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Soudan .
Le décès du premier vice-président
John Garang a provoqué des émeutes meurtrières et plonge
à nouveau le pays dans l’incertitude. |
| Coup
dur pour la réconciliation |
| Trois
semaines après le début d’une période intérimaire de six
ans associant le gouvernement de Khartoum et les anciens
rebelles sudistes, le leader sudiste du pays John Garang,
devenu vice-président depuis moins d’un mois, a trouvé
la mort dans un accident d’hélicoptère. L’appareil qui
le transportait d’Ouganda s’est écrasé samedi soir dans
les montagnes du Sud-Soudan. « L’appareil du premier vice-président
John Garang s’est écrasé après avoir percuté la chaîne
de montagne des Amatonj au Sud-Soudan, en raison de problèmes
de visibilité », a affirmé un communiqué présidentiel.
La chaîne des Amatonj est située dans l’Etat soudanais
d’Equatoria, près de la frontière avec l’Ouganda. M. Garang
avait quitté l’Ouganda samedi après une visite de deux
jours, où il a notamment rencontré le président ougandais
Yoweri Museveni.
M. Garang
était entré en fonction comme premier vice-président du
Soudan le 9 juillet dernier, en vertu de l’accord de paix
signé le 9 janvier à Nairobi qui a mis fin à 21 ans de
guerre civile entre la SPLA et les autorités de Khartoum.
Ce conflit
a fait au moins 1,5 million de morts et plus de quatre
millions de réfugiés. Cet accord de paix prévoit notamment
le partage du pouvoir et des richesses, ainsi qu’une période
de transition de six ans au cours de laquelle le sud du
pays, riche en pétrole, bénéficiera d’un statut d’autonomie.
Au terme de cette transition, les populations du sud doivent
s’exprimer par référendum pour savoir si elles veulent
rester dans un Soudan uni ou obtenir leur indépendance.
Dès l’annonce
du drame, le président soudanais Omar Al-Béchir a voulu
contenir une crise qui pourrait replonger le pays dans
la guerre civile, et ce en affirmant que la mort de John
Garang n’allait que renforcer sa détermination à poursuivre
le processus de paix avec les ex-rebelles sudistes.
« Sa disparition
ne fera que renforcer notre détermination à poursuivre
le processus qu’il avait entamé avec ses camarades du
Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM) »,
a ajouté M. Béchir dans le texte lu par un présentateur
à la télévision soudanaise. « Notre perte est immense,
mais notre consolation est que la cause de la paix est
devenue propre à l’ensemble du peuple soudanais », a-t-il
poursuivi.
Même son
de cloche dans le SPLM de John Garang, qui s’est engagé
lundi à appliquer l’accord de paix. « Nous souhaitons
rassurer tout le monde sur le fait que la direction et
les cadres du SPLM/A resteront unis et vont s’efforcer
d’appliquer loyalement l’accord de paix », a souligné
le commandant adjoint du mouvement Salva Kiiri, la SPLA
est l’Armée populaire de libération du Soudan, la branche
armée du SPLM. « J’appelle tous les membres du SPLM/A
et toute la nation soudanaise à rester calmes et vigilants
», a-t-il affirmé tout en ajoutant avoir demandé à tous
les anciens membres du comité de direction du SPLM/A de
se réunir à New Site, dans le district de Kapoeta, pour
une réunion de crise et décider de la suite des événements.
De leur côté,
l’Egypte et la Ligue arabe ont déploré lundi le décès
du dirigeant sudiste John Garang et se sont déclaré confiantes
en la poursuite du processus de paix soudanais en dépit
de sa mort.
« L’Egypte
est confiante que le processus de paix se poursuivra après
son départ (de Garang) pour préserver la sécurité, la
stabilité et l’unité du Soudan », a souligné le communiqué
présidentiel.
Par ailleurs,
le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a
regretté la perte d’un leader soudanais, qui a participé
à instaurer la paix dans son pays et dont les efforts
ont été couronnés par la paix historique entre le SPLM
et le gouvernement soudanais.
De même,
le président kényan Mwai Kibaki et son prédécesseur, Daniel
Arap Moi, ont exhorté lundi la population soudanaise à
« ne pas compromettre » le processus de paix engagé dans
le Sud-Soudan.
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Colère à Khartoum
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Malgré
ces appels, de violentes émeutes ont éclaté lundi à Khartoum
et d’autres à Juba au sud. Selon un diplomate européen,
joint par téléphone depuis Le Caire, des incidents très
graves ont eu lieu à Khartoum avec des rafales de kalachnikov
et des voitures en feu. Il a précisé que des barrages
ont été établis dans différents points de la ville et
que l’accès à l’aéroport était impossible en matinée.
