Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

L'invité

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Idées
Portrait
Littérature
Arts
Sport
Environnement
Escapades
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Suite aux attentats de Londres puis de Charm Al-Cheikh, Javier Valenzuela, porte-parole et responsable de la communication internationale à la présidence du gouvernement espagnol, s’exprime sur l’Alliance des civilisations relancée par le premier ministre espagnol, José Luis Zapatero.
« Refuser toute confrontation entre islam et Occident »

Al-Ahram Hebdo : L’idée d’une Alliance des civilisations lancée par le chef du gouvernement espagnol Zapatero a reçu récemment l’aval des Nations-Unies et cette semaine aussi l’adhésion du premier ministre britannique, Tony Blair, comment la traduire dans la pratique ?

Javier Valenzuela : De nombreuses réponses doivent être données à ce qu’on appelle aujourd’hui le terrorisme « djihadiste » qui a récemment affecté l’Egypte et le Royaume-Uni et qui auparavant avait ensanglanté Madrid. D’abord, il faut qu’il y ait une riposte ferme et efficace de la police, des services de renseignements et du pouvoir judiciaire. Sur ce terrain-là, nous devons avoir davantage de coopération internationale. Mais nous devons également donner une réponse stratégique au « djihadisme », une réponse à moyen et à long termes. Al-Qaëda et ses associés ont comme objectif de nous conduire vers une sorte de confrontation, à un « djihad », comme ils disent, entre le monde musulman et le reste de la planète. Et ce qui semble extrêmement inquiétant, c’est que quelques penseurs et politiciens en Occident semblent faire leur jeu avec les théories comme celles du « choc des civilisations ». Pour cette raison, le président du gouvernement espagnol, Zapatero, a présenté devant l’Assemblée des Nations-Unies, en septembre 2004, son initiative de promouvoir une Alliance des civilisations. Elle a reçu l’appui du premier ministre turc Erdogan, qui a veillé à signer le projet avec Zapatero. Elle a également été acceptée par l’ensemble des pays latino-américains, par la Ligue arabe et par de nombreux pays européens. Mercredi dernier, au terme de sa réunion avec Zapatero à Downing Street, Tony Blair aussi vient d’y adhérer. De cette manière, celle-ci n’est plus désormais une idée uniquement espagnole d’autant plus que le secrétaire général des Nations-Unies, Kofi Annan, vient de l’incorporer officiellement à son agenda et doit former prochainement un groupe constitué de personnalités internationales qui présenteront des projets concrets pour développer l’initiative.

— Qu’est-ce qui a déjà été fait ou doit être fait pour mettre en place une telle alliance ?

— Ce groupe de haut niveau des Nations-Unies doit proposer à toute la communauté internationale un éventail de réponses politiques, socio-économiques et culturelles concrètes. Des réponses, j’insiste, d’envergure, pour tous les problèmes de fond. Des réponses qui peuvent faire en sorte que ce marécage idéologique, politique et socio-économique où se développe le fléau du terrorisme puisse être éliminé. Bref, l’idée essentielle est de promouvoir sur un plan universel le refus absolu a tout ce qui peut sonner comme étant une confrontation entre l’islam et l’Occident, entre juifs et musulmans, entre Blancs et Noirs, entre nationaux et immigrés, etc. Nous, toutes les personnes civilisées de ce monde — musulmans, juifs, chrétiens, bouddhistes, agnostiques, athées — sommes aujourd’hui, contre les barbares qui tuent des innocents à Charm Al-Cheikh, à Londres ou à Madrid.

— Quelles peuvent être ces réponses ?

