Les
réactions à l’article publié la semaine dernière se poursuivent
toujours concernant l’interdiction à l’épouse ainsi qu’aux enfants
d’un homme de médias égyptien d’embarquer à bord d’un avion
de Lufthansa. Ceci sans oublier les tergiversations et les détours
humiliants de l’ambassade d’Autriche pour l’octroi d’un visa
à un grand critique égyptien invité à donner une conférence
à l’Université de Vienne. D’ailleurs, l’une des chaînes satellites
a consacré une plage horaire à ce sujet. J’ai reçu des lettres
signées de l’ambassadeur d’Allemagne au Caire et de la compagnie
Lufthansa à ce propos. Alors que du côté égyptien, où l’on est
censé être chargé de préserver la dignité du citoyen, on fait
la sourde oreille.
Dans un programme
présenté sur la chaîne Orbit, Al-Qahéra Al-Yom, l’homme de médias
Amr Adib et sa collègue Nirvana ont débattu de l’interdiction
faite à une famille égyptienne à monter à bord d’un avion Lufthansa
vendredi 22 juillet, avant son décollage à destination de Francfort.
Adib a exprimé son mécontentement à l’égard de cet incident
fâcheux et du mauvais traitement réservé aux Egyptiens de la
part de certaines parties étrangères. Il en a conclu qu’il serait
préférable de ne pas faire de tourisme dans ces pays.
D’autre part, j’ai
reçu un droit de réponse suite à la publication de l’article
précédent de l’ambassadeur allemand au Caire Martin Kobler,
et un communiqué de la compagnie Lufthansa sur cet incident.
En réalité, nous remercions l’ambassadeur ainsi que Lufthansa
non seulement pour l’intérêt qu’ils ont manifesté à l’égard
de cet événement fâcheux, mais également pour l’intérêt montré
par l’ambassadeur pour le maintien des solides relations entre
l’Egypte et l’Allemagne que nous appuyons fortement, pour notre
part.
Voilà le texte
intégral de la lettre envoyée par l’ambassadeur :
« Cher M. Salmawy,
Vous pouvez aisément
imaginer le choc que votre article paru dans Al-Ahram Hebdo,
intitulé « Le racisme allemand et la dignité égyptienne » a
eu sur nous. En effet, vous établissez un lien dans votre article
entre un incident qui a eu lieu sur les lignes aériennes Lufthansa
et le racisme allemand.
En tant qu’ambassadeur
d’Allemagne en Egypte, je me vois dans l’obligation de vous
écrire de peur de voir vos accusations flétrir la bonne réputation
dont jouissent les Allemands dans votre pays. Un pays avec lequel,
nous, Allemands, maintenons d’excellentes relations politiques,
économiques et culturelles.
Je vous accorde
qu’il est extrêmement difficile pour quiconque, qu’elle soit
l’épouse « d’un grand homme de médias », telle que définie dans
votre article, ou modeste passagère, de se voir refuser l’accès
à un avion. L’humiliation que l’on doit subir devant les autres
passagers est cruelle, surtout lorsque les raisons d’une telle
disgrâce sont difficiles à saisir sur-le-champ.
Je dois avouer
que j’ai énormément apprécié votre manière d’expliquer à vos
lecteurs dans votre paragraphe d’introduction que la société
allemande se dresse avec fermeté contre toutes pratiques racistes.
En Allemagne, le racisme en tout genre est fermement condamné
par la société, et vigoureusement pénalisé par nos autorités.
Afin de comprendre
ce qui s’était vraiment passé à bord de l’avion, j’ai demandé
à la compagnie Lufthansa de me donner une idée claire de l’incident
dont vous parlez dans votre article. Je joins à ma lettre une
déclaration écrite de Lufthansa concernant cette affaire. Ma
conclusion est que ce fâcheux incident n’était rien de plus
qu’une altercation entre un passager et un membre d’équipage
et qu’il ne devrait pas être perçu autrement. Selon les informations
qui me sont parvenues, les membres d’équipage ont strictement
obéi aux règlements aériens. Malheureusement, la passagère dont
vous parlez avait atteint un tel état d’agitation que le capitaine
de l’avion a dû intervenir et n’a pas trouvé une autre alternative
que de lui demander de quitter l’avion. A mes yeux, il est difficile
de voir dans cet incident un comportement raciste puisque la
nationalité de la dame ne jouait aucun rôle. Les membres d’équipage
n’auraient pas agi différemment si la passagère était allemande,
française ou britannique.
Une enquête journalistique
plus approfondie avec Lufthansa aurait clairement révélé que
l’incident était uniquement lié à un problème de sécurité. En
votre qualité d’éminent homme de lettres et l’un des journalistes
les plus en vue du pays, vous conviendrez que la presse porte
une grande responsabilité vis-à-vis de ses lecteurs.
