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Charm
al-cheikh . Les attentats
n’ont pas seulement fait des morts et des blessés, mais
ils ont perturbé la vie d’environ 250 000 Egyptiens
venus de différents gouvernorats à la recherche d'une
existence plus décente. Espoir et détermination restent
leurs armes. Reportage.
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| Au-delà
du cauchemar |
Charm
Al-Cheikh,
De notre envoyée spéciale —
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| Voulez-vous
prendre un taxi ? », demande Sayed, chauffeur, aux quelques
passagers qui viennent de débarquer à Charm Al-Cheikh.
Devant la salle d’arrivée de l’aéroport de la ville, il
est là avec d'autres chauffeurs guettant des clients depuis
la veille. Une longue attente à laquelle ils ne sont pas
habitués, surtout en période de haute saison. Les clients
se font rares aussi, dès qu'il en a embarqué un, Sayed,
60 ans, ne peut s’empêcher de parler des attentats meurtriers
qui ont frappé au cœur tous les Egyptiens. Car en plus
des morts et des blessés, ces actes criminels ont porté
atteinte au gagne-pain d'environ 250 000 Egyptiens qui
ont fui le chômage et la pauvreté dans leur gouvernorat
en quête d'un avenir plus prospère à Charm. Employés dans
l'hôtellerie, ou dans les agences de voyages, propriétaires
de magasins, de bazars, de restaurants, de cafétérias
ou de petits projets liés au tourisme, chauffeurs de taxi
et microbus, aucune catégorie n'est épargnée.
Une semaine
après ces attentats meurtriers, les Egyptiens, fonctionnaires,
ouvriers et commerçants, sont encore sous le choc. Des
visages tristes, des esprits préoccupés mais aussi des
regards pleins de défi, exprimant la volonté de surmonter
la crise et de retrouver leurs rêves dans la ville de
la paix et de l’espoir. Beaucoup se demandent s’il sera
facile de ramasser les débris et de retrouver le cours
d'une vie normale. « Oui, c’est ici où j’ai trouvé de
quoi subvenir aux besoins de mes parents, et c'est grâce
à mon revenu stable que j'ai osé franchir la maison de
ma bien-aimée pour demander sa main », confie Mossaad,
commerçant venu de Benha depuis 4 ans, en regardant avec
affliction son bazar dont la façade a été complètement
détruite. Depuis l'attentat, beaucoup de magasins situés
dans le marché ferment leurs portes à 15h alors que d'habitude,
ils restaient ouverts jour et nuit. Aujourd’hui, plusieurs
commerçants et employés dans différents secteurs se sont
rassemblés dans le souk non pas pour plaisanter ou échanger
des nouvelles comme ils ont l'habitude de le faire, mais
pour exprimer leur angoisse face à cette période de chômage
forcé. Mossaad poursuit que ses collègues et lui ont fait
de grands sacrifices pour monter leur commerce. « Nous
avons dormi par terre, serré la ceinture pour économiser,
supporté les humiliations et les tracasseries de la police
pour nous construire une nouvelle vie ». Et pour ce jeune
comme tant d'autres, c'est au moment où ils ont commencé
à goûter aux fruits de leurs efforts que les explosions
sont venues souffler tout sur leur passage, y compris
les rêves qu'ils caressaient. Des jeunes qui étaient pourtant
enviés par beaucoup d'autres d'avoir réussi à s'imposer
à construire leur avenir dans ce havre de paix. « Ici,
le gain d’un ou de deux jours équivaut à un mois de travail
dans nos gouvernorats », confie Islam, venu du Caire travailler
pendant les vacances d’été afin de payer les frais de
ses études à la faculté de médecine et subvenir aux besoins
de sa mère et de ses 4 frères et sœurs.
« Je ne pense
pas pouvoir terminer mes études, c’est la saison où je
pouvais gagner de l'argent pour les payer et économiser
pour toute l'année », explique Islam.
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L'exception Charm
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| C'est
tout un système en quelque sorte propre à cette cité balnéaire.
Beaucoup plus d'ouverture à tous les niveaux. De quoi
permettre à ces déplacés venus de l'Egypte profonde de
vivre une expérience exceptionnelle. Ainsi, ces liens
avec les touristes. Des rapports souvent cordiaux qui
étaient investis aussi en termes d'argent. « Ils nous
versent beaucoup de pourboires et nous trouvent parfois
des opportunités de travail à l’étranger », dit ce jeune
qui voit ses rêves s'écrouler comme le bazar où il travaille.
C’est ce que pense aussi Mohamad, vendeur de fruits, qui
a perdu toute sa marchandise. De quoi voir dans les auteurs
des attentats de vrais assassins. Il lance : « Les criminels
ne nous ont rien laissé ». Beaucoup d'aigreur, mais aussi
de la détermination. Remonter la pente, c'est une nécessité
pour lui. Ne pas s'avouer vaincu même s'il fait face à
une nébuleuse aux contours imprécis dont les objectifs
et les moyens vont au-delà du simple quidam qu'il est.
