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Initiative . Les journalistes environnementaux des pays du bassin du Nil, réunis à Nairobi dans le cadre d’un atelier de travail, ont décidé d’établir leur premier réseau régional afin de sensibiliser la population à l’égard des problèmes écologiques.

Les journalistes se mettent au vert

Nairobi,
De notre envoyée spéciale —
Dix-huit journalistes représentant les neuf pays membres de l’Initiative du Bassin du Nil (IBN) ont assisté à un atelier de travail de deux jours (19-20 juillet 2005) à Nairobi, capitale du Kenya. Le but en était de former un réseau régional regroupant les journalistes environnementaux des pays riverains. Des délégués du Burundi, de l’Egypte, de l’Ethiopie, du Kenya, de l’Ouganda, de la République démocratique du Congo, du Rwanda, du Soudan et de la Tanzanie ont représenté leurs pays dans cet atelier afin de discuter de l’état du journalisme environnemental et du rôle primordial qu’il est censé jouer dans la sensibilisation des populations. « Ces ateliers de travail représentent un lieu propice pour les discussions fructueuses concernant la sensibilisation à travers les différents moyens de communication, y compris la presse », affirme Maurice Mbegera, professeur de zoologie à l’Université de Nairobi. Selon lui, quand nous parlons du Nil, il ne s’agit pas de la géographie mais c’est le fleuve lui-même qui compte, ou plus précisément la meilleure exploitation des eaux de ce fleuve. « L’eau provient de nos pays, mais le vrai défi, c’est comment l’utiliser tout en évitant le gaspillage. Nous vivons sur la planète Terre car c’est la seule planète qui contient de l’eau. Si nous endommageons le bassin, nous allons avoir des problèmes et l’eau va disparaître », souligne-t-il. En fait, c’est pour assurer une gestion complète et une exploitation durable des ressources du fleuve du Nil qu’a été lancée l’IBN en 1999, regroupant neuf des dix pays du bassin (excepté l’Erythrée). Parmi les projets de ce partenariat régional figure celui de l’Action environnementale transfrontalière, Nile Transboundary Environmental Action Project (NTEAP, voir encadré). Sous un des composants de ce projet (la sensibilisation et l’éducation environnementale) a été tenu l’atelier de travail pour les journalistes environnementaux des pays membres de l’IBN. « La NTEAP a consacré 40 mille dollars pour regrouper 18 journalistes environnementaux ici à Nairobi afin de discuter des activités que les journalistes doivent mener dans leur pays afin de garantir une meilleure sensibilisation à quelque 350 millions de personnes constituant la population dans les pays riverains », s’explique Maushe Kidundo, spécialiste en matière d’éducation et de sensibilisation environnementale auprès de la NTEAP, dont le siège est à Khartoum. Selon lui, les journalistes environnementaux ont été regroupés pour trois buts essentiels : la formation d’un réseau régional pour les journalistes environnementaux du bassin du Nil qui aille de pair avec les réseaux déjà existants aux niveaux nationaux ou continentaux, l’échange des expériences concernant le journalisme environnemental et le développement des activités médiatiques transfrontalières. « C’est à travers les journalistes et les mass-médias que le message de la sensibilisation peut passer. Mais pour que les journalistes puissent accomplir efficacement leur tâche, il faut les aider en leur fournissant les informations nécessaires et en éliminant les problèmes qui entravent la prospérité du journalisme environnemental dans les pays du bassin du Nil », a souligné M. Kidundo.


