femme qui ressemble à la secrétaire d’Etat américain, Condoleezza Rice. C’est à Ali Abou-Chadi de répondre : « Notre décision n’a rien à voir avec la politique et il n’y a pas eu de pressions de la part de l’ambassade américaine en Egypte comme le prétendent d’aucuns ; les remarques de la censure concernent en fait certaines scènes et phrases portant atteinte à la pudeur publique ». Et de se justifier : « Nous ne sommes pas contre la liberté de création ni d’expression, mais on doit veiller à ce que les œuvres qu’on autorise ne soient pas osées. Il y a des lois à respecter pour l’intérêt du public ».

A l’opposé, Ahmad Eid, acteur principal du film, s’insurge contre ces justifications de la censure se disant « déçu par la dictature de la censure ». Il se défend : « La scène controversée du rêve n’est pas du tout sexuelle. C’est une scène comique, présentant un jeune marginal étouffé par la politique à tel point que son rêve d’amour, il le partage avec Condoleezza Rice. C’est un moyen de se défouler sans aucune expression osée. Est-ce que tous les films doivent être purement comiques pour qu’ils soient autorisés par les censeurs ?! », se demande le comédien qui a passé plus de trois ans à préparer ce film, insistant que l’annulation de certaines scènes le déformera sans doute. Quelle que soit l’issue de cette affaire, la sortie du film aura fait dans les cercles du cinéma presque autant de bruit médiatique que la chute de Bagdad.

Yasser Moheb et Karine Boushra

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Au revoir mes amis !

Fallait-il qu’ils meurent brûlés dans une petite salle crématoire à Béni-Souef, pour savoir que mes collègues et compagnons de route, artistes et critiques, étaient plus que des collègues ? Ce sont mes amis. Amis d’un long voyage dans les villes de province — de Port-Saïd à Assouan — d’un centre culturel à un palais de la culture ; mais plus que les kilomètres parcourus, c’est un voyage de solidarité avec les artistes, les plus démunis peut-être, les plus enthousiastes sûrement. Avec mes amis, on a toujours cru qu’en dehors du Caire, les forces vives du théâtre avaient leur mot à dire et leurs gestes à montrer. Considérés par l’Etat comme les parents pauvres des citadins urbains, ils ont une lutte à entreprendre dans les bourgs et les bleds : dépourvus de moyens minimum, ils doivent chercher la reconnaissance de l’Organisme de la culture populaire pour réhabiliter auprès de ses responsables la notion de théâtre et pour leur soutirer des millièmes afin de rendre heureux un public assoiffé de spectacles.

Lundi 5 septembre, dans une petite salle attenante au Palais de la culture de Béni-Souef, alors que se déroulait le Festival des clubs de théâtre et que la troupe du Fayoum était sur scène, une bougie parmi les éléments du décor tombe sur le sol ... plus vite que les ouragans les plus furieux, l’incendie ravage tout le monde. Mes amis présents brûlés par les feux d’une rampe moyenâgeuse sont les vrais artisans de notre corporation. Dans cette fournée, des jeunes, des moins jeunes et des plus vieux sont partis là où déjà ils mouraient de plaisir, les uns de donner à voir, les autres de recevoir. Mais la seule vraie mort, cruelle et traîtresse nous a coincés dans un rôle que l’on ne souhaitait pas, celui de spectateur d’un drame éprouvant. Amis, pour vous et au nom de ce théâtre pour lequel vous avez donné votre vie, nous jurons de continuer le voyage à la quête d’un art essentiel et nécessaire, responsable et beau. Digne des croyances et de l’effort que nous avons partagés.

Menha el Batraoui
 

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