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Frères musulmans . La Confrérie a dernièrement changé sa ligne de conduite. Celle-ci consiste à travailler avec les autres forces politiques. Objectif : surmonter la situation actuelle.

Un retour stratégique

Ces dernières semaines, la Confrérie des Frères musulmans, interdite en Egypte depuis 1954, s’est distinguée par une nouvelle manière de procéder. Des dizaines de milliers de membres de la confrérie ont participé à des manifestations organisées dans la capitale et dans de nombreuses villes égyptiennes au nord et au sud. Jamais cela ne s’était produit en Egypte depuis le début des années 1950. De plus, les responsables du groupe, y compris le guide spirituel, ont procédé à de larges activités médiatiques et politiques pour annoncer leur position vis-à-vis des évolutions politiques importantes que connaît l’Egypte actuellement, notamment à la suite de l’annonce par le président Moubarak de l’amendement de l’article 76 de la Constitution, concernant les élections présidentielles.

Récemment, il a semblé que le groupe interdit tentait d’engager un dialogue avec les autres forces politiques égyptiennes. Tout cela et ce qui s’en est suivi, à savoir l’arrestation de quelques centaines de Frères musulmans, prouvent qu’un changement s’est opéré dans le plan d’action du groupe et dans ses positions vis-à-vis des autres forces politiques égyptiennes.

Dans ce contexte, une nouvelle coalition s’est formée portant le nom de « Coalition nationale pour la réforme et le changement ». Elle est composée principalement des directions et des membres de la confrérie avec des représentants du parti du néo-Wafd (libéral) et de quelques dizaines de personnalités publiques et politiques appartenant aux différentes écoles intellectuelles et d’action politique en Egypte. Cette nouvelle coalition est la troisième du genre après le Mouvement égyptien pour le changement Kéfaya (ça suffit !) et le Rassemblement national pour la transformation démocratique. Pour sa direction, elle a choisi un secrétariat général formé de 36 membres. Neuf appartiennent au groupe des Frères musulmans dont le secrétaire général provisoire de la confrérie est l’adjoint de son guide spirituel, Mohamad Al-Sayed Habib. Et après de nombreuses réunions, la coalition a organisé, le 20 juillet, sa première manifestation devant les sièges des Syndicats des journalistes et des avocats et en face du Club des juges. L’objectif de la manifestation était le « soutien aux juges » dans leur position vis-à-vis de la réforme politique et des élections. Près de 4 000 personnes ont participé à cette manifestation, avec une majorité de Frères musulmans et quelques centaines de membres du mouvement Kéfaya.


L’action commune

Outre son importance en tant que mouvement politique de protestation, cette coalition a pris du poids du fait que la confrérie a insisté à la créer et à lui donner la forme d’un « front ». Il est clair que la confrérie, comme toutes les autres forces politiques en Egypte, a ressenti la nécessité de l’action commune pour faire face à la phase dangereuse actuelle par laquelle passe le pays en général, et son régime politique en particulier. Ce sentiment semble être le motif du phénomène de la formation de nouveaux mouvements politiques de protestation qui prennent la même forme de cette coalition. En fait, ces mouvements englobent des partisans et des représentants des différentes écoles intellectuelles et politiques en Egypte qui mettent de côté leurs différends traditionnels et historiques pour faire de leurs réclamations démocratiques un programme presque commun à eux tous. Si certains pensent que ce sentiment de vouloir réaliser une action commune constitue l’unique échappatoire et le remède à la faiblesse de la majorité des forces politiques de l’opposition, ceci n’est pas du tout le cas des Frères musulmans. En effet, certains se plaignent de la large présence de la confrérie et de sa force comparée aux autres forces de l’opposition et même au parti au pouvoir. Donc, le fait que la confrérie cherche une formule d’action commune avec ces forces « plus faibles » lui vaut une reconnaissance. Ceci prouve aussi combien la situation par laquelle passe l’Egypte actuellement est dangereuse au point de pousser un groupe ayant le poids de la confrérie à former une coalition avec les autres forces de l’opposition pour dépasser cette crise, une chose à laquelle le groupe n’a jamais eu recours.