Le journalisme environnemental naissant

Durant le premier jour de l’atelier de travail, un représentant de chacun des neuf pays participants a donné une présentation sur le journalisme environnemental dans son pays. Son historique, son état actuel, les principaux défis et comment le développer ou l’améliorer. Dans la plupart des pays du bassin, le vrai journalisme environnemental a commencé entre 1999 et 2003, excepté en Egypte. Cette dernière a connu des pages spécialisées en matière d’environnement dans les journaux nationaux, à partir de 1991 dans le quotidien Al-Ahram et ensuite en 1994 dans le quotidien Al-Akhbar, soit presque une dizaine d’années avant les autres pays du bassin du Nil. « J’ai été vraiment étonné de savoir qu’en Egypte, il y a dans les journaux des rubriques Environnement. Chez nous, en Ethiopie, ce n’est pas du tout le cas. Des articles de presse, des programmes dans la radio ou la télé ne font que couvrir les ateliers de travail ou les symposiums. Dans la presse éthiopienne, il est rare de trouver des enquêtes ou des reportages sur l’environnement », avoue Eskinder Firew, journaliste éthiopien de 29 ans. Selon lui, la détérioration de l’environnement en Ethiopie mérite plus d’efforts de sensibilisation. « Imaginez-vous qu’il y a un siècle, les forêts couvraient 40 % de notre pays. Aujourd’hui, les forêts ne couvrent que 3,5 % de la surface de l’Ethiopie. Ceci en plus du problème de l’érosion et plusieurs autres. Malgré cela, le journalisme environnemental est négligé », s’étonne Eskinder. Au Congo cependant, la situation est différente. « En République démocratique du Congo, nous avons créé le 5 juin 2000 un réseau qu’on a nommé MET ou Média pour l’environnement et le tourisme qui compte 50 membres à Kinshasa », indique Anne-Marie Kalanga, déléguée du Congo. Elle affirme qu’à travers le MET, les Congolais mènent plusieurs activités. A savoir : l’organisation de journées de sensibilisation pour les professionnels des médias, des secteurs de l’environnement et du tourisme, la tenue de conférences de presse sur des sujets environnementaux tels que l’énergie renouvelable ainsi que la couverture médiatique des activités commémoratives comme les Journées mondiales de l’arbre, de l’eau et de l’environnement. Au Rwanda, ce n’est qu’en 2003 que le journalisme environnemental a commencé à apparaître lors de la création de l’Association des journalistes environnementaux du Rwanda ou REJA. « Parmi les canaux de communication utilisés figure la Radio, à travers laquelle nous pourrons arriver à la masse. Quelques journaux rwandais, comme The New Times et la Nouvelle Relève publient de temps à autre des articles sur l’environnement », signale Fidèle Munyeshyaka, représentant du Rwanda.


Une expérience à approfondir

Tous les délégués ont assuré que les défis du journalisme environnemental sont presque les mêmes dans tous les pays du bassin. « Les journaux ougandais ne couvrent les événements environnementaux qu’en cas de catastrophe, la plupart des reporters ne sont pas bien formés, raison pour laquelle ils sont incapables de faire une bonne couverture des problèmes de l’environnement », indique Gerald Tenywa, reporter ougandais de 36 ans. Partout dans le tiers-monde, les articles sur l’environnement ne figurent pas parmi les priorités des rédacteurs en chef et des directeurs de rédaction. Ils ne font la une des journaux que s’il s’agit d’une catastrophe. Il est à noter de même que l’accès à l’information est très difficile. De plus, les lecteurs sont peu intéressés par les articles sur l’environnement car ils sont pour la plupart écrits avec un langage scientifique difficile, ce qui les rend peu attirants. D’ailleurs, les peuples du tiers-monde qui souffrent de la pauvreté ne pensent pas à l’environnement, ils sont plutôt préoccupés par leur existence précaire. Les journalistes environnementaux dans les pays du bassin du Nil travaillent donc dans des circonstances très difficiles. Ils sont censés faire un bon travail de sensibilisation en l’absence d’outils tels que l’accès à l’information et le droit à la formation. Ce qui était remarquable durant l’atelier de travail, c’est que les journalistes venus de l’Ouganda, par exemple, ignoraient les moindres informations à propos de l’Egypte et vice-versa. Il n’y a aucun moyen de communication entre les journalistes environnementaux des pays du bassin du Nil. Ils ont besoin d’échanger les expériences. Il n’y a donc d’autre moyen que l’établissement du réseau. « A travers ce réseau, les journalistes peuvent être en contact direct les uns avec les autres, s’informer sur ce qui se passe dans les autres paysriverains, prendre des leçons à travers les expériences d’autrui », assure Maushe Kidundo. L’établissement du Réseau pour les journalistes environnementaux du bassin du Nil avec Khartoum comme siège, comme il a été décidé, n’est qu’un début. Reste à voir comment se dérouleront les actions de ce réseau de manière concrète.

