Le
gouvernement d’Ahmad Nazif devra présenter sa démission
à la suite des élections présidentielles, qui se dérouleront
en septembre prochain, conformément à la Constitution.
C’est le président élu qui décidera donc soit de le reconduire,
soit d’en former un autre. Ce cabinet qui n’aura duré
que 15 mois est donc le plus court de l’ère Moubarak.
Les
ministres qui sont en plus à l’heure du bilan, un an de
travail, redoublent actuellement leurs efforts pour tenter
de conserver leurs portefeuilles. Selon des analystes,
cette volonté de gagner la faveur du peuple et de l’opinion
explique les augmentations des salaires. De récentes déclarations
du premier ministre, Ahmad Nazif, sur le sujet du chômage
ont également été interprétées dans ce même sens. Celui
d’éviter de paraître comme le cabinet de la classe des
affaires. Il avait effectivement affirmé au cours d’une
émission politique à la télévision égyptienne : « Notre
gouvernement n’est pas celui des hommes d’affaires. Nous
encourageons le secteur privé égyptien et étranger à élargir
ses investissements afin de créer de nouvelles chances
de travail ».
De
toute façon, le bilan de la première année du gouvernement
Nazif est globalement considéré comme positif. Comparé
aux anciens gouvernements, notamment celui de Kamal Al-Ganzouri
qui était caractérisé par les conflits continuels entre
ses membres, le Conseil des ministres sous la direction
d’Ahmad Nazif est en parfaite harmonie. Or, ceci est expliqué
par le fait que c’est la commission des politiques du
Parti National Démocratique (PND, au pouvoir) qui a choisi
la plupart des ministres qui sont majoritairement des
technocrates.
Ils
seraient dénués d’ambitions politiques pouvant créer des
conflits. Une attitude qui a été profitable. Ahmad Abou-Zeid,
ancien chef de la majorité à l’Assemblée du peuple, explique
: « La cohésion avec laquelle travaille le gouvernement
Nazif a créé une certaine stabilité qui a eu une grande
influence sur la hausse de la valeur de la livre égyptienne
en une courte période. De même, cette atmosphère a encouragé
les investissements et a beaucoup diminué le taux d’inflation
». Le gouvernement a réussi à remédier à bon nombre de
problèmes économiques qui avaient créé de véritables crises
sous l’ex-premier ministre Atef Ebeid. Il s’agit de la
dévaluation de la livre égyptienne, ce qui avait porté
la valeur du dollar à 7 L.E. au cours des années passées,
contre 5,7 L.E. actuellement.
D’autres
commentateurs tempèrent cette évaluation. « Il ne s’agit
pas d’un véritable succès économique », estime par exemple
Abdel-Ghaffar Chokr, membre du secrétariat général du
parti du Rassemblement (gauche). Pour lui, le développement
réel doit se baser sur le progrès dans les domaines de
l’industrie et de l’agriculture comme c’était le cas dans
les pays asiatiques. « Le développement dans les domaines
du tourisme et de la construction n’est pas du tout un
indice d’un essor économique. Il faut commencer par la
production d’abord », insiste Chokr.
Mohamad
Morsi, député des Frères musulmans, partage le même avis.
« Le taux du dollar a baissé dans le monde entier et non
pas à cause de la hausse de la valeur de la livre égyptienne.
En ce qui concerne la hausse des salaires, il s’agit d’un
stratagème politique de la part du gouvernement avant
les élections présidentielles. Quant aux chiffres concernant
le chômage ou le taux d’inflation par exemple, ils ne
sont jamais réels », affirme Morsi.
Quoi
qu’il en soit, ce n’est pas dans le domaine économique
que l’on peut chercher noise au gouvernement. C’est plutôt
le politique qui est mis en cause. « Tout comme ses prédécesseurs,
ce gouvernement n’a rien fait pour jouer un rôle efficace
dans le domaine politique. Le président de la République
et la commission des politiques du PND sont les seuls
qui décident de la politique du pays. Il était ainsi normal
de voir le dialogue national, qui devait être géré par
le gouvernement, dirigé entièrement par les responsables
du parti au pouvoir », estime Abdel-Ghaffar Chokr. Selon
lui, une décision aussi importante que celle de l’amendement
de l’article 76 de la Constitution devait être préparée
par le gouvernement. Or, ceci n’a pas été le cas.
Ahmad
Abou-Zeid s’oppose à ces vues, précisant : « Le PND est
la cuisine où se préparent les lois. La commission des
politiques les étudie et les prépare. Ensuite, ils sont
envoyés au Conseil des ministres pour les examiner. Une
fois approuvée par le gouvernement, la loi en question
passe au Parlement pour être discutée et votée par les
députés. Comment donc peut-on négliger le rôle politique
du gouvernement ? », explique Abou-Zeid.
Le
gouvernement Nazif a été formé à un moment crucial où
les demandes de réformes politique et économique se sont
faites pressantes. Il a quand même réussi à s’en sortir. |