Les émeutiers ont mis à sac des magasins et les ont brûlés,
mettant également le feu à des véhicules dans plusieurs
quartiers de Khartoum et ses environs.
Ces émeutes
ont fait plus de 20 morts, a annoncé le gouverneur de
la capitale soudanaise, Abdel-Halim Al-Mutaafi. Selon
lui, « plus de 20 personnes ont été tuées dans les émeutes
et des dizaines de citoyens ont été blessés ». Les pertes
matérielles « sont énormes, avec des dizaines de véhicules
brûlés », a-t-il également indiqué, annonçant que le comité
de sécurité de l’Etat « a pris une série de mesures comme
le couvre-feu de 18h00 à 06h00 locales et l’interdiction
de tout rassemblement, afin de maintenir l’ordre public
».
Ces violences
ont été alimentées par les doutes que l’accident d’avion
soit un complot, comme l’a déclaré l’un des principaux
chefs des rebelles du Darfour. « Je crois qu’il est le
résultat d’une grande conspiration contre le peuple soudanais
... Personnellement, je ne crois pas à un accident »,
a souligné Abdel-Wahed Mohammed Ahmed Nur. M. Nur, dont
le groupe avait des liens étroits avec le mouvement de
M. Garang, n’a pas spécifiquement accusé le régime du
président Omar Al-Béchir, mais des opposants et des observateurs
ont souvent attribué audit régime la mort de personnalités
politiques ou militaires dans des accidents aériens.
Néanmoins,
l’hypothèse de conspiration est écartée par bon nombre
d’analystes comme Sayed Féleifel, professeur de sciences
politiques à l’Université du Caire. « Il n’est de l’intérêt
de personne de faire disparaître Garang qui privilégiait
l’option de l’union sur celle de la séparation. C’était
un politicien très chevronné mais derrière lequel il y
a le SPLM qui est une organisation politique capable de
dépasser cette phase critique, les accords de paix peuvent
être affectés d’une manière ou d’une autre, mais en fin
de compte ils seront appliqués. Le sud a besoin d’un coup
de pouce pour qu’il choisisse de rester uni avec le Soudan
».
Même avis
de Zeid Al-Sabbane, responsable du dossier soudanais au
cabinet du secrétaire général de la Ligue arabe. « Les
accords de paix ont été signés au nom du SPLM et il y
a des garanties internationales pour qu’ils soient mis
en exécution. On ne nie pas qu’il y a des défis qu’affronte
le sud mais les autres chefs du Mouvement sont très qualifiés
pour continuer sur la voie de la paix ». |
Rania
Adel |
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Un
chef incontesté |
| Le colonel
John Garang, devenu le 9 juillet 2005 premier vice-président
du Soudan, a dirigé pendant une vingtaine d’années la
rébellion du sud du pays à la tête de l’Armée populaire
de libération du Soudan (SPLA). Né en 1945, à Jonglei,
près de Bor, en pays Dinka (ethnie majoritaire du sud,
à majorité chrétienne et animiste), John Garang rejoint
en 1970 le mouvement sudiste Anya Nya, après des études
aux Etats-Unis, puis l’armée régulière soudanaise au lendemain
des accords de paix d’Addis-Abeba en 1972. Titulaire d’un
doctorat en sciences économiques en 1981 obtenu à l’Université
de l’Iowa, il rentre à Khartoum enseigner à l’académie
militaire et à l’université. En mai 1983, une mutinerie
éclate dans une garnison de sa ville natale, à la suite
de la décision du président Gaafar Nemeiry de transférer
les troupes sudistes dans le nord et d’instaurer la charia.
John Garang, envoyé pour mater les mutins, les rejoint
et prend le maquis.
La même année,
il crée le Mouvement populaire de libération du Soudan
(SPLM) et sa branche armée, la SPLA. Trois ans plus tard,
il rassemble dix mille combattants et fait de son organisation
la mieux structurée du sud et la plus équipée sur le plan
militaire. Au début des années 1990, la rébellion était
estimée à quelque 50 000 hommes. Mais peu à peu la SPLA
est confrontée à des divisions ethniques qui entraînent
une scission au début des années 1990 entre les Dinkas
(l’ethnie de Garang) et les Nouers, dont le soutien est
allé à un rival Riek Machar. La réunification des troupes
n’interviendra qu’en janvier 2002. En octobre de la même
année, le gouvernement de Khartoum et la rébellion sudiste
signent un cessez-le feu, qui aboutira en janvier 2005
à l’accord de paix final signé par John Garang et le président
Béchir. |
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