| Présidentielles
. Comme on s’y attendait,
le président Hosni Moubarak est candidat à sa propre succession
face à des adversaires sans grand relief. Mais pour la
première fois il annonce un programme électoral promettant
plus de réformes démocratiques |
Un
scrutin remporté d'avance
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Surprise
manquée ... Le président Moubarak avait tenté de faire
régner le suspense sur sa candidature à la magistrature
suprême. Mais presque tout le monde était sûr qu’il ne
renoncerait pas à briguer un nouveau mandat. Depuis Chébine
Al-Kom, ce village du Delta du Nil où il est né, le raïs
a finalement déclaré son intention de rester encore six
ans, après un quart de siècle à la tête de l’Etat. Ambiance
complètement théâtrale, mais qui ressemble pour une fois
à une véritable campagne présidentielle. « J’annonce devant
vous et ici, dans le gouvernorat de Ménoufiya que j’ai
décidé de me présenter comme candidat à l’élection présidentielle
», a déclaré le chef de l’Etat lors d’un discours énergiquement
applaudi par ses partisans. « Je suis décidé à demander
la confiance du peuple égyptien pour un nouveau mandat
», a-t-il encore dit à la veille de l’ouverture du bureau
des candidatures pour les présidentielles du 7 septembre
prochain. Un discours qui lui a aussi servi de programme
électoral et qui répond en effet aux ultimes demandes
de l’opposition. « Je ne renoncerai jamais à la modernisation
et à la démocratisation de l’Egypte, je ne laisserai pas
tomber mon pays », simplement car « vos problèmes, vos
préoccupations et vos ambitions sont les miens ».
Le
raïs a ainsi fait d’« une société moderne » sa priorité,
voire « une société démocratique, avec un multipartisme,
et une défense des droits de l’homme et de l’Etat de droit
» et le tout dans le cadre des « réformes économiques
». Un challenge qu’il n’a pas tenté de relever pendant
25 ans et qui rend le prochain mandat comme une phase
de transition. A 77 ans, le chef de l’Etat n’a pas manqué
de renforcer son image d’homme fort, qui fait de la stabilité
et de la sécurité du pays sa préoccupation majeure.
Dans
le sillage des attentats qui ont secoué sa capitale diplomatique
et pour laquelle il a fait un de ses rares déplacements
suite à de tels événements, le président a proposé de
remplacer l’état d’urgence en vigueur dans le pays par
une nouvelle législation antiterroriste. Mais le pays
a-t-il encore besoin de nouvelles législations ? « Il
est nécessaire de créer une loi vigoureuse et décisive
visant à éliminer le terrorisme et déraciner ses menaces
», a-t-il précisé en omettant le fait que l’état d’urgence
qui permet au gouvernement de tenir le pays d’une main
de fer n’a pas pu prévenir les attaques terroristes.
Cela
dit, Moubarak compte sur cette unité nationale engendrée
par les événements de Charm Al-Cheikh pour renforcer son
image de dirigeant solide, voire le seul capable de faire
face à cette situation, aux yeux mêmes des Américains,
qui se sont vite ralliés à lui. Ménoufiya, sa circonscription
électorale, était aussi l’occasion pour ce candidat à
sa propre succession de vendre également son image, de
dirigeant régional. N’a-t-il pas convoqué un sommet arabe
extraordinaire ? Et sur les lieux mêmes des attentats
à Charm Al-Cheikh ? Ne devient-il pas par la suite le
défenseur de la lutte antiterroriste dans le monde arabe
aux yeux de toute la communauté internationale ?
A
cinq semaines du premier scrutin multipartite de l’histoire
égyptienne, Moubarak est sûr de remporter un cinquième
mandat d’affilée. Son programme modérément prometteur
et son image sur la scène internationale d’important facteur
d’équilibre ne sont pas la seule raison. Il y a aussi
que Moubarak ne semble pas avoir de concurrent sérieux.
