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et modeste. Telle est l’impression qu’elle dégage. Et
lorsqu’elle parle, sa souffrance se mêle à la joie. «
J’ai mené une vie d’enfant gâtée. Issue d’une famille
aisée, je n’avais aucun problème et ignorais tout des
problèmes de la vie », raconte Nada Sabet. Avant que tout
bascule, le jour où elle a eu un enfant handicapé mental,
Magued. Depuis, son regard s’est ouvert sur beaucoup de
choses. « C’était la première fois que j’entendais parler
d’un enfant handicapé mental. Plusieurs questions ont
commencé à me préoccuper mais l’essentiel c’est que j’ai
appris à surmonter les crises », explique-t-elle.
La
douleur de Nada Sabet se ressent dans sa voix. Elle n’a
pas oublié les moments difficiles quand son propre fils,
paralysé, la fixait des yeux. Prières et lamentations
se succédaient. Son fils aîné, Mamdouh, est par contre
un enfant tout à fait normal. Mais son deuxième enfant
a été étouffé par son cordon ombilical pendant l’accouchement
et il a manqué d’oxygène. Après six voyages aux Etats-Unis,
la mère a dû se rendre à l’évidence : son fils est handicapé
mental. « Les médecins m’ont conseillée de le traiter
comme un chat ou un chien », se rappelle-t-elle. Jamais,
elle n’a pu tolérer la froideur des psychologues. C’est
pourquoi elle s’en est toujours remise à Dieu, implorant
Allah en lui posant la question : « Pourquoi m’avez-vous
fait un cadeau empoisonné ? Seigneur, j’ai du mal à interpréter
votre message, pourquoi un enfant comme ça ? ». Magued
a aujourd’hui 25 ans. Peu à peu, à force de courage et
de volonté, elle lui fait faire des progrès. « D’année
en année j’ai vu mon fils évoluer positivement. On peut
parler de miracle ».
Ses
séjours aux Etats-Unis lui coûtaient 800 dollars la nuit.
Son mari travaillait à l’époque en Libye et pour alléger
les frais de voyage, elle s’y déplaçait seule. Sans l’aide
de ses parents et de sa sœur aînée, elle n’aurait pas
pu s’en sortir. C’est alors que ça prend un nouveau tournant
quand elle perd ses parents, tous deux décédés dans un
accident de voiture. « Mes parents qui me soutenaient
ont disparu soudainement. Et j’ai dû faire encore plus
d’efforts pour aider mon fils ».
Croyante
et pratiquante, elle a toujours été persuadée que l’intervention
divine la sauverait. Elle fonde en 2000 Le Village de
l’espoir (Qariyet al-amal, à Borg Al-Arab) pour venir
en aide aux enfants déficients mentaux. Tirant profit
de son expérience personnelle, elle était persuadée que
cette pathologie était réversible à force de foi et de
patience. « En 1997, Magued a terminé son enseignement
scolaire. Ses capacités ne lui permettaient pas d’aller
plus loin. Par contre, il a pu obtenir 20 médailles d’or
et d’argent dans divers championnats de natation ».
Son
optimisme lui octroie une persévérance à toute épreuve.
« Même si je dois répéter 100 fois la même chose à mon
enfant, je ne me fatiguerai jamais. Car il finit par comprendre
ce que je veux dire », pense-t-elle à haute voix. « J’ai
beaucoup réfléchi avant la création du village sur la
manière d’exploiter l’hyper-activité de Magued, comment
la transformer pour qu’il soit productif ».
Nada
Sabet est donc plutôt du genre à prendre son temps. Elle
a observé longuement son entourage, a étudié minutieusement
son projet visant à apprendre aux handicapés à cultiver
la terre. « J’ai opté pour l’agriculture, car la plante
pousse lentement tout comme l’esprit de mon enfant ».
Le fait de posséder un morceau de terre à Borg Al-Arab
(à l’ouest d’Alexandrie) sur la route vers la Côte-Nord,
lui a donné la chance de concrétiser son rêve.
Parmi
les résidents du Village de l’espoir, des handicapés ont
balbutié leurs premiers mots durant la récolte. « En récoltant
les pommes de terre, ils ont crié batatès (pommes de terre
en arabe) », s’exclame-t-elle.