Outre ce changement positif dans le comportement politique de la confrérie, d’autres caractéristiques sont apparues et ont accompagné le mouvement au cours des dernières années. Quoi qu’il en soit, ce comportement politique de la confrérie et ses nouvelles caractéristiques ont toujours été liés à sa relation avec l’Etat. Malgré la différence des stratégies gouvernementales vis-à-vis de la confrérie depuis 1981, qui changent selon la situation politique et qui ont aujourd’hui atteint le stade de l’affrontement, l’objectif politique de l’Etat a toujours été d’annoncer son refus catégorique d’attribuer à la Confrérie interdite la légitimité juridique à laquelle elle aspire. Toutefois, l’Etat égyptien n’a jamais voulu supprimer complètement la confrérie. Au contraire, il lui a très souvent permis d’être présente mais de façon restreinte dans des espaces autres que les milieux politiques et la société civile. En contrepartie, il est clair que la confrérie a décidé de s’adapter sans pour autant accepter que l’Etat ne la reconnaisse pas officiellement. Le groupe a par ailleurs déployé tous les efforts possibles pour être présent sur la scène politique.


Des méthodes pensées

Dans ce contexte qui dure depuis une cinquantaine d’années, il semblait clair que la confrérie tenait à agir aux niveaux social et politique, conformément à une stratégie dont les caractéristiques ont dernièrement changé. En voici les grandes lignes. Premièrement, ne jamais recourir à la violence politique et religieuse dans sa relation avec l’Etat ou avec les forces politiques en discorde avec la confrérie. Deuxièmement, se contenter, dans l’action politique, de suivre les méthodes qui ne poussent pas la confrérie à des affrontements avec l’Etat même si elle est provoquée par lui. C’est pour cela que le groupe avait écarté tous les moyens de protestation comme les manifestations, les protestations, les grèves, etc. Ce dernier point a relativement changé puisque pendant les 3 derniers mois, les Frères musulmans ont commencé à se faire entendre dans la rue. Troisièmement, profiter le plus possible des institutions et des canaux non politiques (mais étroitement liés à la politique) pour élargir la présence de la confrérie et son influence générale sur la société. C’est le cas des syndicats ouvriers qui sont devenus un des plus importants postes de pouvoir et de popularité de la confrérie. Quatrièmement, depuis que la confrérie s’est introduite dans l’action syndicale, elle a tenu à accaparer le plus grand nombre possible de sièges dans les conseils d’administration des différents syndicats, tout en laissant le siège de président à la personne choisie par l’Etat. Mais depuis l’année 2001, la confrérie a commencé à changer de stratégie pour en appliquer une autre basée sur le principe de « la participation et non l’unanimité ». C’est-à-dire obtenir seulement une majorité ou un bloc important dans ces conseils et laisser le reste des sièges à l’Etat et aux autres forces politiques. Cinquièmement, participer à n’importe quelles élections parlementaires dans lesquelles les Frères musulmans pourraient réaliser des résultats importants sans donner l’impression qu’ils tentent d’obtenir une majorité parlementaire, mais seulement pour prouver que la confrérie occupe la deuxième place après l’Etat et devance les autres forces politiques. Sixièmement, les canaux secrets et non secrets officiels et sécuritaires sont toujours restés ouverts entre la confrérie et l’Etat, abstraction faite de la nature des relations entre les deux, dans l’objectif d’éclaircir continuellement les situations et d’éviter les confrontations. Septièmement, les différends entre l’Etat et la confrérie ne les a pas empêchés d’avoir une position commune dans certaines situations commecela a été le cas avant l’invasion américaine de l’Iraq. La confrérie avait organisé avec le PND, au pouvoir, les plus larges manifestations égyptiennes condamnant la guerre. Huitièmement, la confrérie tenait en particulier, sous la présidence de son guide spirituel actuel, Mohamad Mahdi Akef, à ouvrir des canaux de communication avec les autres forces de l’opposition pour coordonner les positions face aux politiques gouvernementales. Et ce, tout en gardant une marge claire d’indépendance pour la confrérie. Une chose qui a évolué et voilà que la confrérie a appelé à une coalition avec ces forces pour aboutir à la « Coalition nationale pour la réforme et le changement ».

Diaa Rachwan
 

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