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Manifestations . Une vingtaine d’activistes de Kéfaya ont été libérés lundi, deux jours après leur arrestation lors d’une manifestation contre la décision du président Moubarak de briguer un cinquième mandat.
Reprise de plus belle
 

C’est un message fort et clair : tolérance zéro envers les opposants. « A force de nous battre, j’ai hurlé à pleins poumons : ça y est, convaincue, mettez Moubarak à la tête des Etats-Unis, si vous voulez », raconte une jeune activiste qui ne peut bouger son bras, plein de taches bleues et rouges. Cela ne l’a pourtant pas empêchée de passer la nuit en sit-in revendiquant la libération de ses collègues interpellés lors de la confrontation. « C’était la plus violente de toutes les confrontations avec la police », estime un autre activiste, « même plus violente que le jour du référendum, quand la police a attaqué les filles et les journalistes ».

Tout a commencé un peu avant 18 heures, le samedi 31 juillet. Le mouvement égyptien pour le changement, Kéfaya (Ça suffit) avait appelé tous les partis et les mouvements à manifester contre la candidature du président Moubarak pour un cinquième mandat, place Tahrir au centre-ville. La police anti-émeutes a décidé de bloquer toutes les routes qui conduisent vers la place, empêchant ainsi les manifestants d’y accéder. Divisées en petits groupes, les forces de l’ordre ont commencé à les entourer, puis ont donné des coups. Elles en ont également arrêté une vingtaine, dont Georges Isaac, coordinateur général de Kéfaya, libéré quelques heures plus tard, avec trois des organisateurs de la manifestation. Les autres ont été libérés sous caution, lundi. Isaac révèle que pendant qu’il était détenu, un général de police est venu leur dire que dorénavant les manifestations ne seront plus permises. « Plus de manifestations contre Moubarak depuis qu’il a présenté sa candidature, nous a-t-il précisé. Et à voir la violence sans précédent dont la police a fait état, c’est une déclaration très sérieuse. Pour la première fois on a vu les attaques sous la supervision des généraux de la police », raconte Isaac. Pourtant, le mouvement a publié un communiqué le lendemain disant qu’il n’allait pas arrêter de manifester. « C’est notre droit garanti par la Constitution qui donne à tout citoyen le droit de s’exprimer à condition que cela soit d’une manière pacifique », s’insurge le coordinateur général du mouvement. Le fait d’arrêter et de frapper des manifestants le lendemain de la déclaration de Moubarak à sa propre succession a en fait « remis en question la volonté du régime d’entreprendre de vraies réformes politiques », comme le note entre plusieurs autres, le numéro deux des Frères musulmans, Mohamad Habib, dans un communiqué. Isaac, lui, pense que pour être aussi violent, le régime doit avoir eu le feu vert américain.

Le ministère de l’Intérieur a néanmoins publié sa propre version des événements. « La police a dû arrêter une vingtaine de personnes qui voulaient manifester sans obtenir l’autorisation du ministère », a précisé un communiqué du ministère de l’Intérieur. Aïda Seiffel-Dawla, une des activistes ayant participé à cette manifestation et membre d’une ONG de défense des droits de l’homme, affirme n’avoir jamais reçu d’autorisation de manifester. Et pour cause : « Tout ce que nous avions à faire était d’annoncer simplement le lieu et la date de la manifestation », explique-t-elle.

Salma Hussein

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