Dalia Abdel-Salam
 
Un programme exhaustif

Le projet de l’Action environnementale transfrontalière est l’un des plus importants du continent africain. Cette institution fait partie des projets de la vision partagée de l’Initiative du Bassin du Nil (IBN) et a pour objectif de soutenir le développement à l’échelle du bassin d’un cadre d’action pour traiter les grandes priorités environnementales transfrontalières dans le contexte du plan d’action stratégique de l’IBN. Le projet a cinq composantes : renforcement institutionnel pour faciliter la coopération régionale, conservation des terres, des forêts et de l’eau à base communautaire, éducation environnementale et sensibilisation à l’environnement, conservation des terres humides et de la biodiversité, et enfin, contrôle de la qualité de l’eau dans l’ensemble du bassin. En matière d’éducation environnementale et de sensibilisation à l’environnement, des programmes d’éducation environnementale et de sensibilisation sont conçus et mis en œuvre dans tous les pays riverains, afin d’accroître la conscience et la compréhension de la part du public. Des groupes de travail nationaux ont été établis pour examiner les approches optimales de l’élaboration et de la diffusion des programmes, ont été représentés dans ces groupes les utilisateurs-clés des programmes d’éducation environnementale et de sensibilisation, notamment les membres des services gouvernementaux concernés, les éducateurs et les ONG. Parmi les mécanismes de diffusion utilisés figurent les associations de défense de la nature, les établissements d’enseignement, le mouvement scout, les mouvements de jeunesse, les modules universitaires, etc. Les matériels utilisés ciblent le public scolaire et le grand public, en soulignant l’importance des liens transfrontaliers et des connections naturelles formées par le Nil. Il sera dispensé une formation en matière d’élaboration et de mise en œuvre de programmes d’éducation environnementale et de sensibilisation. La composante éducation et sensibilisation environnementale du projet d’action environnementale transfrontalière de l’Initiative du bassin du Nil se focalisera sur l’amélioration de la sensibilisation sur les menaces sur l’environnemental du bassin du fleuve du Nil tout en stimulant un changement de comportement à trois niveaux : le public en général, les écoles primaires et secondaires, et les institutions supérieures d’enseignement. Les objectifs de ce programme seront atteints à travers notamment la conception et la mise en œuvre d’une série de programmes d’éducation et de sensibilisation à l’échelle du bassin du Nil. Pour ce faire, le projet a recruté un consultant national en vue d’élaborer un module à enseigner dans les écoles primaires et secondaires afin que les enfants dès leur jeune âge soient sensibilisés à la protection de l’environnement. Les buts poursuivis, c’est, eu égard à la dégradation des conditions environnementales, de permettre aux jeunes scolaires de prendre conscience d’un certain nombre de questions relatives à l’environnement. Notamment respecter l’environnement, sensibiliser sur les questions et événements environnementaux, montrer les interactions qui existent entre l’homme et la nature et vice-versa, montrer les menaces qui pèsent sur l’environnement tant national qu’international, conscientiser les autres groupes (les parents, les amis, les voisins, les passants) par le truchement de la tranche des jeunes et préparer cette jeunesse à être un bon gestionnaire des ressources naturelles, car c’est elle qui sera le décideur politique et le gestionnaire économique de demain.

 

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