Les autres candidats, au nombre grandissant, sont à quelques
exceptions près quasiment des inconnus. Un rêveur qui
a vu en songe le chiffre 117 l’a interprété comme étant
le numéro de l’édifice où siège le Haut Comité des élections
et décide donc de présenter sa candidature à la présidentielle
! Les aspects folkloriques ou comiques ne manquent pas
chez les autres candidats.
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Face
au vide
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Quant
à l’opposition dite sérieuse, elle est exceptionnellement
privée de leaders charismatiques. Les trois grands partis,
ainsi que le mouvement Kéfaya (Ça suffit) ont déjà
annoncé qu’ils ne présenteraient pas de candidats. Le
boycott est leur mot d’ordre depuis le référendum sur
l’amendement de l’article 76 de la Constitution. L’opposition
estime que les conditions ne sont pas réunies en Egypte
pour permettre une élection sincère. Elle qualifie de
« farce » ou de « référendum masqué » le processus en
cours. Ne s’agit-il pas d’un jeu, celui d’une démocratie
monopolisée par le régime et son parti, le PND ? Pour
participer à la course de la présidentielle, tout candidat
doit obtenir le soutien d’au moins 250 membres des deux
chambres du Parlement et des conseils provinciaux, tous
dominés par le PND. Ceci sans parler des médias sur lesquels
le régime dispose d’un pouvoir sans partage.
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L’opposition
prise de vitesse
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Sérieux
ou non, les candidats ne disposent pour autant pas de
beaucoup de temps pour mener à bien leur campagne. Le
premier tour du scrutin aura lieu dans cinq semaines et
les candidats n’auront que 21 jours pour se faire connaître.
L’opposition est prise de vitesse et elle n’hésite pas
à critiquer le président Moubarak pour avoir programmé
de la sorte le processus électoral. Face à un candidat
fortement médiatisé qu’est le chef de l’Etat, ses concurrents,
même quelqu’un comme Noamane Gomaa le président du néo-Wafd,
(lire page 5), auront très peu de chance et le scrutin
multipartite semble se réduire de nouveau à un référendum,
une élection à candidat unique. Une situation favorable
au régime qui n’a cependant pas empêché les forces de
l’ordre de réprimer la récente manifestation anti-Moubarak.
Coups de matraque aux protestataires au lendemain du dépôt
de sa candidature par le président, arrestations même
de certaines personnalités qui se croyaient épargnées
à l’instar de Georges Isaac, coordinateur du mouvement
Kéfaya ... Une violence que l’opposition supposait révolue
avec l’apparente démocratie qu’affiche le régime. Mais
rien ne semble sûr, surtout en cette phase houleuse.
Pour
beaucoup, le président Moubarak sera à son poste le matin
du 8 septembre et sera plus confiant en son statut de
chef d’Etat légitime, puisque élu par son peuple. Mais
pour beaucoup aussi, ceci ne devrait être qu’un mandat
transitoire. Une étape qui doit permettre un passage à
une autre parce que le surplace ne peut plus durer, même
si l’état actuel des choses ne permet pas d’agir autrement.
Une Egypte fonctionnant encore pendant des années sous
le même système est difficile à concevoir.
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| Samar
Al-Gamal |
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Effervescence
au 117,
rue Abdel-Aziz Fahmi
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La
première journée de dépôt des candidatures à l’élection
présidentielle
a été particulièrement agitée au siège du Haut Comité
des
élections. |
14h.
Vendredi 29 juillet au 117, rue Abdel-Aziz Fahmi, à Héliopolis.
Un petit appartement, au troisième étage de l’immeuble,
sert de local au tout nouveau Haut Comité des élections
présidentielles. L’agitation est totale. Journalistes
et caméras, c’est la bousculade à l’entrée. Un des candidats
aux élections présidentielles est venu remplir les documents
pour briguer le poste de chef d’Etat. Talaat Al-Sadate,
membre du Haut conseil du parti Al-Ahrar (Les Libéraux)
et neveu de l’ancien président Anouar Al-Sadate, arrive
en grande pompe. Une centaine de ses partisans venus de
sa ville natale, dans le gouvernorat de Ménoufiya, scandent
au bas de l’immeuble des slogans de soutien. Hommes, femmes
et enfants munis de banderoles et de photos du candidat
et de son oncle et sur lesquelles on peut lire : « On
t’aime Al-Sadate ». Al-Sadate, lui, s’adresse au magistrat
Mamdouh Maréï, président du comité. Le procédé se fait
à huis clos. L’entrée des locaux est barrée par des fonctionnaires
qui tentent d’assurer le bon déroulement des procédures.