Je vous serais
reconnaissant si vous pouviez publier cette réponse dans Al-Ahram
Hebdo afin de mettre au point toute fausse conception que votre
article aurait suscitée ».
Quant au communiqué
de Lufthansa, il mentionnait :
« Lufthansa présente
ses excuses pour l’incident qui a eu lieu à bord de son vol
LH583, du 22 juillet. La passagère en question était dans un
état d’agitation et n’était guère coopérative avec les directives
du pilote, ni de l’hôtesse en chef, ni même des responsables
égyptiens qui ont été appelés à bord de l’avion.
La sécurité de
tous nos passagers à bord de l’avion est notre ultime priorité,
mais nous nous trouvons obligés de refuser à bord de nos avions
les personnes qui ne suivent pas les règles préliminaires que
nous adoptons, quelles que soient leurs nationalités. Lufthansa
est une multinationale, dans laquelle travaille un personnel
de 150 différents Etats. Elle ne fait pas de discrimination
entre quiconque. D’autant plus que le rapprochement entre les
différents peuples et cultures à travers notre réseau international
n’est pas uniquement notre objectif, mais relève également de
notre profession. Nous sommes fiers de servir le marché égyptien
depuis 1959 ».
Nous comprenons
parfaitement le choc qu’a ressenti l’ambassadeur et qui est
équivalent au nôtre, suite à l’incident. Si M. l’ambassadeur
nous a adressé cette lettre pour nous confirmer que l’Allemagne
s’oppose à toutes formes de racisme, nous l’avons devancé dans
notre article. Cependant, les informations qu’il détient se
limitent à ce qui lui a été rapporté. C’est pourquoi, nous sommes
en désaccord avec l’ambassadeur lorsqu’il nous dit qu’« une
enquête journalistique plus approfondie avec Lufthansa aurait
clairement révélé que l’incident était uniquement lié à un problème
de sécurité ». Ces dires supposent que le comportement de Lufthansa
est en règle et qu’à la rigueur celui de la dame en question
relevait de l’infraction. Sans oublier, bien sûr, le comportement
de l’agent de sécurité allemand Frank, qui a présenté ses excuses
officielles dans le procès-verbal n° 5 du 22 juillet 2005 présenté
à la police du tourisme. Chose qui n’a pas été mentionnée dans
la lettre de l’ambassadeur, ni dans le communiqué de Lufthansa.
Nous ne sommes
pas dans le monde arabe, Monsieur l’ambassadeur, de ceux qui
vous taxent toujours de racisme et d’antisémitisme en guise
de chantage pour obtenir davantage de fonds. Notre intérêt concerne
la dignité du citoyen égyptien, sans plus. Si vous êtes en train
de déculpabiliser l’Allemagne de l’accusation odieuse de racisme,
c’est votre plein droit que nous soutenons, comme il a été mentionné
dans l’article en question.
Quant au communiqué
de la compagnie Lufthansa, selon lequel la dame égyptienne était
en état d’agitation, il ignore non seulement les excuses de
l’agent de sécurité allemand, mais il a également écarté le
comportement de l’agent de sécurité égyptien qui est monté à
bord à la demande de la passagère égyptienne et qui l’a trouvée
calme et a essayé d’intervenir auprès de l’hôtesse en chef,
qui a refusé sa requête.
Il est vrai que
Lufthansa est une multinationale, mais les auteurs de cet incident
étaient de nationalité allemande. En dépit de cela, nous sommes
prêts à accepter les affirmations de l’ambassadeur que cet acte
ne relève pas d’un racisme allemand. Cependant, l’incident de
Lufthansa nous a choqués, comme de nombreuses autres personnes,
quelle qu’en soit la signification. De plus, cet acte était
une atteinte à la dignité de cette femme que je connais et qui
ne souffre d’aucune maladie psychologique menaçant la sécuritédes
passagers. Je suis également au courant des détails de l’affaire
du visa de notre grand écrivain. Je connais les deux affaires
dans leurs détails, surtout que je suis intervenu pour la seconde
et que je dispose du procès-verbal concernant Lufthansa. Même
si les motifs dans les deux cas n’étaient pas racistes, il n’en
demeure pas moins qu’ils ont attenté à la dignité du citoyen
égyptien. D’ailleurs, l’ambassadeur d’Allemagne avait raison
de dire que la presse porte une grande responsabilité vis-à-vis
de ses lecteurs. Je suppose qu’il serait d’accord avec moi que
la défense de la dignité du citoyen est un aspect de cette responsabilité.
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