« Il faut essayer et à tout prix que l’activité touristique
reprenne dans la ville pour sauver notre gagne-pain ».
D'ailleurs,
si Charm diffère des autres villes de par les revenus
élevés qu'elle peut offrir, elle entraîne davantage de
pertes pour les commerçants dans les cas de récession,
cherté de vie oblige. Les commerçants sont contraints
à payer des loyers variant entre 2 000 et 7 000 L.E. par
mois sans compter les salaires des employés et avec des
dégâts qui s'élèvent à des milliers de L.E. pour chacun,
remonter la pente n'est pas une chose aisée.
Réda, originaire
de Qalioubiya et propriétaire d'un magasin de parfums
et de souvenirs, est l'un de ceux qui ne perdent pas espoir.
Pourtant, il n'a aucune nouvelle de son associé depuis
ce jour « odieux ». Ses pertes sont évaluées à 90 000
L.E., il tient cependant à ne pas quitter la ville. «
Nous resterons ici, recommencerons à zéro et nous ne laisserons
pas ces criminels nous abattre ou démolir nos projets.
Cette ville nous a offert une vie décente et nous partageons
aujourd'hui le même sort qu'elle », commente Réda qui
s'apprêtait à rejoindre Qalioubiya pour célébrer son mariage
mais les événements sont venus réduire son rêve à néant.
« Si ma fiancée m’aime sincèrement, elle sera capable
de comprendre la situation et d'attendre », dit-il, tout
en espérant que le gouvernement et les investisseurs tiendront
les promesses qu'ils ont faites pour reconstruire les
lieux et les magasins démolis et aider les victimes dans
le plus bref délai.
Et face à
cette situation dramatique, l’Association des investisseurs
du Sud-Sinaï et la Chambre des établissements hôteliers
ont pris plusieurs décisions, notamment de ne pas mettre
à la porte aucun employé et créer un fonds d'urgence.
Un investisseur a versé 500 000 L.E., un autre a fait
un don d'un million de L.E. pour compenser les pertes.
La réunion qui a eu lieu dernièrement entre le gouverneur
de la ville, les investisseurs et plusieurs commerçants
a donné une lueur d’espoir. Un comité a été chargé d'évaluer
les dégâts et les investisseurs ont pris la responsabilité
de verser les salaires des travailleurs jusqu’au jour
où tout reviendra à la normale. Une promesse d'accélérer
les travaux de restauration et la reconstruction des magasins
a été avancée.
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Arrestations abusives
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Et ce n’est
pas tout, d'autres problèmes sont venus bouleverser
le quotidien des Egyptiens vivant encore à Charm. Les
vagues d'arrestations augmentent le souci de tous les
citoyens qui résident dans cette ville. Nasser Moustapha,
originaire d’Alexandrie, travaillant sur un bateau,
affirme que depuis l'attentat, il fait les courses pour
beaucoup de gens qui n'osent plus quitter leur maison
de peur d’être arrêtés. De son côté, Khaled Abdel-Aziz,
commerçant, dénonce le fait que des travailleurs égyptiens
soient arrêtés par la police sous prétexte qu'ils sont
suspects, comme ce fut le cas après l’attentat de Taba.
Et d'ajouter : « Nous ne pouvons pas être les auteurs
d'un crime aussi odieux qui a réduit à néant nos rêves
et coûté la vie à beaucoup de nos camarades. C’est nous
qui avons fait la prospérité économique de cette ville,
nous avons contribué à sa bonne réputation et les touristes
en sont témoins, alors comment quelqu'un de nous oserait-il
détruire ce que nous avons construit ensemble ? », dit-il
non sans tristesse. De son côté, Ibrahim, ingénieur
en électricité, confie que lorsque les explosions se
sont produites, personne n’avait en tête qu'elles pouvaient
être d'origine criminelle. « C'est bien la première
fois que cela arrive à Charm. La ville est sous haute
surveillance et on pensait que la déflagration provenait
d'une électrique ou d'une conduite de gaz défectueuse
mais à aucun moment on n'a pensé que cela pouvait être
un attentat à la bombe », affirme Ibrahim qui voit l'avenir
en noir puisque son travail est lié à l’hôtellerie et
au tourisme.
Et la seule
solution pour tous ces jeunes, c’est de relancer le
tourisme avec des étrangers ou même des Egyptiens. Et
c’est ce qu’affirme Ahmad Imam, un des employés à l’hôtel
Ghazala Gardens qui a échappé à la mort lors de l'opération
kamikaze, qui a coûté la vie à 20 de ses collègues.
Il espère que la ville pansera ses plaies et arrivera
à compenser ses pertes, tout en conservant son charme.
En vacances au Caire, il espère retourner au plus vite
possible à Charm Al-Cheikh pour reprendre son travail.
Et avec beaucoup d'assurance, il confie : « La personne
qui a connu cette belle ville reste à jamais marquée
par elle ».
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Doaa
Khalifa |
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