Une
fois celles-ci achevées, Al-Sadate tient une conférence
de presse qui tourne vite en manifestation de soutien.
Ses propos sont à peine perceptibles au milieu des cris
de ses partisans. Il a pourtant réussi à scander sur un
ton révolutionnaire : « Le jour où je serai élu président
de la République, je ne dormirai pas avant d’avoir libéré
les personnes emprisonnées pour délit d’opinion ». Il
distribue une circulaire dans laquelle il annonce que
si sa candidature est acceptée, il financera par ses propres
moyens sa campagne électorale, rejetant ainsi la somme
de 500 000 livres que l’Etat est censé lui verser à lui
comme à tous les autres candidats. Talaat Al-Sadate, habillé
de blanc comme le faisait son oncle, monte ensuite dans
sa grande voiture noire, et les forces de l’ordre se dispersent
vite. Retour au calme. Mais la situation reste incertaine.
Al-Sadate se présente aux présidentielles comme chef du
parti Al-Ahrar (Les Libéraux). Un chef auto-proclamé pour
certains, légitime pour d’autres. Quelques heures plus
tôt, Helmi Salem, l’autre président des Libéraux, était
venu présenter sa candidature affirmant que le parti l’avait
désigné. C’est une des conditions requises pour qu’un
chef de parti soit éligible.
Une
vingtaine de personnes supplémentaires franchissent la
porte de l’appartement et se déclarent candidates. Des
présidents de partis ou leurs députés. Le président Moubarak,
candidat du PND, parti au pouvoir, et qui est candidat
à sa propre succession pour un cinquième mandat, a ainsi
délégué Mohamad Dakrouri pour achever les procédures.
Le très controversé Aymane Nour, président du parti Al-Ghad,
était également parmi les premiers à arriver avec ses
partisans. Au milieu de la foule il s’est dit confiant
en « l’impartialité des juges lors des élections, ce qui
devrait mener à des élections justes ».
Il
part mais revient en fin d’après-midi, l’occasion de faire
de nouveau du bruit. Cette fois-ci, il se dispute le symbole
du croissant, choisi pour sa campagne, avec le président
Moubarak. Il affirme être arrivé en premier et donc dispose
de ce droit de choisir le symbole qu’il veut. Son remue-ménage
agace les responsables du comité. Ces derniers se sont
rabattus sur les journalistes, les obligeant à rester
dans une salle loin des événements. Pas question de circuler
librement dans l’appartement. Le conseiller Atawiya, qui
refuse de commenter l’incident et de dire qui des deux
candidats était arrivé le premier, déclare simplement
que lorsque le comité aura décidé qui des candidats sont
éligibles pour les présidentielles, l’attribution des
symboles sera alors faite tout comme sera choisie la couleur
des bulletins de vote de chaque candidat. L’afflux de
candidats se poursuit : Ossama Chaltout, président du
parti Al-Takafol, Wahid Al-Oqsori, président du parti
Misr Al-Arab. Mais Réfaat Al-Agroudi, président du parti
Al-Wéfaq al-watani, part sans présenter ses documents.
« C’est mal organisé », lance-t-il. Les indépendants comme
Sabri Abdel-Aziz Khalil, ingénieur en pétrole, ainsi que
Abdel-Méguid Al-Anani, officier à la retraite, se font
aussi remarquer. Cette première journée ne manque vraiment
pas de surprendre. Quelques soi-disant hurluberlus rendent
la situation comique. Mohamad Moussa, visage allongé,
vêtu d’une djellaba grise, déclare être venu après avoir
rêvé du nombre 117, ce qui est « un signe de Dieu » pour
qu’il se présente aux présidentielles. |
Ida
Ghali |
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