Nada
Sabet a pris part à de multiples conférences et stages
avant de présider son association. De même, elle a été
membre de plusieurs ONG, spécialisées dans le domaine
des handicapés mentaux. Ces derniers sont à présent l’objectif
d’une vie. Elle espère d’ailleurs changer un jour le regard
que la société porte sur eux. « Lorsque je promenais mon
fils au club, les mamans écartaient leurs enfants de notre
passage. Malheureusement, il existe encore des gens pour
qui les handicapés sont des êtres atteints d’une maladie
contagieuse », évoque-t-elle, en ajoutant que « pour être
exempté du service militaire, mon fils a été mis sous
surveillance pendant quelques jours dans un asile de psychiatrique
pour s’assurer qu’il était bien handicapé mental ».
«
Avoir un enfant handicapé n’est pas un crime », lance-t-elle,
en louant les efforts de la première dame d’Egypte visant
à offrir aux handicapés les soins dont ils ont besoin.
Le soutien qu’apporte Mme Suzanne Moubarak aux ONG prenant
en charge les handicapés l’a beaucoup encouragée à être
active dans la société civile. Elle ne cesse de se battre
pour que les femmes ne soient plus aussi passives. « Il
faut qu’on soit au courant de ce qui se passe autour de
nous. Et essayer d’y participer. Le volontarisme peut
débloquer d’innombrables situations et constituer un remède
à de nombreux problèmes ». Pour elle, il faut surtout
ne pas baisser les bras et frapper à toutes les portes.
Chargé
de lutter contre la déficience mentale, un groupe d’ONG
s’est réuni afin de former une alliance, Al-Monadah (Appel).
« On a abordé les difficultés qu’affrontent les handicapés
au quotidien, invitant les responsables à prendre des
mesures en faveur de cette catégorie de personnes marginalisées
», affirme Nada Sabet qui semble toujours prise dans un
tourbillon d’idées.
Puis
elle a été sélectionnée pour le prix Nobel de la paix
2005 dans le cadre d’un projet intitulé « 1 000 femmes
pour le prix Nobel 2005 ». Un projet consistant en effet
à sélectionner 1 000 femmes susceptibles de représenter
les millions d’entre elles œuvrant dans le monde entier
pour la paix, la justice, l’éducation et le développement.
« J’ai été très surprise par cette décision. J’ai su plus
tard que c’était l’Eglise évangélique d’Al-Attarine à
Alexandrie qui avait proposé mon nom ». Et d’insister
: « Même si beaucoup de journalistes ont dit que je suis
simplement candidate, je tiens à dire que mon nom figure
sur la liste finale, parmi 1 000 autres femmes, en provenance
de 150 pays ». Depuis sa création en 1901, seules 11 femmes
ont été lauréates du prix Nobel de la paix. Elle précise
qu’un ouvrage de 2 200 pages sera bientôt publié, présentant
la biographie de ces 1 000 femmes retenues. « J’attends
impatiemment la publication de ce livre — qui sera en
vente à 38 dollars — afin d’en savoir plus sur les autres
femmes qui travaillent dans le même domaine que moi. Je
veux prendre contact avec elles pour que nous échangions
notre expérience », dit-elle avec enthousiasme.
Nada
Sabet se rendra en décembre en Tunisie pour une conférence
où elle évoquera les causes de la pauvreté et ses conséquences
sur les handicapés. Elle explique que le quart de la société
est concerné par les problèmes des handicapés mentaux
lesquels constituent 3 % de la population dans le monde
arabe (selon les statistiques publiées par le Conseil
arabe de l’enfance et du développement). « Les familles
concernées doivent sortir de leur isolement, sachant que
la société leur offre des renseignements spécifiques sur
la déficience mentale », indique-t-elle, en affirmant
qu’elle espère voir le jour où sera fondé un établissement
de formation des enseignants pour les handicapés mentaux.
« Il faut savoir trouver les capacités de ces personnes
souffrantes, mais pleines d’amour. Elles sont capables
d’être productives comme tout un chacun dans la société.
Elles aussi peuvent rendre service », conclut-elle. |