— C’est aux membres du groupe de haut niveau de l’Onu de les donner, mais j’ai à l’esprit quelques idées comme par exemple le règlement du conflit palestino-israélien, avec la création de deux Etats qui peuvent vivre ensemble et en paix, l’adoption de la démocratie et du respect des droits de l’homme dans de nombreux pays du sud et de l’Est de la Méditerranée, la promotion d’un développement économique juste et une plus grande cohésion sociale, dans plusieurs de ces pays. D’autres choses peuvent également être faites, comme par exemple éliminer de tous les textes scolaires des pays du monde entier les références négatives, péjoratives ou insultantes à toutes les autres races, cultures, religions ou civilisations.

— Y a-t-il des liens possibles entre les attentats de Madrid et ceux de Londres et Charm Al-Cheikh ?

— On ne peut établir jusqu’à présent s’il y a des liens d’organisation ou de logistiques entre les auteurs de ces attentats. Mais une chose est claire, nous avons affaire à un ensemble de groupes, groupuscules ou cellules qui obéissent à une même idéologie et une même logique, dont le moteur est Al-Qaëda. Cette nébuleuse a comme adeptes aussi bien des personnes vivant dans les pays musulmans que parmi les immigrés musulmans résidant dans les pays occidentaux. Ces gens-là se trouvent aussi bien parmi les gens pauvres que les gens riches. Et ce qui les unit est une idéologie totalitaire. Ils peuvent agir à New York, à Washington, à Bali, en Arabie saoudite, à Istanbul, à Casablanca, à Madrid, à Londres ou à Charm Al-Cheikh … Ils sont cruels et décidés. Ils ne sont pas de bons musulmans, de la même manière que les nazis et les fascistes de la seconde guerre mondiale n’étaient pas de bons chrétiens. Je pense que les musulmans devraient entamer un combat idéologique et politique contre ce fléau.

— Y a-t-il un rapport entre la situation en Iraq et le terrorisme à Londres, en Europe ou même en Egypte ?

— Nous pensons qu’il est temps de tourner la page du débat sur la guerre en Iraq. Il est très clair que c’était une erreur. Mais il est temps de passer à l’avenir. Ce que nous devons faire maintenant, c’est aider ce grand pays arabe à récupérer sa souveraineté, sa sécurité et sa stabilité le plus rapidement possible. Nous devons tous aider les nouvelles autorités iraqiennes. De plus, le gouvernement espagnol pense que tous les pays, qu’ils aient des troupes en Iraq ou pas, peuvent se sentir menacés par le terrorisme « djihadiste ».

— L’Espagne est-elle toujours menacée ?

— L’Espagne n’est pas à l’abri de nouveaux attentats. Depuis les attaques terroristes du 11 mars 2004, nos forces de police n’ont à aucun moment baissé leur garde. En effet, elles ont arrêté de nombreux individus et groupuscules potentiellement dangereux. Mais même si le gouvernement de Zapatero a augmenté ses effectifs destinés à la lutte contre Al-Qaëda et a amélioré sa coopération dans ce domaine avec la France, le Maroc et d’autres pays, nous ne perdons pas notre esprit démocratique et respectons les principes de notre Etat de droit et de la légalité internationale. Nous voulons faire entendre qu’aucun terrorisme, local, celui de l’ETA ou international, celui d’Al-Qaëda, ne va nous priver des libertés que nous avons eu du mal à conquérir.

— L’Espagne va-t-elle recommander à ses ressortissants de ne pas se rendre en Egypte ?

— Absolument pas. L’Egypte vient de vivre une immense tragédie, injuste et barbare, tout comme l’Espagne, qui est aussi un pays touristique, a souffert. Comme ont souffert aussi les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et plusieurs autres pays. Nous ne devons pas nous effrayer. Ceci consiste à faire le jeu des terroristes. Les personnes honnêtes de l’ensemble des pays du monde doivent continuer à vivre normalement, continuer à travailler, s’amuser et lutter pour les idéaux de justice, de liberté et de paix. Et par conséquent, nous devons continuer à voyager. Et l’Egypte a toujours été un des endroits merveilleux au monde, et une des meilleures destinations pour les touristes.

Propos recueillis par
Randa Achmawi

 
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631